Les premiers chefs d’entreprise à être entendus ne sont pas les plus impliqués, estimant avoir répondu aux marchés sans trop de concertation avec le Sieam. « Les Dieux sont tombés sur la tête ! », s’exclamera même Tanchiki Maore.

Procès Sieam – Les entrepreneurs auditionnés

Les premiers chefs d’entreprise à être entendus ne sont pas les plus impliqués, estimant avoir répondu aux marchés sans trop de concertation avec le Sieam. « Les Dieux sont tombés sur la tête ! », s’exclamera même Tanchiki Maore.

Dans quelle mesure les chefs d’entreprise ont participé aux supposés détournements de fonds publics avec fractionnement des marchés sur l’eau potable et l’assainissement ? Leurs auditions ont commencé par le médiatique Tanchiki Maore, patron entre autre de MIP, Maore Intervention et Propreté.

Le chef d’entreprise réitérait ses explications données en garde à vue : il a bien envoyé plusieurs devis, et a compris qu’à chaque fois qu’ils dépassaient 90.000 euros, ils étaient retoqués. « Donc je baissais mon devis, m’engageant parfois à perte, mais pour faire travailler mes gars ». Il explique avoir fourni un devis à 80.020 euros, montant strictement identique à trois autres sociétés postulant au marché de la réhabilitation de la piste d’accès de Sohoa. « Mais j’ai été le premier à fournir ce devis, les autres ont dû s’en inspirer », suggère-t-il.

Ayant débuté avec un brevet de soudeur, il a créé son entreprise de vidange des fosses septiques, « c’est là en 2010 que j’ai répondu à un appel d’offre et que j’ai travaillé pour la première fois pour le Sieam ». Donc à l’époque du prédécesseur de Bavi.

A la question du procureur financier d’un changement de pratiques perceptible à partir de 2014 année de prise de fonction de Bavi, il répondait simplement que l’évolution était de taille, puisqu’une Délégation de service public était passé en assainissement, le privant de ce maché. « C’était 60% de mon chiffre d’affaires qui s’envolait, j’ai été obligé de diversifier mes activités en m’orientant vers le ramassage des déchets. »

A chacun son ardoise

Pour Tanchiki Maore, c’est le passage du Parquet national financier (PNF) à Mayotte et l’audience actuelle qui ont été bénéfiques, « merci au PNF car depuis leur passage, j’ai recruté Mickaël, un responsable de la commande publique dans mes entreprises, ce qui m’a permis de tripler mon chiffre d’affaires ! »

Ses relations avec Bavi ne sont pas forcément bonnes à l’entendre, et lorsque le président d’audience explique que le Sieam avait une ardoise de 11.000 euros dans l’hôtel Trévani dont Tanchiki Maore est actionnaire majoritaire, sous entendant qu’elle avait pu être recouvrée avec la passation d’un marché, l’agacement pointe. « J’avais le seul hôtel qui possédait une grande salle de conférence, c’était donc la facture d’un séminaire que Bavi devait payer. Et c’est rien par rapport à la préfecture qui nous devait 100.000 euros ou la gendarmerie 300.000 euros ! », répond le chef d’entreprise qui s’exclamera à plusieurs reprises, « on est dans le film les Dieux sont tombés sur la tête ! C’est gamin ! Quand on est pris la main dans le pot de bonbons, il suffit de dire, ‘oui, j’ai mangé un bonbon’ et on passe à autre chose ! ».

Il conclura en expliquant s’être formé depuis le passage du PNF.

Entendu sur la même suspicion de réponse à des marchés fractionnés, Bacars Saïd, PDG de Bedangua, expliquait bien connaître Bavi, « depuis toujours », pour avoir grandi avec lui à Boueni. Il dit avoir refusé de baisser son devis sous les 90.000 euros pour les travaux de sécurisation du réservoir de Sada, comme le lui demandait « un technicien du Sieam ». Mais obtempère quand on lui explique que les délais seront étalés dans le temps, une autre manière de saucissonner les marchés. « Ils ont donc accepté le devis de 85.000 euros ».

Une méthode que relève le parquet national financier lors de l’audience, « quand on fractionne ainsi, on multiplie les frais d’installation de chaque entreprise », sous-entendant un coût supplémentaire et inutile pour un syndicat des Eaux qui a de nombreux défis à relever.

A.P-L.

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