À Mayotte, reconstruire après le cyclone Chido est devenu un exercice d’équilibriste. Entre bureaux inondés, bâtiments ravagés et entreprises débordées, chaque chantier se bat pour passer en tête de liste. Dans cette course contre le temps, le cinéma Alpa Joe de Mamoudzou, lourdement endommagé, devra encore attendre. Sa réouverture est désormais annoncée pour le mois de septembre 2026.
Quand « tout » devient prioritaire
À Mayotte, la reconstruction avance, mais à pas comptés. Depuis le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024, le département ressemble à un vaste chantier à ciel ouvert. Trop vaste, peut-être. « Nos services sont dépassés », reconnaît sans détour Zouhourya Mouayad Ben, quatrième vice-présidente du Département, en charge notamment de la culture.
La difficulté, explique-t-elle, tient à une réalité simple : quand tout est détruit, tout devient urgent. Bureaux des agents, locaux des élus, bâtiments administratifs… Beaucoup ont été sévèrement endommagés, certains régulièrement inondés depuis le début de la saison des pluies. « On fait le nécessaire pour que les agents aient des locaux dignes pour travailler, en priorité », précise l’élue. La culture viendra après.
Les entreprises du bâtiment, elles aussi, sont sous tension. Les ouvriers manquent, les calendriers sont saturés, et les chantiers s’accumulent dans tout le département. Résultat : les projets non vitaux sont repoussés, parfois à contrecœur. Dans cette hiérarchie de l’urgence, le cinéma Alpa Joe, pourtant symbole fort de la vie culturelle mahoraise, n’échappe pas aux reports.
Alpa Joe, un écran en attente de réparation
Fermé depuis le cyclone, le cinéma Alpa Joe a été lourdement touché. « La toiture est fortement endommagée, il y a eu des infiltrations, la climatisation est hors service, l’électricité, tout est cassé », énumère Zouhourya Mouayad Ben. Un inventaire à la Prévert version post-cyclonique, qui explique l’ampleur des travaux à venir.
Le montant des réparations est estimé à près d’un million d’euros. Une somme conséquente, justifiée aussi par les exigences de sécurité liées à l’accueil du public. « Il faut être encore plus vigilant, car on parle d’une salle qui reçoit du public », insiste l’élue.
Initialement, le Département espérait une réouverture plus rapide. « Même nous, on aurait aimé avoir la salle pour juillet 2025 », confie-t-elle, un brin résignée. Mais le calendrier s’est étiré : les travaux devraient débuter en février 2026 pour s’achever en septembre de la même année. En attendant, l’écran reste noir à Mamoudzou. À Mayotte, même les films doivent apprendre à attendre leur séance.
Mathilde Hangard



