Justice : Comparution immédiate pour 2 réfugiés du stade de Cavani

Deux demandeurs d’asile, originaires de l'Afrique des grands lacs, ont été jugés ce mercredi en comparution immédiate pour « violences réciproques avec arme ». Si des bruits de couloir faisaient craindre une violence générée par des tensions entre les communautés, il s’est avéré lors de l’audience qu’il s’agissait en fait d’une vengeance personnelle sur fond de nuit de réveillon trop arrosée.

Ce mercredi 3 janvier dans l’après-midi, les deux protagonistes d’une bagarre au couteau au sein du camp de réfugiés du stade Cavani comparaissaient à la barre. Monsieur B., d’origine congolaise, a porté plainte contre Monsieur M., d’origine somalienne, pour coups et blessures dont une lésion à la gorge effectuée avec un couteau. Il s’en est tiré avec 20 jours d’ITT et, comme l’a souligné le procureur, « à quelques centimètres près, il était mort ! ». Sans compter une fracture du métacarpe et plusieurs autres contusions. Monsieur B. s’étant évanoui sous les coups de son agresseur, la justice a eu à déterminer comment Monsieur M. a-t-il fait pour être lui aussi blessé (il a écopé d’une ITT de 5 jours). L’agresseur accuse l’agressé de l’avoir blessé en réponse, mais ce dernier nie farouchement. D’autres réfugiés sont-ils intervenus dans l’affaire ? Sans doute, mais cela n’a pas pu être prouvé. Monsieur B. a affirmé s’être évanoui, quant à Monsieur M., il a déclaré ne pas se souvenir du déroulé exact des évènements, étant encore sous l’effet de l’alcool ingurgité lors de la fête du Réveillon.

Le juge et le procureur ont passé du temps à essayer de retracer le déroulé des faits, mais ceux-ci sont restés flous jusqu’à la fin. Il faut dire que la barrière de la langue ne facilitait pas les échanges entre les prévenus et les magistrats. Monsieur B. s’exprimait dans un Français approximatif et Monsieur M. dans un anglais sans doute également approximatif au vu des difficultés qu’avait parfois son interprète pour traduire ses propos. Ce qui a pu être établi clairement, c’est que Monsieur M. s’est présenté devant « le banga » de Monsieur B. pour, selon ses dires « lui demander des explications sur ce qui s’était passé pendant la soirée du réveillon ». Mr. M. prétend en effet avoir « été frappé par des Congolais au cours de la soirée ». Or Mr. B. prétend quant à lui qu’ils n’étaient pas ensemble lors de la soirée du réveillon. « Si je ne l’avais pas vu lors de cette soirée, pourquoi serais-je allé chez lui pour demander des explications ? », a rétorqué Mr. M. en toute logique. « Il est venu chez moi parce que je suis âgé (NDLR : donc respecté au sein de la communauté congolaise) »

Le Somalien se rendait chez les Congolais pour consommer de l’alcool

Si aucun des protagonistes de cette affaire n’a nié qu’il existait bel et bien des tensions entre les communautés congolaises et somalienne, Mr. M. a néanmoins avoué qu’il se rendait dans la partie congolaise du camp pour pouvoir consommer de l’alcool, une chose fortement réprouvée par ses compatriotes. C’est donc qu’il y était, si ce n’est accepté, du moins toléré. S’il a affirmé avoir été « roué de coups » par « des Congolais », la justice n’a pas pu prouver l’existence réelle de cette bastonnade, encore moins le fait que Mr. B., défendu par Me Kossi Dedry, y ait été impliqué. Le procureur a donc demandé la relaxe pour ce dernier couplée tout de même d’une amende de 3 000 euros pour dommages et intérêts. Me Idriss a dû pour sa part prendre la défense de son client, Mr. M., contre lequel le procureur avait requis 3 ans de prison ferme avec mandat de dépôt, s’agissant pour lui « d’une tentative d’assassinat ». Alertée par cette agression au sein du camp, la préfecture a de toute façon appliqué une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire) à Mr. M., lors de sa garde à vue. Le juge l’a finalement condamné à 12 mois fermes avec mandat de dépôt.

Visites régulières du maire de Mamoudzou en ce camp improvisé de Cavani (archives)

Le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaila, qui continue de venir tous les matins devant le stade pour faire un sit-in de protestation, a saisi l’occasion de ce fait divers pour rappeler qu’il était urgent de faire évacuer ce camp. « C’était prévisible et ce n’est que le début, d’autant plus que les réfugiés continuent à arriver. Parquer des gens sur un si petit terrain dans des conditions si précaires ne peut mener qu’à un drame ! On voit déjà se dessiner des tensions entre les différentes communautés du sein du camp. Il y a aussi de grosses tensions avec les riverains. Si les autorités ne font pas quelque chose, on se dirige droit vers la catastrophe ! J’aurais prévenu ! » nous a t’il précisé par téléphone.

N.G

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

À Mramadoudou, « enfin, les bébés reviennent dans notre hôpital », après deux ans de fermeture

À Mramadoudou, l’ouverture d’une unité mère-enfant marque le retour d’un service de proximité, après deux ans de fermeture et de mobilisation du personnel soignant.

Sauver la flore indigène menacée : le rôle vital du Conservatoire botanique national de Mascarin

À Dembeni, le Conservatoire botanique national de Mascarin veille sur les plantes rares, menacées et indigènes de Mayotte. Ses équipes surveillent, protègent et multiplient ces espèces uniques, essentielles à la régénération des forêts et à la préservation du patrimoine végétal de l’île. Une mission encore plus importante après le cyclone.

Après le cyclone Chido, l’économie mahoraise encore exsangue

Dans une étude publiée ce mois-ci, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer dresse un état des lieux de la situation des entreprises mahoraises avant et après le cyclone Chido. L’institut souligne que, malgré une reprise rapide grâce à la reconstruction et aux aides d’urgence, des fragilités structurelles persistent.

Perturbations temporaires du trafic maritime les 18 et 19 février prochains

Dans le cadre des opérations régulières de maintenance des...