Dans le cadre de cette opération dédiée à l’entrepreneuriat, organisée en partenariat avec Crédit Mutuel et Les Échos Entrepreneurs, toutes les structures BGE de France ont désigné leur Talent. Ils se distinguent par leur parcours inspirant, parfois accidenté, leur sens de l’innovation ou leur volonté de répondre aux enjeux sociaux, économiques et écologiques actuels en entreprenant avec des modèles économiques pérennes et adaptables.
Mettre en avant les femmes qui veulent entreprendre
Léonelle Redjekra a créé Léo Mode et Léo Events à Mamoudzou pour regrouper deux activités complémentaires : la partie mode, spécialisée dans la vente de tissus artisanaux fabriqués par des femmes africaines, et la partie Events, dédiée à la photo et vidéo professionnelles. Implantée à Mayotte, la fondatrice valorise le savoir-faire local, soutient l’économie solidaire et les femmes entrepreneures. Lauréate de plusieurs concours, elle s’engage pour une visibilité positive de Mayotte à travers ses projets, tout en construisant un réseau de collaborations féminines. Avec le soutien de BGE Mayotte, elle développe ses activités en misant sur l’authenticité, la qualité et le lien humain, et souhaite faire de ses projets un levier d’émancipation locale.

« J’ai lancé une activité entrepreneuriale qui s’appelle Léo. En mahorais, ça signifie « aujourd’hui », et c’est aussi un petit surnom qu’on me donne souvent. J’ai trouvé ce nom intéressant car il reflète à la fois l’instant présent, l’événementiel et la mode, avec une touche d’intemporalité et d’authenticité. Léo regroupe deux activités : Léo Mode et Léo Events. Avant Léo, j’avais participé à une première expérience entrepreneuriale avec ma sœur et d’autres associées. Chacune avait ses compétences : gestion administrative, communication, carnet d’adresses. Je n’avais pas encore de compétences spécifiques à l’époque mais je les ai développées en portant l’activité au quotidien. J’ai compris que seule, j’étais plus autonome et que j’avais les capacités d’avancer pour lancer mon propre projet », raconte-t-elle dans une interview au site bge.asso.fr .
Léo Mode est né en premier. « D’origine centrafricaine et mahoraise/malgache, j’habite à Mayotte depuis 2017. En arrivant ici, j’ai pris conscience des difficultés liées à l’offre vestimentaire, surtout pour des femmes comme moi qui portent des grandes tailles. Je me suis vite tournée vers les petites merceries et les couturiers locaux. Puis, je me suis dit que je pouvais profiter du fait que mon père soit muté au Mali, à Bamako, pour me lancer dans le commerce de tissus africains authentiques, fabriqués artisanalement par des femmes dans les villages. À Mayotte, ces tissus rencontrent un vrai succès et permettent aussi de soutenir l’économie locale, car une fois achetés, ce sont les ateliers de couture mahorais qui confectionnent les vêtements. J’ai voulu proposer des produits artisanaux, loin des circuits industriels classiques, et valoriser ce savoir-faire féminin tout en créant un circuit court.
Mon premier test a été concluant : une cinquantaine de tissus vendus en deux semaines, uniquement à mon cercle proche. Ça m’a prouvé qu’il y avait une vraie demande. Ce projet me permet de défendre des valeurs qui me tiennent à cœur : l’authenticité, la qualité, et le soutien aux petites économies, ici et en Afrique », poursuit-elle.

Léo Events est venu ensuite. « J’ai rencontré mon partenaire lors de la première séance photo pour Léo Mode. Son talent, sa créativité et son professionnalisme ont su me convaincre. Il est photographe et vidéaste, et nos univers se sont naturellement rejoints. Moi, j’aime l’image, l’événementiel et la communication, même si je suis autodidacte. Grâce à Léo Events, je développe des prestations autour de l’image, notamment pour des collectivités, des associations ou des particuliers. C’est aussi un moyen de créer un pont entre mes origines africaines et mahoraises, honorer mon identité multiculturelle ».
À terme, la jeune femme aimerait que le Conseil départemental s’implique davantage pour valoriser les femmes discrètes mais talentueuses, souvent dans des secteurs sous-estimés comme l’agriculture ou l’artisanat. « Je veux que Léo Events devienne un outil pour mettre en lumière celles qui entreprennent et continuent à entreprendre suite au cyclone Chido notamment. Valoriser leur aptitude à la combattivité et l’adaptabilité qui sont selon moi les nerfs de la guerre de l’entreprenariat ».



