Le prévenu, hébergé par la famille de la victime durant sept mois, a comparu pour des faits survenus entre 2022 et 2023. À la barre, il a défendu une version contestée tout au long de l’audience.

Agressions sexuelles sur mineure : trois ans de prison pour un sexagénaire

Le prévenu, hébergé par la famille de la victime durant sept mois, a comparu pour des faits survenus entre 2022 et 2023. À la barre, il a défendu une version contestée tout au long de l’audience.

La procédure a débuté en mai 2023, quand la victime à ce moment-là âgée de 11 ans s’est rendue au commissariat en compagnie de son beau père. Le père de famille a alors expliqué aux autorités que son fils a surpris Ali M., l’homme qu’ils hébergeaient depuis plusieurs mois, dans une position troublante derrière sa soeur. La famille vit à Mamoudzou dans une case en tôle exiguë. « Trop petite pour que quelque chose se passe sans que quelqu’un entende ou voit », a rappelé la juge. C’est dans ce contexte que plusieurs enfants affirment avoir observé des comportements inappropriés à répétition de la part du prévenu. Selon leurs récits, il aurait tenté d’approcher régulièrement la fillette, cherchant à s’installer près d’elle, à la faire venir vers lui et lui adressant des surnoms ambigus comme « ma chérie » ou encore « ma femme ». La victime alors réduit sous silence par des menaces et des promesses ne disait rien à ses parents.

Une ligne de défense qui vacille

Le prévenu a exposé sa version, confronté aux témoignages des enfants et aux expertises présentées par la justice.

Devant la cour, Ali M. le sexagénaire, reste droit dans ses bottes : « Tout ce qui a été dit là, ce sont des mots préparés pour m’enfoncer ». Il assure qu’après avoir aidé le beau père de la victime, qui est son ami, à verser 400 euros pour permettre à son épouse qui avait été renvoyée aux Comores de revenir sur le territoire, la famille se serait retournée contre lui car ils ne veulent pas le rembourser. Le prévenu a répété à plusieurs reprises que les enfants auraient appris par cœur tout ce qu’ils ont énoncés devant la justice et que la fillette ment. « Ce ne sont que des mensonges, ils mentent tous, c’est un coup monté contre moi, c’est le père qui leur a dit de dire ça », a affirmé l’homme à la barre. Néanmoins il a fini par assumer qu’un contact a bien eu lieu mais attribue systématiquement l’initiative à l’enfant, en supposant qu’elle avait été envoyée par ses parents pour le piéger. « Elle est venue se frotter à moi est je me suis laissé aller », a-t-il expliqué avant de promettre de ne jamais recommencer.

Une version que le tribunal ne trouve pas crédible : « Pourquoi une enfant de onze ans inventerait quelque chose d’aussi grave ? Et si on suit votre version, pourquoi ne l’avez-vous pas repoussée alors que vous êtes l’adulte ? ». La juge a également souligné le fait que plusieurs enfants du foyer, indépendamment les uns des autres, décrivent des actions similaires.

Un débat judiciaire tendu autour de la responsabilité

Le code pénal, la bible des juges au tribunal

Les expertises médicales confirment des atteintes sexuelles répétées. La victime présente également des signes de traumatisme psychologique, avec des répercussions sur son sommeil. Des signes qui d’après les parents se sont atténués depuis que le vieil homme est incarcéré. En ce qui concerne le côté psychologique du prévenu, un mécanisme de déresponsabilisation aurait été détecté. Il déplacerait la faute sur la victime pour éviter de se confronter à ce qu’il a fait, le rapport de la psychologue a évoqué un un risque de passage à l’acte avec d’autres enfants, et un comportement qui peut s’expliquer par une attirance déplacée envers les plus jeunes.

Une fois ces éléments posés, la parole est revenue aux avocats, celui de la partie civile a été le premier à intervenir en s’adressant directement à Ali M., sans détour. « À un moment donné, il faut assumer, monsieur, vous avez fauté. Faute avouée, faute à moitié pardonnée », a-t-il lancé avant d’insister sur la dangerosité de l’homme et de demander 8.000 euros de préjudice moral pour sa cliente, qui selon ses propos « devra vivre toute sa vie avec ce traumatisme ». L’avocat de la défense, quant à lui, a tenté de replacer les choses dans un contexte culturel. D’après lui, les surnoms utilisés seraient « courant » dans certaines familles pour parler aux plus jeunes. Il insiste également sur la figure du « bacoco », l’homme âgé respecté, et évoque des « jeux d’enfants » qui auraient « débordé ». « Ce n’est pas un violeur, ce n’est pas un prédateur, il a élevé ses cinq enfants », a-t-il exprimé.

Trois ans ferme et interdiction d’approcher des mineurs

Trois ans de prison pour l’accusé et 5.000 euros de dommages et intérêts.

Après plusieurs minutes de délibération, le tribunal a fini par rendre son verdict sur l’affaire. Ali M., a donc été condamné à trois ans de prison, assortis de trois ans de suivi sociojudiciaire. Il lui est également interdit d’entrer en contact avec tout mineur pendant cinq ans, ainsi qu’avec la victime, même une fois majeure. Ali M. devra aussi verser 5.000 euros de dommages et intérêts à celle-ci.

Comme dernière parole, il a demandé à récupérer les numéros de ses enfants bloqués dans son téléphone sous scellés. Selon lui, ils ignorent tout de sa situation depuis le début de sa détention provisoire. En pleurs, il a dit regretter ses actes et a demandé pardon.

Shanyce MATHIAS ALI.

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