Avec la POPAM, « première prise en charge des addictions à Mayotte »

Ce vendredi marquait l'inauguration de la POPAM, plateforme destinée à la lutte via la prévention et la prise en charge de l'addiction. Une pierre jusque-là manquante du maillage médical du territoire aux multiples vertus, largement nécessaire sur l'île au lagon. Et ce car l'addiction n'est pas toujours là où on la croit, et revêt de multiples visages...

La POPAM, ou Plateforme Oppelia de Prévention et de soin en Addictologie sur le territoire de Mayotte, connaissait sa grande inauguration ce vendredi à Tsingoni.
Une inauguration maintes fois repoussée (du Covid aux élections présidentielle et législatives) dont la mission s’avère cruciale pour le 101ème département. La structure associe ainsi les missions du pôle CSAPA (soins et accompagnements), du pôle CAARUD ( réduction des risques et ‘aller vers’) et du pôle CJC ( Intervention précoce et prévention).
« En termes qualitatifs c’était une des dernières structures qui manquait sur l’île » explique Olivier Brahic, directeur général de l’ARS. « Il y a beaucoup de choses à développer en termes sanitaires et médico-social, mais en terme qualitatif, on n’avait rien sur le sujet addictologie et prise en charge des consommateurs de drogue. C’est la première fois qu’on a une telle structure, qui va permettre à la fois de la prévention, à la fois de faire de la prise en charge, et surtout de la prise en charge coordonnée. Et ça aussi c’est novateur par rapport à la métropole ». Une démarche communautaire en santé, déclinée via une plateforme et des équipes mobiles, au sein d’un terrain favorable à la consommation de drogue.

« L’addiction n’est pas un comportement antisocial »

Mais qu’est-ce encore que l’addiction, ce fléau qui sévit particulièrement sur le sol mahorais, sous un visage pourtant relativement différent de celui qu’il revêt en métropole ? Alain Morel, directeur général d’Oppelia, nous en dit plus.
« Surtout, ne nous trompons pas d’objectifs, l’addiction n’est pas un comportement antisocial, c’est un comportement social très répandu, nous avons tous des consommations de cet ordre… Certains d’entre nous dérapent ou ont du mal à contrôler, à réguler, c’est dans la solidarité que les choses peuvent changer, et c’est dans une action commune que les représentations et les risques peuvent être diminués. Au niveau éducatif, au niveau social, parce qu’il y a beaucoup de dimension sociale dans l’addiction, ce n’est pas un problème biologique mais un problème de lien social, et donc quand on reconstitue ce lien social à travers des activités de travail, à travers la reconnaissance aussi de l’autonomie de chacun dans ses choix etc, les choses changent positivement, c’est comme ça qu’on arrive à travailler. Donc on a besoin de travailler tous ensemble, ce n’est encore une fois pas nous, ce n’est pas la POPAM qui a la solution, mais on vient apporter au territoire des ressources, des méthodologies pour mieux travailler ensemble, et trouver les bonnes solutions ensemble ».

Une inauguration en grandes pompes

Concernant les personnes victimes d’addiction, le directeur de l’ARS semble aller dans le même sens :  » l’idée que je veux faire passer c’est que ce sont des personnes malades, ce ne sont pas des marginaux, on peut être malade du diabète, mais on peut aussi être malade d’addictologie, et comme tout malade il faut une prise en charge ad hoc et complète que ce soit sanitaire ou médico-social, et c’est donc ce type de structure qui va permettre cela. Et ça évite de rentrer dans des cercles un peu vicieux ou les personnes sont marginalisées, sont laissées de côté, et après elles décrochent de la société. Moi c’est ce qui m’inquiète ici, notamment avec les populations très jeunes. Déjà que le sujet scolaire est un vrai problème sur l’ile, si en plus le sujet addiction se rajoute et que ces populations décrochent… Là c’est le combo ».

Au delà de l’illicite, des addictions légales

Si les ravages de la chimique et du bangé sont bien connus sur le territoire, contre toute attente, les principales préoccupations sont pour le moment tournées vers les drogues illicites. Alain Morel reprend : »Dans les six premiers mois (Ndlr depuis l’ouverture de la POPAM au public en janvier dernier), les collègues qui ont reçu près de 200 personnes ont été confrontés plus à des problèmes d’alcool et de tabac qu’à des problèmes de drogue illicites. C’est la particularité ici.

Alain Morel, Directeur général d’Oppelia

Ce n’est pas ce qu’on rencontre en métropole. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de consommations d’autres produits mais ce n’est pas encore arrivé jusqu’à des demandes d’aides, etc ». Le directeur d’Oppelia reste néanmoins lucide : « cela arrivera certainement. La chimique, ou les chimiques, le cannabis aussi, c’est une problématique croissante et qui n’ira qu’en augmentant. C’est dans notre fonction vraiment de mesurer et comprendre les usages, les produits utilisés et qui ça touche, etc. C’est dans notre priorité d’avoir une connaissance de ce qui se passe ». Et c’est bien là l’un des objectifs de la POPAM.

Mathieu Janvier

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