Installées devant les écoles de Kaweni, les femmes de l’association Mariziki préparent et vendent chaque jour des collations aux élèves, dans un fonctionnement encore informel mais bien ancré dans le quotidien du quartier.
Mercredi, elles ont reçu la visite d’Enora Hamon, directrice générale adjointe de la Fondation « La France s’engage », venue à Mayotte dans le cadre d’une journée dédiée à l’économie sociale et solidaire (ESS). Ce déplacement s’inscrit dans le cadre du jury du concours national La France s’engage, organisé pour la première fois sur le territoire.
Une immersion au cœur des initiatives locales
Sur place, ce sont des visages et des parcours qui se dévoilent avec l’association Mariziki, qui réunit aujourd’hui 65 femmes. Toutes sont engagées dans la vente de collations, composées de sandwichs, de jus faits maison et de galettes traditionnelles, proposées à petit prix aux élèves qui, pour beaucoup, ne peuvent pas rentrer chez eux le midi.

Sur le terrain, la délégation a pu découvrir le fonctionnement de l’association et les réalités de ces femmes. La directrice générale adjointe rappelle l’importance de se déplacer pour comprendre les projets dans leur environnement. « J’adore rencontrer les porteurs de projet directement sur leurs lieux de travail et les voir en pleine activité », confie-t-elle, estimant que ces moments permettent d’appréhender plus finement les contextes locaux.
L’association Mariziki apparaît comme une réponse à un besoin concret du territoire. « On le sait que ce n’est pas tous les enfants qui peuvent rentrer chez eux pour manger le midi », rappelle-t-elle, mettant en lumière le rôle essentiel des femmes dans cette organisation. Ce type de projet ne s’inscrit toutefois pas toujours dans des cadres classiques. « La solution proposée en accompagnement ne rentre pas dans les cases, donc il faudra formaliser tout ça », souligne la représente de la délégation. Le travail mené avec la CRESS (Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire) s’inscrit dans cette logique d’accompagnement.
Des freins à lever
Du côté de la Ville de Mamoudzou, l’accompagnement repose également sur un travail de structuration. Anlaouia Abdou, directrice Innovation économique et sociale, revient sur la dynamique engagée autour du projet. Elle rappelle que le collectif rassemble 65 femmes, avec un premier travail mené auprès d’un groupe de 25. La production avait atteint jusqu’à 400 repas par jour après le cyclone Chido, avant d’être réorganisée progressivement.

La directrice Innovation économique et sociale évoque également les difficultés rencontrées, notamment la capacité à encadrer un collectif aussi important et les contraintes liées à la situation administrative de certaines participantes, ce qui complique l’accès à certains dispositifs et freine la structuration de l’activité.
Dans ce contexte, elle souligne que les cantines scolaires ne peuvent pas répondre à tous les besoins. L’activité des femmes de Mariziki vient ainsi en complément, en apportant une réponse adaptée aux réalités du terrain. « On part sur une seconde cuisine qui sera située dans la zone scolaire de Kawéni, avec Action Logement ». Celle-ci permettra à l’association de se former et de préparer des repas conformes aux normes, qui seront revendus aux scolaires.
Un accompagnement dans la durée
La chargée de mission de la CRESS de Mayotte, Flora Halidi, accompagne l’association depuis 2023. Elle explique que le travail repose sur un accompagnement à la fois individuel et collectif, avec des formations et un suivi régulier. « L’une des problématiques dont on a fait part à la Fondation « La France s’engage » concerne l’autonomisation. Les femmes ne sont pas vouées à rester dans cette forme associative, certaines souhaitent devenir auto-entrepreneuses », partage la jeune femme.
Sur le terrain, les attentes restent importantes, Chamsia, membre de l’association, se dit satisfaite de cette visite. Cependant, elle insiste sur le besoin d’un espace adapté. « On veut un endroit propre, bien équipé pour pouvoir préparer de vrais repas pour les élèves ». Au-delà de leur activité, ces femmes bénéficient également d’un accompagnement sur d’autres aspects, comme la formation ou l’apprentissage du français, même si les démarches restent parfois compliquées en raison de situations administratives qui freinent l’accès à certains dispositifs.

« La France s’engage », de son côté, accompagne des projets à fort impact social à travers un concours national. Les lauréats bénéficient d’un accompagnement sur plusieurs années, d’un soutien financier pouvant atteindre 300.000 euros, ainsi que d’un label qui valorise leur action. À Mayotte, plusieurs structures ont déjà été lauréates, comme Emanciper Mayotte, Apprentis d’Auteuil Mayotte, Kaja Kaona ou encore Mlezi Maoré.
Après cette étape à Mayotte, la délégation va poursuivre son déplacement à La Réunion, dans la continuité de sa mission dans les territoires ultramarins.
Shanyce MATHIAS ALI.



