L’étude de Cybernews analyse les téléchargements des 100 applications d’intelligence artificielle (IA) les plus utilisées dans 64 pays, en les mettant en relation avec les populations nationales afin d’estimer un taux d’adoption. Pour cela, elle s’appuie sur les données des principaux stores d’applications, comme Google Play et l’App Store d’Apple.
Dans ce classement, la France atteint un taux d’adoption estimé à 47 % en 2025, en nette progression par rapport à 2024 (23 %). Cette hausse se retrouve aussi dans les volumes de téléchargement, passés de 6,6 millions en 2023 à 32,1 millions l’an passé. Elle traduit une diffusion rapide des outils d’IA dans les usages quotidiens.
Une stratégie nationale de long terme

En France, cette montée en puissance s’appuie sur une stratégie nationale lancée en 2018 et déployée en plusieurs phases. La première, entre 2018 et 2022, est centrée sur le renforcement de la recherche et des infrastructures, avec pour objectif de développer les capacités scientifiques, les instituts spécialisés et les moyens de calcul.
La deuxième phase, entre 2021 et 2025, se concentre davantage sur l’adoption de l’IA et la formation, notamment dans l’enseignement et l’accompagnement des entreprises, en particulier les PME, pour intégrer ces technologies. Enfin, la troisième phase, engagée en 2025 et toujours en cours, s’inscrit dans une logique d’accélération, avec 2,5 milliards d’euros d’investissements publics et 109 milliards d’euros d’engagements privés et internationaux annoncés lors du Sommet pour l’action sur l’IA à Paris.
Une adoption inégale selon les territoires
Mais cette progression globale ne se traduit pas partout de la même manière, les usages restant très dépendants des contextes locaux et des infrastructures numériques, avec des formes d’appropriation qui varient fortement d’un territoire à l’autre.

À Mayotte, les usages liés aux technologies numériques et à l’intelligence artificielle prennent des formes particulières, fortement structurées par les réseaux sociaux, notamment TikTok et Facebook, où les contenus circulent, se transforment et sont rapidement réappropriés. En effet, on retrouve la réutilisation d’images ou de vidéos de personnalités publiques locales ou nationales, intégrées à des montages ou à des tendances virales, parfois détournées pour produire de nouveaux contenus. Comme des vidéos montrant le président de la République dansant le Chigoma, une danse traditionnelle mahoraise. Ces pratiques de détournement et de création autour de l’IA sur les réseaux sociaux ne sont pas propres à Mayotte et se retrouvent également en métropole, où elles alimentent des contenus viraux similaires sur les plateformes.
Ces vidéos sont retravaillées avec des effets visuels ou des outils liés à l’intelligence artificielle, ce qui donne des formats hybrides, entre information, divertissement et création numérique, où la frontière entre le réel et la mise en scène devient très floue pour une certaine catégorie de public.
Les usages ne se limitent pas au divertissement, puisque certains contenus sont aussi utilisés à des fins éducatives, par exemple pour créer des comptines ou des supports permettant d’apprendre les langues locales comme le shimaoré ou le kibushi. Dans ce prolongement, certaines structures organisent également des webinaires ou des ateliers en ligne afin de permettre aux entreprises et aux salariés de se familiariser avec ces outils et leurs usages professionnels.
Des usages qui dépassent le divertissement

Au-delà de cette utilisation sur les plateformes, l’intelligence artificielle est également de plus en plus présente dans le domaine de la communication et de la publicité sur l’île. Elle permet à certaines structures, notamment les plus petites ou disposant de moyens limités, de produire des supports visuels comme des affiches ou des visuels d’événements à moindre coût, voire dans certains cas en s’appuyant sur des outils automatisés accessibles gratuitement. Cette évolution rend les outils de création plus accessibles, tout en modifiant la manière dont les contenus publicitaires sont produits.
Shanyce MATHIAS ALI.


