Les chiffres racontent une histoire, mais pas toujours toute l’histoire. Dans les Outre-mer, le surendettement progresse rapidement, révélant des fragilités économiques profondes. C’est ce que révèle une enquête de l’Institut d’Emission des départements d’Outre Mer (IEDOM), publiée ce mois-ci. Pourtant, certains territoires comme Mayotte semblent en marge de cette dynamique. Une illusion statistique qui en dit long sur un phénomène à la fois visible… et invisible.
Une progression rapide dans un contexte fragile

Le mouvement est net. En 2025, « 3.915 dossiers ont été déposés (…) en hausse de 20,2 % par rapport à 2024 » . Cette hausse s’inscrit dans une tendance durable : « la hausse est même de 75 % sur 10 ans ». Pour l’IEDOM, ce niveau constitue « un pic historique », dans un environnement économique peu porteur. L’étude évoque « un climat des affaires en berne », avec « un niveau d’emploi peu dynamique et des tensions sur la trésorerie des entreprises et des ménages ».
Dans ce contexte, le surendettement apparaît comme un indicateur avancé des tensions sociales. D’autant que les dettes progressent plus vite encore que les dossiers : « l’endettement global (…) s’élève à 122 millions d’euros » et « est en hausse de 26,5 % sur un an », affirme l’étude.
Des ménages déjà fragilisés avant la dette
Le profil des ménages concernés éclaire la mécanique du surendettement. L’étude identifie des foyers « vivant en-dessous du seuil de pauvreté », « fragilisés par un changement imprévu » ou « rencontrant des difficultés à gérer leur budget ». La situation financière est souvent critique : « plus de la moitié des ménages (…) ne dispose d’aucune capacité de remboursement ». Autrement dit, les dépenses courantes dépassent déjà les ressources disponibles.
À cela s’ajoute une quasi-absence de patrimoine : « plus de 86 % des déposants (…) présentaient un patrimoine (…) inférieur à 2.000 euros ». Dans ces conditions, le moindre imprévu, comme une perte d’emploi, une séparation ou un problème de santé, peut précipiter le basculement. Le surendettement touche ainsi prioritairement des ménages et généralement, « des personnes seules ou des familles monoparentales, majoritairement des femmes aux revenus modestes », constate l’IEDOM.
Mayotte, révélateur d’un surendettement invisible

Dans ce tableau, Mayotte occupe une place singulière. Le territoire affiche le taux le plus faible : seulement 29 dossiers déposés pour 100.000 habitants. Mais cette donnée doit être mise en regard d’une autre, beaucoup plus brutale : un taux de pauvreté atteignant 77,3 % de la population.
Le rapport lui-même souligne ce paradoxe, qui « peut s’expliquer par une solidarité familiale plus marquée (…) mais aussi par une méconnaissance du dispositif de surendettement ». En clair, à Mayotte, le surendettement ne disparaît pas réellement, il échappe simplement en partie aux radars institutionnels. Il se gère dans les réseaux familiaux, se reporte dans le temps, ou reste simplement non déclaré.
Le contexte local renforce cette fragilité. L’étude mentionne un « rebond technique » de l’activité après les perturbations liées au cyclone Chido survenu le 14 décembre 2024, signe d’une reprise encore précaire. Au fond, le surendettement dans les Outre-mer n’est plus seulement un accident de parcours, il devient un symptôme durable de fragilités économiques profondes. Et dans des territoires comme Mayotte, la question n’est peut-être plus seulement de mesurer le phénomène, mais de réussir à le rendre visible.
Mathilde Hangard


