La série COLOCS a fait son retour ce lundi avec une avant-première organisée au lycée des Lumières, avant la diffusion du premier épisode de la troisième saison sur Mayotte la 1ère. Faisant partie des séries les plus regardées en Outre-mer, la fiction portée par la réalisatrice Jacqueline Djoumoi-Guez, poursuit son installation dans le paysage audiovisuel local, avec une nouvelle saison qui s’inscrit dans la continuité des précédentes tout en cherchant à franchir un cap.
Composée de huit épisodes de 26 minutes, cette nouvelle saison ne marque pas une rupture, mais « une autre dimension », selon la réalisatrice. L’objectif est de proposer un véritable divertissement, accessible au-delà de Mayotte, tout en conservant des thématiques ancrées dans la réalité du territoire comme les relations familiales, les secrets, l’entrepreneuriat au féminin, la maternité, ou encore l’infertilité.
Des acteurs formés sur le terrain
Depuis la première saison, COLOCS repose sur un fonctionnement particulier, en effet, l’ensemble des comédiens sont des acteurs non professionnels. Une réalité directement liée au contexte local. « À Mayotte, il n’y a pas d’acteurs professionnels, ni de structures pour former des jeunes », souligne Jacqueline Djoumoi-Guez.

Les comédiens sont sélectionnés à l’issue de castings, puis accompagnés sur la durée. Une fois retenus, ils bénéficient d’un travail intensif : coaching, ateliers sur les émotions, improvisation, travail sur la présence face caméra. Pour cette saison 3, la préparation a été renforcée, avec près de deux mois de répétitions avant le tournage. « On les coache durant de très nombreux mois pour qu’ils puissent jouer leur personnage », précise la réalisatrice. Un travail mené notamment avec un coach dédié, afin de faire évoluer progressivement les acteurs, déjà présents pour certains depuis les premières saisons.
Un tournage marqué par des contraintes
La réalisation de cette troisième saison s’est déroulée dans un contexte particulièrement difficile. Le passage du cyclone Chido a entraîné un report du tournage et une adaptation du scénario pour pouvoir intégrer cette nouvelle réalité qui avait touché l’île.

Sur le terrain, les conditions étaient complexes et le groupe a dû faire face à diverses situations telles que des habitations fortement endommagées, un accès limité à certaines zones, ainsi que des difficultés d’approvisionnement en eau. La réalisatrice évoque également des tensions lors de certains tournages en extérieur, avec des tentatives d’agression. L’équipe, composée d’une vingtaine de personnes, a dû subir ces contraintes tout en poursuivant la production. « On s’est retrouvés à tourner alors que près de 90 % des maisons étaient abîmées », confie la réalisatrice Mahoraise. « Il y a eu des défis, mais ils ont été relevés grâce au collectif et à la volonté de tous », poursuit-elle.
Malgré ces difficultés, elle insiste sur la cohésion des équipes, évoquant un tournage porté par une forte solidarité entre techniciens et comédiens. « On était une famille ! », résume-t-elle.
Une fiction ancrée dans le réel et tournée vers l’avenir
Si COLOCS reste une fiction, elle s’inspire de situations concrètes. La série aborde ainsi des dynamiques familiales, des trajectoires personnelles et des réalités sociales dans lesquelles la plupart du public peut se reconnaître peu importe les générations. « Personne ne regarde Colocs en se disant que la série est invraisemblable et que ça ne rappelle rien à personne », explique-t-elle.
Au-delà de l’écran, la réalisatrice inscrit son projet dans une réflexion plus large sur le développement du secteur audiovisuel à Mayotte. Elle pointe un manque de structures, de formations et de moyens pour accompagner les talents locaux. « Nous sommes une dizaine à faire de l’audiovisuel artistique à Mayotte », souligne-t-elle. Jacqueline Djoumoi-Guez appelle ainsi à une prise de conscience des institutions publiques. « J’ose espérer que les institutions vont prendre la mesure du talent à Mayotte ». Pour elle, le développement de ce secteur représente à la fois un enjeu culturel et économique, la production audiovisuelle permettrait de mobiliser des équipes, de créer de l’emploi et de réinjecter des ressources dans le territoire.

La réalisatrice insiste également sur l’importance de l’image dans la construction des imaginaires. Elle souhaite voir émerger à l’écran des figures variées : « des médecins, des chercheurs et des astronautes mahorais ». L’objectif est de permettre aux jeunes de se projeter et d’élargir leur champ du possible. « Les enfants s’imprègnent de ce qu’ils voient », explique-t-elle.
Si la série reste centrée sur des trajectoires féminines, cette saison 3 marque aussi une évolution avec l’introduction de davantage de personnages masculins en réponse aux retours du public.
Pour finir, la réalisatrice a souhaité s’adresser directement aux téléspectateurs. Elle rappelle que regarder COLOCS, c’est soutenir une production locale et un secteur audiovisuel encore en développement. « Ce sont des Mahorais qui sont devant et derrière la production », souligne-t-elle, appelant le public à se mobiliser pour accompagner cette dynamique.
Shanyce MATHIAS ALI.


