Second tour des élections municipales : une mobilisation en hausse malgré une météo maussade

A l’occasion du 2nd tour des élections municipales, le JdM s’est rendu à Koungou et en Petite-Terre là où les enjeux du scrutin comme la reconstruction des écoles, le manque d’infrastructures, ou encore la gestion des déchets ont une importance majeure pour les habitants.

Après un premier tour très disputé le 15 mars dernier, la tension restait vive dans la plupart des bureaux de vote de Mayotte ce dimanche 22 mars pour le second tour des municipales. Le taux de participation à 17h était estimé à 59.10%, en légère hausse par rapport au 1er tour la semaine dernière à la même heure (58.20%) ainsi qu’au second tour des dernières élections municipales de 2020 (58.62%).

À Koungou, une triangulaire pour une population en attente de changements majeurs

Il y a une semaine, cinq candidats s’étaient qualifiés à l’issue du premier scrutin. Ce dimanche 22 mars, seuls les trois premiers poursuivaient la course : Saïd Raos Ahamadi (LDVG), arrivé en tête avec 26,90 % des suffrages, devant le candidat de la majorité sortante, M’Dallah Mahamoudou (LDVD) avec 25,56 %, et Ayouba Ridjali (LDVG), crédité de 14,77 % des voix. Les deux autres candidats, Fadja Rachid (14,62 %, LDVG) et Amidou Dzanga Hamidou Salim (11,74 %, LDVD), avaient retiré leurs listes avant ce second tour.

Du fait des fortes pluies dimanche matin les électeurs sont venus au « compte-gouttes »…

En cette fin de matinée, les électeurs sont arrivés au compte-gouttes au bureau de vote du groupe scolaire Koungou Maraîcher. “Je pense que ce sont les fortes pluies de ce matin qui découragent et empêchent les gens de venir voter”, souligne Leelow, 31 ans, habitante de Koungou-village, en s’abritant sous le préau de l’école après avoir voté.

“La semaine dernière on y croyait, cette fois-ci on a du mal. Les habitants sont déçus des résultats du premier tour et ils n’ont plus espoir en un réel changement”, estime de son côté Amida*, elle aussi résidente du village, qui voyait en ce second tour un duel plus qu’une triangulaire, faisant référence aux deux candidats au coude-à-coude, le premier déjà élu maire entre 2001 et 2008 et le second issu de la majorité sortante. “Ce second tour c’est un choix entre la peste et le choléra ! Je ne veux pas qu’une personne déjà élue remporte la victoire, car depuis 15 ans pas grand-chose n’a été fait, les routes sont cassées, les écoles pas réparées. Pourtant, l’éducation doit être la priorité, tout comme l’insertion des jeunes”.

Un sentiment partagé par Leelow : “Il faut tout revoir dans la commune de Koungou. Les routes ne ressemblent plus à rien, il n’y a plus d’écoles, la délinquance est encore présente, j’ai envie que tout change, c’est l’avenir de la commune qui se joue”.

“Vous voyez l’école, je suis sûr que lundi, avec toute cette pluie, elle ne va pas ouvrir et les enfants resteront chez eux. Ce n’est pas normal”, insiste Faïza*, 30 ans, venue voter malgré la pluie. “Koungou a besoin de plus d’écoles, et surtout il ne faut pas prendre des enfants d’autres communes pour les insérer ici car il y a déjà une population très importante. Les enfants mahorais souffrent des rotations. Il y a aussi tout un travail à faire pour mettre en avant la culture et la commune de Koungou. Je voudrais du nouveau !”, nous a-t-elle confié.

Dans la mairie annexe de Koungou, 171 votants se sont manifestés aux alentours de midi, sur un total de 815 inscrits.

Sur les hauteurs de Majicavo Koropa, dans la mairie annexe, l’ambiance était similaire. 171 votants se sont manifestés aux alentours de midi, sur un total de 815 inscrits. “On espère un réel changement. Les années passent mais il n’y a pas d’évolution, cela m’inquiète pour l’avenir”, remarque Ismaël*, la vingtaine. “On a besoin que la population soit entendue, on n’en peut plus de l’état des routes, des écoles et surtout des déchets, il y en a partout et c’est de pire en pire”.

À Koungou comme à Majicavo, plusieurs habitants regrettent également les soupçons de fraudes qui ont entouré le premier tour : trafics de procurations, ajout de bulletins de vote et achats de voix auprès de jeunes en échange d’argent. Ces rumeurs, bien que non confirmées par les autorités, circulent largement sur les réseaux sociaux et dans les messageries téléphoniques, laissant de nombreux électeurs dans l’incertitude quant à la transparence du scrutin et le poids réel de leur vote. Malgré cela, la plupart insistent sur l’importance de réaliser ce “devoir citoyen” dans l’espoir de “voir les choses s’améliorer”.

En Petite-Terre malgré des alliances jugées contre nature par les électeurs, l’attention s’est concentrée sur le scrutin

À Dzaoudzi-Labattoir, 7.204 électeurs étaient appelés à départager les deux candidats encore en lice au second tour des élections municipales, après une séquence politique marquée par des alliances inattendues. Lors du premier tour, le maire sortant Mikidache Houmadi était arrivé en tête avec 36,48 % des suffrages, suivi du sénateur Saïd Omar Oili avec 30,64 %, tandis que Freddy Novou, tête de liste du Mouvement de Développement de Mayotte (MDM), obtenait 29,41 %, et Darmi Salim 3,48 %.

Dans les jours qui ont suivi, les discussions politiques ont vite pris de la place, avec des relations tendues entre les deux premiers candidats qui rendaient une alliance compliquée, donc beaucoup s’attendaient plutôt à une triangulaire pour ce second tour. En effet, à l’origine, le maire sortant et le sénateur évoluaient dans la même famille politique avant de se retrouver en opposition.

En début de semaine dernière, Saïd Omar Oili avait finalement annoncé son retrait, accompagné de la fusion de son parti « Néma » avec la liste portée par Freddy Novou.

Mais en début de semaine dernière, Saïd Omar Oili avait finalement annoncé son retrait, accompagné de la fusion de son parti « Néma » avec la liste portée par Freddy Novou. Concrètement, cette fusion s’est traduite par l’intégration de membres de sa liste au sein de celle du candidat du MDM, à l’issue de discussions entre les deux camps.

Cette recomposition a profondément modifié le second tour, désormais réduit à un duel entre le maire sortant et la liste MDM–Néma conduite par Freddy Novou. Une configuration qui a suscité de nombreuses réactions, notamment sur les réseaux sociaux et dans les échanges locaux, où certains militants ont exprimé leur incompréhension face à ce rapprochement entre deux forces historiquement opposées. Si des rapprochements ponctuels ont déjà existé par le passé entre ces deux forces politiques, notamment lors d’autres échéances locales, cette fusion reste marquante dans le contexte actuel.

Ce dimanche, les électeurs se sont déplacés progressivement dans les bureaux de vote, avec une participation de 34% soit 2450 votants à la mi-journée, aux alentours de 13h à Labattoir. Au bureau de Labattoir 7, l’affluence est restée très faible dans la matiné, le site étant habituellement peu fréquenté, et les électeurs semblaient attendre une accalmie pour se déplacer. « Cette matinée, on n’a pas eu beaucoup d’affluence à cause de la pluie, mais on pense qu’en fin de journée il y aura plus de monde », nous expliquaient alors les assesseurs.

Au bureau central à Labattoir 1 l’affluence était bien présente malgré la pluie.

En revanche, au bureau central à Labattoir 1 l’affluence était bien présente malgré la pluie. Cependant les longues files d’attentes observées lors du premier tour n’étaient plus visibles cette fois-ci. « Les gens viennent voter même s’ils prennent leur temps, mais ils viennent », observait le président du bureau central.

Dans les files, les électeurs exprimaient surtout leurs attentes pour la commune, au-delà des enjeux politiques. « J’espère que la personne qui prendra le siège de maire fera bien son travail et mettra les querelles de côté », nous confiait Sitina, habitante de la commune, tout en évoquant plusieurs urgences locales, notamment l’école Labattoir 2 détruite par le cyclone, ou encore la gestion des déchets.

Saïd Madi, un autre habitant, partageait le même constat : « Il y a eu un retournement de situation auquel on ne s’attendait pas, mais maintenant ce qui nous intéresse, c’est d’avoir un maire qui fera avancer la commune ».

Dans l’autre commune de Petite-Terre, à Pamandzi, le second tour s’est déroulé dans une configuration différente, avec quatre candidats encore en lice. Lors du premier tour, onze candidats étaient en compétition, ce qui avait fortement dispersé les voix et conduit à des scores relativement serrés entre les différentes listes, rendant l’issue du scrutin incertaine. Ici, tous les candidats pouvant se présenter ont décidé de continuer la course.

Les candidats encore en lice étaient Issoufi Maandhui, arrivé en tête avec 15,80 %, suivi de Arbabiddini Chanfi avec 14,95 puis Siti Ali M’dahoma avec 14,53 %  et enfin Labyade Mahadali avec 10,47 %.

À la mi-journée, au bureau situé à l’école Pamandzi 1, la participation s’établissait à 342 votants.

À la mi-journée, au bureau situé à l’école Pamandzi 1, la participation s’établissait à 342 votants, dans un contexte de mobilisation encore progressive. « Les gens viennent petit à petit, la pluie s’est calmée, donc on pense que dans les heures qui suivent il y aura plus de mouvement », indiquait un agent sur place.

Halida, mère de famille et habitante de Pamandzi, considère qu’il faut dynamiser les choses. « On a besoin d’un maire qui fera vivre la commune, parce qu’on a l’impression de vivre dans une ville fantôme. Y’a rien qui est fait, y’a pas d’infrastructure pour les jeunes ! Il faudrait aussi plus de commerces pour créer de l’emploi et dynamiser la commune ».

Pour la plupart des habitants de l’île où qu’ils vivent, les enjeux des élections municipales restent globalement les mêmes : construction et reconstruction d’écoles, gestion des déchets, place de la jeunesse, ou encore emploi et développement économique.

Victor Diwish et Shanyce Mathias Ali.

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