La guerre au Moyen-Orient bouleverse les routes du commerce maritime mondial. Dans le Golfe arabo-persique, plusieurs navires de l’armateur français CMA CGM sont immobilisés ou empêchés d’entrer dans la zone. Une situation inquiétante pour un territoire insulaire comme Mayotte, dépendant du fret maritime pour ses approvisionnements. Contactée lundi 9 mars, la Compagnie maritime d’affrètement – Compagnie générale maritime (CMA CGM) affirme toutefois avoir réorganisé ses lignes afin de garantir la continuité de l’approvisionnement de l’archipel.
Des navires immobilisés dans le Golfe arabo-persique

La guerre qui oppose les États-Unis et Israël à l’Iran fait peser de fortes tensions sur le trafic maritime dans le Golfe arabo-persique et autour du détroit d’Ormuz. Le 1er mars, CMA CGM, troisième armateur mondial de transport de conteneurs, a indiqué avoir demandé à tous ses navires présents dans le Golfe ou en route vers la zone « de se mettre à l’abri » face aux risques d’escalade militaire.
Dans cette région stratégique pour le commerce mondial, quatorze porte-conteneurs exploités par l’armateur français sont actuellement bloqués dans le Golfe arabo-persique et sept autres ne parviennent pas à y entrer, selon les informations communiquées par l’entreprise le 7 mars. Parallèlement, le passage par le canal de Suez a été suspendu et les navires sont redirigés vers le cap de Bonne-Espérance afin d’éviter la zone de la mer Rouge, jugée trop dangereuse.
Mayotte exposée aux perturbations du commerce maritime
Ces tensions pourraient avoir des répercussions jusqu’au cœur de l’océan Indien. Située sur les principales routes commerciales reliant l’Europe à l’Asie, Mayotte dépend fortement du transport maritime pour son approvisionnement. Le contournement de certaines voies maritimes, rendu nécessaire par le contexte sécuritaire, pourrait entraîner un allongement des délais d’acheminement des marchandises et accentuer la pression sur les chaînes logistiques. À court terme, cela pourrait se traduire par une hausse des coûts de transport répercutée sur les produits importés. À plus long terme, si la situation devait perdurer, des tensions ponctuelles pourraient également apparaître sur certains stocks.
CMA CGM réorganise ses lignes

En début de semaine, l’armateur CMA CGM se veut toutefois rassurant concernant la situation mahoraise. Si l’entreprise nous confirme que le porte-conteneurs SAIGON CMA est actuellement bloqué dans le Golfe arabo-persique, elle assure toutefois avoir réorganisé ponctuellement la desserte de l’île.
« Pour éviter tout impact pour Mayotte, on a réorganisé ponctuellement la desserte de l’archipel », explique la compagnie maritime. Concrètement, les navires qui transitent habituellement par le Golfe ont été redirigés vers le port de Colombo, au Sri Lanka, afin de réorganiser le transbordement des marchandises. « Pour les navires passant par le Golfe, il a été décidé de faire escale à Colombo. Nous avons réorganisé les lignes pour éviter toute rupture », précise l’armateur.
L’entreprise rappelle que « plusieurs lignes desservent Mayotte » et assure qu’ « aucune rupture d’approvisionnement n’est prévue » à ce stade, même si la situation reste particulièrement sensible et susceptible d’évoluer en fonction du contexte géopolitique. Interrogée également sur un éventuel impact économique de la crise, la compagnie se montre prudente : « Non, il n’y aura pas de hausse, c’est trop tôt pour avoir de la visibilité sur cela », indique-t-elle. « Au sujet de l’inflation, il faut voir avec Bercy », ajoute encore le groupe.
Une possible intervention navale pour sécuriser le trafic ?

Face aux tensions dans le détroit d’Ormuz, la France envisage également une intervention pour sécuriser la navigation. Lundi 9 mars, le président de la République française Emmanuel Macron a évoqué la préparation d’une mission navale « purement défensive » destinée à escorter les porte-conteneurs et les pétroliers afin de rouvrir progressivement la route maritime.
Une opération similaire avait déjà été menée par la France à la fin des années 1980 lors de la « guerre des tankers », pendant le conflit Iran-Irak. La Marine nationale escortait alors les navires marchands dans le Golfe afin de sécuriser le trafic pétrolier international. Dans ce contexte encore très incertain, les compagnies maritimes continuent d’adapter leurs routes. Mais pour l’heure, CMA CGM assure que l’approvisionnement de Mayotte reste garanti.
Mathilde Hangard


