
Vendredi dernier, l’hémicycle Younoussa Bamana a accueilli une matinée d’échanges consacrée au leadership féminin dans la décision publique. Organisé dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, l’événement portait cette année sur le thème : « Du leadership à l’impact : les femmes au cœur de la décision publique ». Une initiative portée par la Ville de Mamoudzou, pour la quatrième année consécutive.
Dans la salle, des femmes de tous âges, mais aussi quelques hommes venus écouter et participer aux discussions, très vite, le public s’est montré actif. Des questions, des prises de parole, des témoignages. L’idée était justement de faire de cette rencontre un moment d’échange ouvert, où chacun pouvait partager son expérience ou son point de vue sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans la fonction publique.
Des enjeux toujours présents
Pour Philippe Arhan, directeur régional de la délégation du CNFPT à Mayotte, ces moments de discussion sont nécessaires car les évolutions restent lentes. Selon lui, le territoire n’en est pas à ses débuts sur cette question. « On ne part pas d’une feuille blanche à Mayotte. Il y a déjà eu des actions et cette quatrième édition en est la preuve, mais ce n’est pas suffisant », explique-t-il. La matinée devait justement permettre de réfléchir collectivement aux actions possibles pour faire avancer les choses plus vite. Mentorat, accompagnement des parcours ou encore tutorat pour les femmes dans certaines filières techniques figurent parmi les pistes évoquées.

Asidjathy Said Ali, directrice adjointe en charge de la formation au CNFPT Mayotte, souligne que ces journées ne sont pas une simple célébration. « Ce n’est pas une célébration, c’est une lutte pour l’égalité. On voit dans certains pays que les droits des femmes peuvent être retirés. Donc ces questions restent importante », rappelle-t-elle.
Elle insiste sur le fait que la situation des femmes mahoraises est particulière, en effet, si elles occupent une place importante dans le privé, elles rencontrent dans la fonction publique les mêmes obstacles qu’en Hexagone et dans les autres territoires ultramarins. « Il n’y a pas longtemps encore les femmes ici ne pouvaient pas aller l’école. C’était mal vu, cela faisait peur à certaines familles ».
Une représentation inégale
Les chiffres présentés pendant la rencontre montrent une situation contrastée. Dans la fonction publique territoriale à Mayotte, les femmes représentent 49,6 % des effectifs en 2023, contre 61,3 % au niveau national en 2021. Pourtant, elles sont souvent plus diplômées que les hommes : 57 % d’entre elles ont un bac ou plus, contre 51 % pour les hommes. Malgré cela, l’accès aux postes de direction reste inégal, seulement 28 % des emplois de direction sont occupés par des femmes. Les postes stratégiques restent majoritairement masculins et l’accès aux fonctions de décision intervient souvent plus tard dans leur carrière.
D’un autre côté, certaines filières sont très largement féminisées, comme le médico-social avec plus de 90 %, ou encore dans l’administratif avec plus de 70 %. L’enjeu est stratégique pour les collectivités et le CNFPT Mayotte, l’objectif serait de diversifier les profils de direction, accompagner les parcours des femmes cadres, développer le mentorat et valoriser les talents féminins.
Certaines structures telles que la CCSUD sont néanmoins déjà sur la bonne voie avec des femmes majoritaires dans les catégories A et B. « Dans un territoire qui compte 17 communes, on pourrait imaginer que 50 % des directions soient occupées par des femmes », confie Charaffoudine Ramadani.
Témoignages et perspectives
La matinée a aussi laissé une large place aux témoignages de femmes occupant des postes à responsabilité. Ayda Daniel, directrice générale adjointe chargée des ressources au centre de gestion de Mayotte, insiste sur le fait que le genre ne doit pas entrer en compte. « Ce n’est pas le genre qui compte, c’est la capacité. Si quelqu’un a les compétences, il faut lui laisser sa chance ».

Elle rappelle aussi l’importance de l’encouragement et de l’accompagnement, mais également de la valorisation des parcours, qui peut donner envie à d’autres femmes de se lancer. Selon elle, l’éducation doit commencer dès la maternelle pour que les enfants comprennent que les métiers ne sont pas genrés. Une idée partagée et exprimée par un homme présent dans le public . « Ces femmes, ce sont nos sœurs, nos mères, nos collègues. Pourquoi leur mettre des barrières ? L’égalité, ça commence aussi dans l’éducation des enfants », a-t-il indiqué.
L’événement s’est terminé avec l’intervention de Lydie Koblan Huberson, ancienne attachée principale en France et désormais installée au Québec. Elle a mené une recherche sur les parcours de femmes noires vers les postes de direction, mettant en lumière les obstacles et les leviers qui façonnent ces trajectoires.
Shanyce MATHIAS ALI.


