Les bandes de Gotam et Cetam font à nouveau parler d’elles au sujet d’un meurtre commis le 23 janvier 2021. En effet à l’époque, au cours d’un week-end de violences en Petite-Terre, les 22, 23 et 24 janvier, trois homicides avaient été commis en 72 heures.
La vengeance comme principal mobile

Tout commence dans la soirée du 21 janvier 2021, les violences menées par la bande de Gotam vont causer un premier décès, un agriculteur de 34 ans du quartier de La Vigie, tué à coups de chombo. Il n’en fallait pas plus pour attiser la haine et la vengeance de la part du clan rival. Des membres de La Vigie se réunissent le lendemain de la découverte du corps pour mettre en place une expédition punitive à l’encontre de la bande de Gotam. Durant cette réunion, il a tout d’abord été décidé de tuer des chiens du clan adverse, ce qu’ils firent dans la matinée du 23 janvier 2021.
Visiblement pas rassasiés, ils se réunirent à nouveau en fin d’après-midi, toujours le 23 janvier, et décidèrent de constituer une milice pour retrouver les jeunes ayant tué l’agriculteur. Durant cette seconde réunion certains demandèrent des comptes et actèrent la nécessité de tuer pour se venger, telle la loi du talion…
En début de soirée un groupe composé d’une trentaine d’individus cagoulés et armés de machettes, de barres et de sabres, se mettaient en quête de retrouver les auteurs du meurtre de l’un des leurs. Ils réussirent à localiser le quartier où se trouvaient les jeunes soupçonnés et l’encerclaient terrorisant les habitants par la même occasion.
Une « victime collatérale » assassinée par erreur
Après avoir demandé, sous la menace, aux habitants dans quelle maison se cachaient les individus qu’ils cherchaient, les membres de la milice défoncèrent la porte d’entrée avec une hache. Selon plusieurs témoins le groupe était déterminé à tuer pour se venger en menant une véritable chasse à l’homme. Les deux jeunes soupçonnés d’avoir tué l’agriculteur ont fui par les toits tant bien que mal.

L’un d’entre eux n’a cependant pas pu échapper à un membre de la milice, il a été retrouvé mort un peu plus loin, gisant au sol, avec une plaie d’une vingtaine de centimètres au niveau du crâne. L’autopsie révélera une mort violente avec l’utilisation d’une machette bien affutée ayant découpé la boite crânienne de la victime, un geste délibéré selon le médecin légiste. Dans le quartier plusieurs témoins ont entendu un homme crier : « Allons-y ! Allons-y ! Il a eu son compte ». Le lendemain, le 24 janvier, un autre jeune de 14 ans, affilié à la bande de Gotam, trouvera également la mort sous les coups de hache, à l’issue d’une poursuite punitive.
Le plus tragique dans cette affaire, au-delà de la violence des faits et de la mort d’un individu, c’est que la victime était âgée d’à peine 16 ans et qu’elle ne faisait partie d’aucun clan et n’avait rien à voir dans cette histoire de règlements de comptes entre les bandes de Gotam et Cetam. Elle habitait dans le quartier de Cavani à Mamoudzou et avait semble-t-il loupé la barge pour rentrer chez elle.
Aucune partie civile n’est présente lors de ce procès, ni représentée, pas même la personne ayant subi une tentative de meurtre. A la barre du tribunal, comme souvent, les accusés minimisent leur implication en disant qu’ils faisaient bien partie de la milice mais qu’ils n’ont pas participé au meurtre du jeune homme. « Je ne suis pas le chef », dit l’un. « Je n’ai pas commis ces faits », raconte un autre. Quant au dernier, il reconnait avoir lancé une machette en direction de la victime mais sans réussir à l’atteindre selon lui.
Pour ces faits de meurtre et de tentative de meurtre en bande organisée ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les jurés rendront leur délibéré ce vendredi.
B.J.


