Mal-logement dans les Outre-mer, Mayotte en alerte rouge

Dans son nouveau rapport consacré aux Outre-mer, la Fondation pour le Logement des Défavorisés alerte sur une aggravation continue du mal-logement. Plus de 700.000 personnes sont concernées dans les cinq DROM, et Mayotte concentre aujourd’hui les indicateurs les plus alarmants.

La Fondation pour le Logement des Défavorisés a publié il y a quelques jours son deuxième plaidoyer consacré aux Outre-mer, remis aux autorités nationales. Le document alerte sur l’ampleur du mal-logement dans les cinq DROM, et particulièrement à Mayotte.

À l’échelle des cinq DROM, plus de 700.000 personnes sont considérées comme mal logées. Derrière ce chiffre, il y a des situations très diverses, habitat indigne, absence de logement personnel, suroccupation, ou encore hébergement précaire. Mais tous partagent un même problème, celui d’une fragilité structurelle qui touche surtout les jeunes, les familles monoparentales et les personnes âgées.

À Mayotte, la situation est exceptionnelle, sur 329.282 habitants recensés par l’Insee (2025), plus de 230.000 sont concernés par le mal-logement, soit environ 70 % de la population, selon les chiffres de la fondation. À titre de comparaison, en Guyane, 57 % des habitants sont concernés par la problématique, un niveau déjà élevé mais inférieur à celui observé sur l’île aux parfums.

Une pression démographique et sociale 

Rentrée scolaire, groupe scolaire Foundi Adé, école, maternelle
À Mayotte, de nombreux établissements scolaires peinent à accueillir une population scolaire en forte croissance, dans des conditions souvent précaires.

Avec une croissance annuelle de 3,6 % sur dix ans, Mayotte est le département dont la population augmente le plus rapidement, ce qui signifie que la demande de logements progresse mécaniquement chaque année, alors que l’offre ne suit pas la même dynamique. Le territoire est également le plus jeune de France, la majorité de sa population a moins de 25 ans et la plupart des 18-25 ans n’ont ni emploi, ni formation.

La forte proportion de jeunes, associée à des difficultés d’insertion professionnelle, ralentit l’accès à l’autonomie résidentielle et augmente la dépendance au logement familial, ce qui contribue à la surpopulation déjà élevée.   Avec un taux de pauvreté à 77 % et un revenu moyen parmi les plus faibles du pays, la situation économique de l’île accentue les inégalités, d’autant plus que de nombreux habitants étrangers ne peuvent pas bénéficier du RSA.

Dans ce contexte, la tension sur le logement se traduit par une forte insuffisance de places d’hébergement d’urgence. Selon la Fondation, près de 8.000 personnes sont sans domicile fixe dans les Outre-mer. Le déficit d’hébergement, estimé à 4.000 places par rapport à l’Hexagone, touche aussi Mayotte, où les dispositifs d’urgence sont insuffisants.  Cette accumulation de fragilités place Mayotte dans une situation à part au sein des DROM.

 Un habitat indigne devenu la norme

LFI, NPF, Mayotte
À Mayotte, 60 % des logements ne disposent pas d’un confort de base et 33 % relèvent de bidonvilles, selon la DEALM (2023).

Sur le département, la situation est encore plus critique, 60,2 % des résidences principales sont considérées comme indignes ou insalubres. Plus de 110.000 personnes vivent dans des habitations de fortune, construites en tôle, en bois ou à partir de matériaux précaires. Le manque d’espace, l’absence d’équipements adaptés et la fragilité des constructions exposent les habitants à de sérieux risques sanitaires ainsi que climatiques, alors que les dispositifs d’amélioration de l’habitat peinent encore à répondre à l’ampleur du problème.

 

Un marché saturé, des réponses attendues

Le niveau des loyers, autour de 16 euros par mètre carré, ainsi que le prix d’achat dépassant 3.300 euros le mètre carré, créent un décalage majeur avec les revenus locaux. Compte tenu du niveau général des ressources, le parc privé formel est donc inaccessible pour une  grande majorité de la population. Le parc locatif social quant à lui, reste extrêmement limité, avec 1.350 logements sociaux recensés au 1er janvier 2024 selon le rapport de la Fondation, alors même que la demande augmente et que la part des ménages très modestes reste particulièrement élevée. Plusieurs freins structurels sont identifiés : rareté du foncier, renchérissement des matériaux importés, insuffisance de l’ingénierie locale et lourdeur des procédures administratives.

La Fondation appelle les élus à agir contre le mal-logement en Outre-mer. (capture d’écran de la couverture du dossier).

Dans un contexte d’élections municipales et à un an de l’échéance présidentielle, la Fondation pour le Logement des Défavorisés met également en garde contre la progression des idées d’extrême droite dans les Outre-mer, qu’elle associe notamment à un sentiment d’abandon ressenti dans plusieurs territoires. Elle appelle à une mobilisation des politiques publiques afin de garantir une égalité réelle des droits entre l’Hexagone et les Outre-mer et de répondre de manière structurelle à la crise du logement.

« Face aux conséquences dramatiques pour les personnes victimes du mal-logement, il est nécessaire et possible de faire d’autres choix politiques. Il est primordial de mettre à l’abri toutes les personnes en détresse, de produire des logements très sociaux, de lutter contre l’habitat indigne et résorber les bidonvilles, d’encadrer les meublés touristiques et les loyers », défend Matthieu Hoarau, directeur régional de la Fondation pour le Logement Île de La Réunion et l’océan Indien.

Shanyce MATHIAS ALI.

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