Danse emblématique de la culture mahoraise, le Debaa a été inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel (PCI) en mars 2025. Le 17 décembre dernier, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a accueilli à Paris les représentants de pratiques nouvellement reconnues. Parmi celles-ci trois sont originaires de Mayotte : le Debaa des femmes, le sel de Bandrélé ainsi que le Tani Malandi de Chirongui.
Un art de vivre qui rythme les moments forts
Apparu au début du 20ème siècle, il accompagne les moments importants de la vie des Mahorais comme les mariages, les retours de pèlerinage, la réussite scolaire, la naissance d’un enfant, les événements politiques ou encore les cérémonies de deuil. Mais il ne se limite pas au chant et à la danse, c’est un véritable art de vivre. Porté par des influences africaines, de l’océan Indien et du monde arabo-musulman, le Debaa s’affirme comme un élément central de l’identité culturelle locale de l’île aux parfums.

En effet, la préparation commence bien avant la cérémonie avec les invitations, les répétitions et les déplacements. Les répétitions ont lieu plusieurs fois par semaine, le soir ou le week-end, et mobilisent parfois les jours fériés. Le jour J, les femmes se rassemblent sous le ɓandra-ɓandra (le chapiteau) et chantent au rythme des percussions appelées « tari » en suivant les indications d’une cheffe de choeur. La majorité des textes louent le prophète Mahomet et célèbrent l’amour, la sagesse ou encore la spiritualité, accompagnés de mouvements mêlant la tête, les mains et les épaules. Chaque chant est unique, et les troupes innovent régulièrement pour créer de nouvelles chorégraphies, afin de surprendre le public et renouveler la pratique.
Un patrimoine vivant et transmis
Pour Zawadi, 80 ans, ancienne maitresse d’école coranique, le Debaa est bien plus qu’une danse. « C’est un moment de partage entre femmes, de joie, de tradition, on met nos plus beaux bijoux en or et nos plus beaux salouvas. Je suis toujours heureuse d’y participer, c’est une part importante de ma vie », raconte la Mahoraise. Elle confie aussi l’importance de la reconnaissance officielle pour Mayotte. « Ça me touche énormément car ça montre que nos traditions sont respectées et qu’on les perpétue. J’ai transmis ma passion à ma fille et à ma petite-fille, et c’est comme ça que notre patrimoine ne se perdra jamais ».
La pratique ne se limite pas aux grandes cérémonies, elle accompagne aussi la vie quotidienne que ce soit pour bercer un enfant, encourager les tâches domestiques, ou ponctuer des moments passifs comme les trajets en voiture. La pratique occupe également une place dans l’histoire sociale et politique de l’île. Durant la période des « Chatouilleuses », celui-ci accompagnait fréquemment les réunions et rassemblements, aux côtés du Mawlida Shenge, et résonnait lors de ces moments de mobilisation collective.
Visibilité, événements et avenir
En 2009, ce patrimoine a été récompensé par le Prix France Musique des musiques du monde, attestant de son rayonnement artistique. Pour contribuer à sa visibilité, l’Assemblée de Mayotte a soutenu une tournée internationale entre 2008 et 2012, avec la sortie d’un disque primé par France Musique, et l’accueil d’une installation artistique au musée de Mayotte situé à Dzaoudzi entre 2015 et 2017. Le Debaa est régulièrement présenté lors d’événements culturels organisés par les communes, et a également été mis en scène au Salon du tourisme ainsi qu’au Salon de la plongée, contribuant à sa visibilité auprès d’un public national.

Des événements récents continuent à renforcer cette visibilité. En effet, depuis 2024, le concours « Uzuri Wa Debaa », diffusé sur Mayotte La 1ère, réunit des « chamas » (troupes) de toute l’île qui se confrontent chacun leur tour. Pendant le Ramadan, le chant résonne dans les rues, à la radio et à la télévision, une école de Debaa a même ouvert ses portes, il y’a quelques mois à Bambo Ouest, au sud l’île pour continuer la transmission de la pratique aux plus jeunes.
L’inscription à l’inventaire national est le fruit d’un travail mené par le musée de Mayotte (MuMA), avec le soutien de la Direction des affaires culturelles (DAC) et l’implication des communautés locales. Cette reconnaissance pourrait également ouvrir la voie à une future candidature auprès de l’UNESCO, auprès du Mawlida Shenge qui y figure depuis 2022.
Shanyce MATHIAS ALI.


