Santé : Retour du CRCDC à Boboka pour sensibiliser la population aux dépistages

Le Centre régional de coordination des dépistages des cancers (CRCDC) a organisé, ce mercredi 4 février, une journée de prévention et de dépistage dans ses locaux.

À l’occasion de la journée mondiale contre le cancer, le CRCDC a ouvert ses portes au public dans le quartier Boboka. Cette journée marque aussi le retour du centre dans ses locaux, après leur fermeture suite au passage de Chido en décembre 2024. Les dépistages, consultations ainsi que  l’accueil du public reprennent sur le site.

Devant le bâtiment, deux stands sont installés, les médiatrices accueillent les visiteurs, répondent aux questions et engagent la discussion, parmi eux certains viennent spécifiquement pour se faire dépister et d’autres s’arrêtent en passant. Un premier espace est dédié à la sensibilisation, l’autre permet de vérifier que les informations ont été comprises de façon ludique.

Expliquer et montrer les gestes de prévention

Sur place, l’auto-palpation mammaire est expliquée en détail par les intervenantes, qui montrent à la fois les gestes à effectuer et les symptômes à surveiller, comme un écoulement inhabituel hors allaitement, un changement de forme ou de taille du sein, un téton rentré, une peau d’orange, ou encore la présence d’une masse ou de ganglions sous les aisselles. Des mannequins sont mis à disposition pour la démonstration mais aussi pour permettre aux personnes de s’exercer. Il est aussi rappelé l’importance de se placer devant un miroir pour observer et comparer les deux seins lors de l’auto-palpation.

Un mannequin est utilisé pour montrer les bons gestes et expliquer les symptômes.

Le frottis est également abordé, avec une explication du déroulement, la présentation du matériel et des gestes réalisés par les professionnels de santé. Sarah, médiatrice au CRCDC, rappelle que le cancer du col de l’utérus est lié au virus papillomavirus humain (HPV) et souligne une difficulté fréquente sur le territoire qui est la récupération des résultats. « Les personnes viennent se faire dépister, mais parfois ne reviennent pas chercher leurs résultats. Quand on essaie de les rappeler, on n’arrive pas toujours à les joindre », explique-t-elle, évoquant notamment les changements de numéro et la difficulté liée aux adresses sur l’île.

Parmi les visiteurs, des hommes sont aussi présents, un lycéen est venu se renseigner après avoir perdu un membre de sa famille à cause d’un cancer. « J’ai appris qu’il n’y a pas d’âge et qu’il faut souvent se surveiller, si on voit une anomalie, il faut consulter », confie-t-il, insistant également sur l’importance d’en parler autour de soi, de soutenir ses proches et d’encourager les femmes à consulter.

Prise en charge et dépistage

Après la sensibilisation, les personnes souhaitant se faire dépister attendent leur tour dans la salle d’attente, tandis que les consultations sont assurées par deux sages-femmes qui s’organisent pour gérer le flux.

Pour Mathilde Loisel, sage-femme, le frottis est un examen gynécologique classique. « La personne est allongée, on pose un spéculum pour visualiser le col de l’utérus et on prélève des cellules qui seront envoyées au laboratoire », explique-t-elle. L’examen n’est pas douloureux et se fait avec l’accord de la patiente. « Les femmes peuvent refuser l’examen. On travaille avec leur consentement et à leur rythme. Pendant la consultation je discute avec elles, je les écoute, je fais mon possible pour les mettre à l’aise ».

De nombreuses femmes sont venues d’elles-mêmes pour se faire dépister.

Une fois les examens terminés, les patientes échangent avec celles qui attendent pour les rassurer. Une mère de famille venue pour un frottis et une palpation confie avoir eu de l’appréhension au départ. « Ça s’est bien passé, les sages-femmes nous mettent en confiance. Je conseillerais aux femmes de venir, c’est pour notre santé, il faut arrêter d’attendre à la dernière minute », dit-elle. Une autre patiente, âgée d’une cinquantaine d’années, ajoute : « On est toutes concernées, si on a pas la santé on ne vit pas ».

Des enjeux forts pour le dépistage à Mayotte

Cette journée a été aussi l’occasion pour le CRCDC de rappeler ses missions sur le territoire. En effet, en 2024, environ 2.800 frottis ont été réalisés ou centralisés par le centre à Mayotte. Près de 300 ont présenté des résultats positifs, sans que cela signifie nécessairement un cancer. Pour le cancer du sein, 1.960 palpations ont été effectuées et 418 invitations à la mammographie ont été remises. La tranche d’âge la plus représentée reste celle des 25-40 ans.

Même privé de son camion, le centre multiplie ses actions sur le terrain.

« On a davantage de difficultés à toucher les femmes de plus de 50 ans, alors que les risques augmentent avec l’âge », révèle Claire Bertin, coordinatrice médicale du CRCDC. Elle souligne l’importance de poursuivre les actions de sensibilisation tout au long de l’année, en lien avec les professionnels de santé et les partenaires locaux.

Pour 2026, la structure prévoit de renforcer son réseau avec les partenaires et professionnels de santé, développer un réseau de bénévoles, améliorer la qualité des dépistages, notamment pour le cancer du col de l’utérus et le cancer du sein et espère également mettre en place le dépistage du cancer colorectal sur l’île.

Shanyce MATHIAS ALI.

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