Ce jeudi, les sénateurs se prononcent sur une proposition de loi polémique qui prévoit de lever l’interdiction d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins. Adoptée en décembre 2017, la loi Hulot avait pourtant mis un terme à toute recherche sur le sol français et fixé la fin de leur exploitation à l’horizon 2040.
À l’origine du texte, un groupe de sénateurs qui estime que la Guyane, Mayotte et plus largement les Outre-mer seraient pénalisés par les choix écologiques de la France, alors même que leur potentiel pétrolier reste encore inconnu. Déjà validée en commission le 21 janvier dernier, le projet de loi sera examiné à l’initiative du groupe parlementaire Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI) dont fait partie le sénateur Thani Mohamed Soilihi.
Peu de gains pour les habitants

Co-secrétaire du collectif Alerte Océan Indien, René Siegfried explique que l’argument central de son opposition repose sur l’inutilité même du projet. « Il y a suffisamment de réserves de gaz, donc il n’y a vraiment pas besoin de nouvelles exploitations ». Il alerte surtout sur les conséquences directes pour les populations voisines, en particulier Mayotte. L’extraction et la liquéfaction du gaz entraîneraient l’émission d’importantes quantités de gaz à effet de serre, une quantité de CO2 supérieure à celle de l’Union Européenne, d’après des recherches de scientifiques américains qu’il a consultées. Ces émissions contribueraient ensuite au réchauffement de l’océan.
Sur le plan économique, René Siegfried reconnaît que certaines opportunités pour les habitants pourraient exister, notamment en matière de main-d’œuvre technique, mais il minimise fortement ces bénéfices. « Les effets climatiques sur les conditions de vie à Mayotte seraient tels que les bénéfices économiques seraient des miettes par rapport à l’ampleur des dégâts ». Selon lui, les profits iraient avant tout aux actionnaires de grandes compagnies pétrolières comme TotalEnergies, tandis que les populations locales subiraient surtout les impacts négatifs.
Vies et climat menacés

« Plus la surface de l’océan est chaude, plus l’intensité des cyclones est élevée », explique-t-il. Une hausse de la température marine entraînerait donc des tempêtes plus violentes, des dégâts intensifiés, ainsi qu’un risque direct pour les Mahorais et les populations des alentours. « Les cyclones font des morts, on l’a vu avec Chido », rappelle-t-il, évoquant une situation qui pourrait s’aggraver si ce projet voyait le jour à proximité de l’île.
Ces conséquences dépasseraient largement la question environnementale, en effet, cela causerait des crises de canicules plus longues mais aussi une sécheresse accrue. Des phénomènes qui auraient des répercussions sur la santé des habitants. Un enjeu sur lequel insiste particulièrement le co-secrétaire du collectif, ancien professionnel de santé, en soulignant que la dégradation de l’environnement aggrave directement les problèmes de santé.
Face à ce constat, René Siegfried appelle à une mobilisation citoyenne, il estime que la population n’est pas toujours pleinement consciente de ce qui se joue et l’invite à se tourner directement vers ses représentants. « Il faut que la population intervienne auprès des élus pour leur dire que cette proposition de loi est une erreur, qu’elle est nuisible pour le futur et pour nos enfants », affirme-t-il.
Celle-ci, passe également par des actions concrètes, une pétition contre le projet gazier de TotalEnergies dans le canal du Mozambique a notamment déjà été lancée par Alerte Océan Indien. Si le groupe pétrolier avait initialement annoncé renoncer au programme, il a récemment évoqué une relance, le collectif prévoit donc de reprendre la pétition, notamment via la plateforme Green Voice.
Mobilisation à Mayotte et en Guyane

Cette opposition est également portée par les associations environnementales locales. Dans un communiqué, Mayotte Nature Environnement (MNE) alerte sur les conséquences qu’aurait une remise en cause de la loi Hulot dans les Outre-mer. L’association évoque un « retour en arrière dramatique » pour la Guyane, Mayotte et d’autres îles françaises. Selon MNE, de tels projets feraient peser un risque majeur sur l’environnement marin et le littoral, avec des impacts directs sur les écosystèmes, la santé et le cadre de vie des populations locales, mais aussi sur le climat mondial.
Face à cette perspective, Mayotte Nature Environnement et Guyane Nature Environnement appellent à une action collective. Les deux associations ont aussi lancé une pétition destinée à être remise à la ministre des Outre-mer, au Premier ministre ainsi qu’aux sénateurs, juste avant le vote au Sénat.
Pour rappel, en juillet 2025, la plus haute juridiction de l’ONU a estimé que les États qui violent leurs obligations climatiques commettent un acte illicite et peuvent être contraints à des réparations. Une décision susceptible d’exposer la France à des poursuites si elle soutenait de nouveaux projets fossiles.
Shanyce MATHIAS ALI.



