Hydrocarbures offshore : un retour en arrière lourd de conséquences pour les territoires ultramarins selon MNE

Le 29 janvier prochain, le Sénat examinera une proposition de loi visant à abroger la loi dite « Hulot » dans les territoires ultramarins. Adoptée en 2017, cette loi interdit l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures sur le territoire français.

Mayotte Nature Environnement (MNE) souhaite engager une réflexion sur la mise en place d’une campagne de plaidoyer. L’objectif est d’informer et de porter un débat éclairé sur les choix énergétiques et leurs conséquences à long terme pour les territoires ultramarins. Pour l’association environnementale, l’enjeu dépasse largement la seule question énergétique. Il concerne le modèle de développement que la France choisit pour ses Outre-mer, la préservation de ses espaces maritimes et la cohérence de ses engagements en matière de lutte contre le changement climatique. Cela soulève de profondes interrogations quant aux orientations stratégiques de la France en matière de transition écologique, de protection des océans et de justice territoriale.

Une proposition de loi aux motivations multiples

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Le Canal du Mozambique disposerait de 6 à 12 milliards de barils de pétrole, et + de 5000 milliards de mètres cubes de gaz (CESM).

Le texte s’appuie notamment sur l’existence de potentiels gisements pétroliers offshore au large de la Guyane, ainsi que de gisements gaziers dans les zones économiques exclusives (ZEE) de Mayotte et des Îles Éparses. La France dispose à elle seule près 50 % de la surface maritime du canal du Mozambique via ses ZEE, tandis que pour le pétrole, des gisements sont déjà exploités de manière intensive dans les pays voisins de la Guyane (Guyana, Suriname, Brésil). Une tentative d’exploration avait pourtant été menée en Guyane par Total Énergies en 2012 (avant l’adoption de la loi Hulot), et avait été abandonnée en raison d’une forte opposition citoyenne et d’une rentabilité jugée insuffisante.

La proposition de loi est soutenue par le Gouvernement, mais aussi par plusieurs élus ultramarins, qui mettent en avant des promesses de développement économique et de retombées territoriales. Ces perspectives restent toutefois entourées de nombreuses incertitudes : exploitation majoritairement privée, souvent par des groupements étrangers, faible employabilité de la main-d’œuvre locale, déficit d’infrastructures adaptées, et risque de spécialisation économique dans des filières non renouvelables, vouées à disparaître.

Par ailleurs, le texte prévoit que les niveaux de production soient fixés par arrêté en fonction de la consommation nationale. Un mécanisme qui pourrait, en pratique, créer un effet d’aubaine pour les industries les plus consommatrices : un hydrocarbure produit localement, moins coûteux que celui importé, pourrait encourager une hausse de la consommation, entraînant mécaniquement une augmentation des autorisations d’exploitation.

Des impacts environnementaux majeurs et durables

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L’installation des infrastructures entraîne une dégradation durable des fonds marins. Des habitats essentiels comme les récifs coraliens, les herbiers ou les zones vaseuses sont anéantis.

L’exploitation d’hydrocarbures offshore est associée à des impacts environnementaux profonds, souvent irréversibles. Dès la phase de recherche, l’installation des infrastructures entraîne une dégradation durable des fonds marins. Le sol de l’océan est creusé, tassé, parfois détruit sur de larges surfaces. Des habitats essentiels comme les récifs coraliens, les herbiers ou les zones vaseuses sont anéantis, affectant l’ensemble des espèces qui y vivent et provoquant des déséquilibres écologiques en cascade.

Les bruits intenses générés par les forages et les explorations perturbent également les espèces marines. Poissons, tortues, dauphins ou baleines voient leurs repères bouleversés : ils se déplacent moins, se nourrissent moins bien, se reproduisent moins.

L’exploitation pétrolière entraîne aussi le rejet de substances polluantes dans l’eau. Même en petite quantité, ces polluants ne disparaissent pas. Ils s’accumulent progressivement dans le milieu marin, passent des micro-organismes aux poissons, puis aux plus gros animaux. À la fin de cette chaîne, ce sont les êtres humains qui consomment ces poissons et absorbent ces polluants, parfois sur le long terme, avec des effets encore mal connus sur la santé.

Les risques d’accidents majeurs, tels que les marées noires, sont renforcés.

À ces impacts chroniques s’ajoutent des risques d’accidents majeurs, tels que les marées noires. Dans des zones exposées à une forte sismicité ou à des aléas climatiques intenses comme les cyclones, ce qui est le cas à Mayotte, ces risques sont renforcés. De tels événements auraient des conséquences dévastatrices sur des milieux déjà fragiles (lagon, mangroves, littoraux) avec des effets à long terme sur la biodiversité, les activités économiques et la santé humaine.

« Une marée noire signifie qu’une grande quantité de pétrole se déverse accidentellement dans l’océan. Le pétrole forme alors une nappe toxique à la surface de l’eau, qui peut atteindre les côtes et s’infiltrer dans les plages, les mangroves et les lagons. Ces milieux, essentiels à la vie marine et à la protection des littoraux, sont particulièrement difficiles à nettoyer et peuvent rester contaminés pendant des décennies », explique Fabrice Nicol, président de Mayotte Nature Environnement

Pour rappel, en 1978, le naufrage du pétrolier Amoco Cadiz a notamment provoqué la plus grande marée noire jamais connue en France, polluant durablement les côtes bretonnes et affectant profondément les écosystèmes ainsi que les activités locales. En 2010, l’explosion de la plateforme offshore Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique a entraîné la plus grande marée noire de l’histoire, avec des millions de barils de pétrole déversés en mer et des conséquences environnementales, économiques et sanitaires encore visibles aujourd’hui.

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L’exploitation de nouveaux gisements d’hydrocarbures constitue une source supplémentaire d’émissions de gaz à effet de serre, contribuant directement au changement climatique et à ses impacts comme l’intensification des cyclones.

L’exploitation de nouveaux gisements d’hydrocarbures constitue par ailleurs une source supplémentaire d’émissions de gaz à effet de serre, contribuant directement au changement climatique et à ses impacts : blanchissement corallien, intensification des cyclones, sécheresses accrues… Autant de facteurs qui augmentent également les risques industriels. Un cercle vicieux dont les territoires ultramarins seraient en première ligne.

Des conflits d’usages et un cadre de vie menacé

L’exploitation offshore implique également des conflits d’usages majeurs sur les espaces maritimes : zones interdites à la navigation, appauvrissement des ressources en poissons, dégradation du potentiel écotouristique et affaiblissement des services rendus par les écosystèmes, notamment la protection des côtes face aux risques naturels (cyclones, tsunamis). À Mayotte, c’est l’équilibre même du plus grand lagon fermé du monde qui serait fragilisé, avec des répercussions directes sur le cadre de vie des habitants.

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