Alors que le recensement de la population de Mayotte devait s’achever le 10 janvier 2026, les maires de l’île tirent la sonnette d’alarme. Dans un courrier transmis au préfet de Mayotte, François Xavier Bieuville, ils réclament un prolongement de deux semaines de l’exercice. Entre absences en raison des vacances scolaires, refus des habitants de se faire recenser et quartiers difficiles d’accès, la mission semble aussi périlleuse qu’un numéro d’équilibriste sur un volcan.
Un recensement à contre-courant
Selon le courrier, la tâche des agents recenseurs est loin d’être simple. Les maires notent que la vacance des logements constitue un obstacle majeur. « De nombreux propriétaires sont partis en vacances hors de l’île », estiment-ils. À cela s’ajoutent des habitants récalcitrants, certains prétextant des frustrations passées : « De nombreuses personnes refusent de se faire recenser prétextant que personne n’est venue les aider pendant le cyclone et que les élus n’ont distribué les aides Chido qu’aux étrangers », peut-on lire dans le courrier.
Même auprès des fonctionnaires affectés temporairement sur l’île, la participation n’est pas garantie : « Les fonctionnaires affectés à Mayotte, essentiellement métropolitains, estiment qu’ils n’ont pas d’intérêt à se faire recenser car étant juste de passage pour quelques années seulement sur le territoire et refusent même l’accès de leurs logements aux agents recenseurs », soutiennent les maires. Le résultat : le recensement est partiellement fantôme, là où l’exhaustivité est pourtant essentielle pour le financement des activités des communes et des services publics.
Quand la sécurité se mêle à la bureaucratie
Les maires soulignent également des situations plus inquiétantes. Dans certains bidonvilles, les agents seraient directement menacés : « Les étrangers vivant dans les bidonvilles menacent carrément les agents recenseurs avec des machettes ». Un obstacle de plus pour une opération administrative censée rester neutre et sécurisée.
Face à ces difficultés, la solution proposée par les maires est claire : prolonger le recensement de deux semaines « afin de permettre, tout au moins, aux personnes parties en vacances de pouvoir se faire recenser et pour trouver les voies et moyens adaptés pour pallier aux autres aspects évoqués ». Une demande transmise au préfet et en copie aux ministres de l’Intérieur et des Outre-mer, aux parlementaires, et au président du Département-Région de Mayotte.
Le préfet de Mayotte devra arbitrer entre le respect du calendrier et l’exigence d’un recensement fiable. Derrière la demande de prolongation, se joue moins une question de délais qu’un enjeu de crédibilité statistique, aux conséquences durables sur les dotations, les politiques publiques et la reconnaissance institutionnelle du territoire. À Mayotte, l’incapacité à recenser l’ensemble de la population ne relèverait ainsi pas d’un simple dysfonctionnement administratif, mais traduirait les difficultés persistantes de l’État français, depuis plusieurs décennies, à faire société dans ce 101ème département.
Mathilde Hangard


