Torture et barbarie à Chiconi, de 30 mois avec sursis à 30 ans de réclusion pour les neuf prévenus

Après une semaine de procès, la cour d’assises de Mayotte a condamné les neuf prévenus de l’affaire de Chiconi à des peines allant de 30 mois avec sursis à 30 ans de réclusion pour des actes d’une violence extrême.

À 1 h 50 du matin, au terme d’une ultime journée d’audience largement consacrée aux plaidoiries de la défense, vendredi 28 novembre, les jurés de la cour d’assises ont rendu leur verdict dans l’affaire des « barbares » de Chiconi.

Une nuit d’horreur à Chiconi

Ces neuf individus — dont un mineur — tous sans casier judiciaire au moment des faits et pour la plupart pères de famille, âgés de 17 à 41 ans, auraient, dans la nuit du 1ᵉʳ octobre 2022, entre minuit et une heure du matin, intercepté deux jeunes qu’ils soupçonnaient d’avoir volé une moto. Ils les auraient ensuite torturés avant de les tuer en les brûlant, en utilisant un brasier que les victimes auraient elles-mêmes été contraintes de préparer.

Depuis l’ouverture du procès, le vendredi 21 novembre, l’enjeu pour les jurés était de déterminer qui a fait quoi et quel est le degré d’implication de chacun dans ces crimes, avant de déterminer leurs profils psychologiques.

En amont des plaidoiries, l’avocate générale a présenté vendredi matin ses réquisitions : un réquisitoire implacable et sévère demandant des sanctions exemplaires. Les peines allant de dix ans de prison pour l’accusé mineur au moment des faits, à vingt-huit ans pour deux autres, trente ans pour deux des prévenus, et jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité pour les quatre derniers.

Un contexte de « guerre civile » atténuant ?

Dans sa plaidoirie, l’avocat de Bush, âgé de 30 ans au moment des faits et passible de la réclusion criminelle à perpétuité, a mis en avant plusieurs circonstances atténuantes. Il a notamment évoqué le contexte de « guerre civile » qui régnait alors à Mayotte et souligné l’absence de preuves permettant de déterminer précisément le rôle de chacun des accusés. Il a également dénoncé le manque d’intervention des forces de police et de gendarmerie, pourtant informées des événements.

Une ligne de défense qui a sans doute pesé au moment du délibéré, puisque les neuf prévenus ont finalement été condamnés à des peines moins lourdes que celles requises par l’avocate générale.

Le nommé Bush, personnalité dominante du groupe et considéré comme le meneur, a été condamné à trente ans de réclusion criminelle, tout comme le prévenu Jack 6. Deux autres accusés, Gray et Ansaf, ont écopé de vingt-cinq ans de réclusion. Les prévenus Taygo, Hokli et Babala ont chacun été condamnés à vingt ans, tandis que Basta a reçu une peine de quinze ans. Toutes ces condamnations sont assorties d’une période de sûreté correspondant à la moitié de la peine prononcée.

Le seul mineur au moment des faits a, quant à lui, été condamné à trente mois de réclusion criminelle avec sursis, peine qui s’ajoute à la détention déjà effectuée — soit cinq ans au total — ce qui lui permet de rester libre.

Le verdict a été accueilli avec tristesse par le public venu de Chiconi, mais dans le calme.

L’audience civile visant à déterminer le montant des dédommagements a été renvoyée au jeudi 12 février à 8 h 30, à la demande des avocats de la partie civile.

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