Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a frappé de plein fouet l’archipel de Mayotte, ravageant une part importante de ses infrastructures, y compris les logements et les services publics essentiels. Dans cette situation de crise, la Caisse des Dépôts, par l’intermédiaire de sa direction la Banque des Territoires, a réagi rapidement, tout en poursuivant une stratégie de développement à long terme. Déjà impliquée sur le territoire depuis la départementalisation de Mayotte, l’institution s’efforce d’allier gestion de l’urgence et vision d’avenir pour le territoire.
« Notre mission ne se limite pas à une réponse ponctuelle à la catastrophe. Nous avons une vision claire du futur de Mayotte et entendons être un acteur majeur dans la reconstruction, tout en préparant les projets structurants nécessaires à son développement durable« , explique Nicolas Blanc, directeur régional La Réunion-océan Indien de la Banque des Territoires. Pour lui, la reconstruction doit s’inscrire dans une logique globale de développement durable, entre réponse immédiate et anticipation des enjeux à long terme.
Une enveloppe de 600 millions d’euros pour rebâtir Mayotte

Dans le cadre du plan de reconstruction post-cyclonique, le Gouvernement a alloué une enveloppe exceptionnelle de 600 millions d’euros. Ce financement, largement confié à la Banque des Territoires, s’inscrit dans le cadre du plan « Mayotte debout« , annoncé par le Premier ministre, François Bayrou, le 30 décembre 2024. Cet investissement, garanti par l’État, vise à restaurer les infrastructures essentielles de l’île, notamment dans les secteurs de l’aménagement, de l’eau, de l’électricité et du logement. Les prêts accordés, émanant du Fonds d’épargne et bonifiés, seront remboursés sur 25 ans avec un différé total de cinq ans, permettant ainsi de répondre aux besoins immédiats sans alourdir les finances locales à court terme. Ce plan de reconstruction s’inscrit également dans le dispositif « Cat Nat », destiné à indemniser les victimes de cette catastrophe naturelle d’une ampleur inédite.
Cependant, comme le souligne le directeur régional, le rôle de la Caisse des dépôts « ne se résume pas » à une simple distribution de fonds. « Nous accompagnons des projets concrêts pour que les infrastructures reconstruites ne soient pas seulement réparées, mais renforcées, dans une logique de résilience face aux futurs aléas climatiques » précise-t-il. Avant même le passage du cyclone, la Caisse des Dépôts avait déjà engagé plusieurs projets d’envergure, représentant près de 100 millions d’euros de financement en 2024. Parmi les interventions les plus marquantes, on peut citer un soutien de 35 millions d’euros pour l’Établissement Public Foncier de Mayotte (EPFAM), 30 millions d’euros pour la filiale immobilière d’Action Logement à Mayotte, AL’MA, et 10 millions d’euros de prêts accordés à la Communauté d’Agglomération Dembéni-Mamoudzou (CADEMA) pour le projet « Caribus ». « Nous avons un portefeuille de prêts qui s’étend sur une dizaine de communes à Mayotte, des plus petites aux plus grandes. Cette dynamique d’accompagnement du territoire se poursuit après le cyclone« , explique Philippe Grid-Ledonné, directeur de Mission Mayotte. L’accompagnement des petites communes fait partie intégrante de la stratégie de développement équilibré et inclusif portée par la Caisse des Dépôts.
450 millions d’euros de besoins déjà identifiés

À ce jour, l’institution financière a d’ores et déjà identifié des besoins de financement à hauteur de 450 millions d’euros pour la reconstruction du territoire. Les prêts accordés s’élèvent actuellement à 300 millions d’euros, dont une part importante, de 180 millions d’euros, est allouée à la Société Immobilière de Mayotte (SIM). « Les prêts en capital sont de l’ordre de trois millions d’euros, et quatre millions d’euros sont consacrés à des études. Le prêt et l’investissement constituent nos principaux leviers d’intervention« , soulignent les acteurs.
Suite au passage du cyclone, la Caisse des Dépôts a renforcé son engagement en accélérant ses efforts. « Ce n’est pas le moment de ralentir, c’est le moment d’intensifier nos actions« , insiste le directeur régional. Bien que les besoins aient été identifiés, les experts insistent sur la nécessité de procéder à une analyse approfondie du projet et de la soutenabilité financière des communes avant l’octroi des prêts. Pour eux, les priorités de financement pour la reconstruction du territoire sont : la remise en état du réseau électrique de l’île après le cyclone, un chantier où Electricité de Mayotte (EDM) joue un rôle clé, la nécessité de répondre aux besoins de logements, notamment à travers la Société Immobilière de Mayotte (SIM) et sa filiale AL’MA, et l’urgence de reconstruire les établissements scolaires de l’île.
Une vision globale : de la reconstruction à la souveraineté

Ainsi, l’action de la Caisse des Dépôts ne se contente pas de répondre à la catastrophe post-Chido. Elle s’inscrit dans une démarche de transformation durable de l’archipel, visant à renforcer l’autonomie, la résilience et la prospérité de l’île. Le directeur de Mission Mayotte, rappelle que « la reconstruction ne doit pas se limiter à un retour à la situation antérieure, mais doit constituer une véritable transformation« . Cette ambition se reflète dans plusieurs projets à long terme, notamment en matière d’énergie renouvelable et de souveraineté économique. « Mayotte dispose d’un potentiel important pour la production d’énergie renouvelable« , souligne Nicolas Blanc. Depuis 2018, la Caisse des Dépôts soutient des initiatives visant à réduire la dépendance de l’île aux énergies et aux produits importés, en soutenant notamment des structures agro-industrielles comme Ekwali, pour réduire la dépendance aux importations. Mais aussi en développant des projets autour de la protection des données. L’un des plus récents projets phares en date reste la création du ITH Data Center de Mayotte, un centre de données sécurisé répondant aux normes européennes. « Le premier client ? Le Centre Hospitalier de Mayotte« , précise Philippe Grid-Ledonné, soulignant l’importance cruciale de cet outil pour la sécurité des données médicales et pour garantir une autonomie numérique à l’île, à une époque d’interconnexion mondiale croissante. Parallèlement, la Caisse ambitionne d’accompagner des structures pour la mise en place de solutions innovantes autour de la gestion des déchets, en conciliant durabilité écologique et création d’emplois locaux.
Ce modèle se veut une réponse globale aux défis du territoire, visant à en faire un territoire résilient, solidaire et autonome, où chaque projet contribuera à renforcer les bases du développement durable pour les générations futures. Nicolas Blanc conclut : « Nous avons les moyens d’agir à long terme, avec des projets qui transformeront durablement la vie de la population. Mayotte est un territoire prometteur pour l’avenir. Nous y sommes profondément attachés. Nous investissons toutes nos ressources, nos compétences et notre énergie pour qu’il se relève plus fort, plus indépendant, et plus résilient que jamais.«
Mathilde Hangard