Le plan de bataille du maire de Mamoudzou pour la rentrée scolaire

Accueillir les enfants coûte que coûte, et même s’il faut momentanément passer par la triple rotation et les « écoles de campagne », c’est l’objectif du volontaire Ambdilwahedou Soumaïla. Décoiffés par un double cyclone, mobilisés comme centres d’hébergement d’urgence et parfois pillés, les établissements scolaires ont beaucoup donné.

Plus d’une semaine avant la rentrée scolaire, le maire de Mamoudzou fait un état des lieux des forces en puissance. Un véritable plan de bataille a été mis sur pied ce samedi matin avec le recteur Jacques Mikulovic, qui tient compte des évènements successifs de ces derniers jours : la dégradation de plusieurs groupes scolaires par le cyclone Chido, qui avait nécessité la mise à disposition de 22 écoles comme Centres d’hébergement d’urgence, puis leur nettoyage, rebelote pour Dikeledi, avec 15 écoles à briquer après que les derniers hébergés soient partis.

Tout d’abord, après le cyclone dévastateur Chido, cette rentrée va être l’occasion de « jauger », explique le maire. On ne connaitra certainement jamais le bilan humain de la catastrophe, sur un territoire où un quart de la population est en situation irrégulière sur la moitié d’étrangers, « ils ne peuvent donc produire de pièce d’identité d’un défunt pour enregistrer le décès et ne le signale donc pas », rapporte un des participants à la visite. Et difficile de savoir combien de familles sont restées à Mayotte, et même si les enseignants du premier degré sont majoritairement présents, combien d’enfants vont-ils retrouver en face ? « Nous n’avons aucune visibilité », indique Ambdilwahedou Soumaïla.

Au cours des visites des écoles comme celle de Mchindra Saïd Mchindra à Kawéni ce samedi, le maire constate que 13 écoles sont debout sur les 38 de la commune, avec un objectif : accueillir même en mode dégradé les 18.000 élèves du Grand Mamoudzou. Or, certains villages ont été dévastés, « sur Vahibé, aucune école ne peut accueillir les 1.400 élèves qui y sont habituellement scolarisés. » Il a donc suggéré au rectorat l’idée qu’il avait émise en regardant s’installer l’hôpital de campagne à Cavani, « pourquoi ne pas mettre en place des ‘écoles de campagne’ ?! ». Comme pour les soins, l’enseignement va s’abriter sous des tentes provisoires en attendant que les écoles soient réparées.

Une triple rotation au bénéfice des enfants

Les livres sont prêts… pas encore toutes les salles

Avec un plan stratégique, explique son directeur des rénovations et des constructions des écoles Faysoil Halidi : « Grâce aux 2.300 m2 de bâche reçus sur les 4.000 m2 demandés à la préfecture, nous avons pu recouvrir 7 écoles, classées en ‘orange’ pour lesquelles nous lançons les consultations de travaux. Elles vont pouvoir ouvrir dans quelques semaines, ce qui va nous permettre de passer de 13 à 25 écoles ouvertes, avec 47% des effectifs accueillis. Les autres écoles seront terminées pour mi-avril, avec des travaux jusqu’à présent réalisés par la Sécurité civile qui nous a bien aidés car les entreprises de BTP n’étaient pas opérationnelles. Il y a eu une coordination efficace entre les services de l’Etat et notre collectivité. »

Dans un premier temps, l’accueil des 18.000 élèves se fera donc grâce aux « écoles de campagne » et à la mise en place d’un système de « triple rotation », explique le cadre : « Une salle d’école sera mise à disposition de trois divisions », c’est-à-dire de trois classes. Et ceci dans un but, explique le maire : « L’équilibre social des enfants. C’est important qu’ils retrouvent leurs camarades et leurs professeurs et qu’ils puissent parler de ce qu’ils ont vécu. C’est pour cela que nous mobilisons tous les services de la Ville en se basant sur la date fixée par le rectorat, le 27 janvier, qui nous transmettra la partie pédagogique, et peu importe les critiques extérieures. » Comme à l’époque de la crise sanitaire, il y a les frileux à l’idée d’une rentrée en mode très dégradé, et pourtant, cela avait été mené avec succès à l’époque, « si on attend le retour à la normale, on reportera la rentrée dans 3 ou 4 ans, et les enfants attendront à la maison pendant ce temps ?! », s’insurge Ambdilwahedou Soumaïla. Qui explique avoir travaillé avec la Caisse des écoles et la DRAJES.

Il va même plus loin, « nous avons un Schéma directeur des écoles sur 10 ans, on va sans doute profiter de l’occasion pour l’accélérer », c’est-à-dire amplifier le parc scolaire.

Boosté par des architectes bénévoles

Le cyclone est venu perturber une année scolaire en cours

Un discours qu’il tient en connaissance de cause car sur le terrain, rien n’est simple à l’école Mchindra Saïd Mchindra, qui bien que préservée, est privée çà et là d’un faux plafond, alors qu’à la T17 Abderemane, un pan de toit a sauté. « Nous allons condamner le dernier étage pour l’instant », précise le technicien.

Après le 2ème cyclone, un nouveau nettoyage industriel des locaux est nécessaire, mais pour le reste, là encore, le maire s’adapte : « Nous avons réorganisé les services avec des agents pour le nettoyage de la cour et des abords, avec l’appui des associations de quartier. Tout doit être prêt lundi 27 janvier ».

Pour cela, il faut aussi sécuriser les abords des établissements, « le rectorat a lancé une commande de 750 mètres linéaires de barrière », et les équipers d’inspecteurs, « nous avons eu la validation de la Commission de sécurité », précise l’élu.

D’autres corps de métier ont participé à remettre debout une partie du parc scolaire, nous explique Faysoil Halidi : « Une trentaine d’architectes mahorais, tous bénévoles, ont travaillé sur les établissements, ce qui a permis d’avoir un diagnostic rapide et d’impulser la dynamique qui va permettre d’évoluer de ‘orange’ à ‘vert’, avant de retrouver mi-avril l’ensemble des groupes scolaires. »

Pour financer ces travaux, la Ville a déposé une demande de subventions de 7 millions d’euros sur la plateforme simplifiée introduite par le plan « Mayotte debout », « nous attendons un retour que nous espérons rapide », nous expliquent-ils.

Ce lundi, c’est jour de rentrée administrative pour les enseignants de l’île, premier et second degrés, dans un contexte hors norme.

Anne Perzo-Lafond

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