28.8 C
Mamoudzou
lundi 27 janvier 2025

Le « pass Sport » encore sous-utilisé à Mayotte

Les capacités sportives de nos jeunes sont sous-exploitées, le budget du ministère de la Santé pour les inciter à pratiquer, aussi. Pour y remédier, DRAJES et CROS misent tout sur la communication.

Pour la quatrième année consécutive, le pass Sport revient pour aider les jeunes de 6 à 30 ans à exercer une activité sportive dans un club, une association sportive ou une salle de sport. Depuis le 1er juin, les bénéficiaires du dispositif peuvent utiliser leur pass pour bénéficier de 50 euros d’économie sur leur inscription à une large offre d’activités sportives.

Mis en place depuis 2021 par le ministère des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, ce dispositif d’aide financière a déjà permis à 3,7 millions de jeunes de 6 à 30 ans, notamment boursiers ou en situation de handicap, de pratiquer une activité sportive en France.

Et cette année spéciale de JO en France est l’occasion de booster le dispositif comme l’a rappelé la ministre des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques, Amélie Oudéa-Castéra, qui annonce une nouvelle formule, avec  la création d’un nouveau site internet (pass.sports.gouv.fr) et la mise en place d’un QR code dédié : « Le gouvernement se donne l’objectif ambitieux d’atteindre 2 millions de bénéficiaires du pass Sport d’ici la fin de l’année afin de permettre à un plus grand nombre de jeunes d’accéder à leur droit en matière de sport et de bâtir une nation sportive ».

A Mayotte où la, moitié de la population est mineure et une grande partie en mal d’activité, cette aide est la bienvenue, surtout que beaucoup de jeunes possèdent des qualités athlétiques. Le dispositif est bien en place ici, c’était le CROS (Comité régional Olympique et Sportif) qui le gérait, recentralisé à Paris depuis. Pour son président Madi Vita, la marge est encore importante pour tout consommer : « Les parents ne comprennent pas toujours l’utilité de cette aide car beaucoup de licences sont dispensées gratuitement ici à Mayotte. Ils ne voient pas que cela peut aider le club, du coup, ils n’utilisent pas le pass Sport dont le budget n’est pas consommé intégralement ».

Le code, un sésame mal compris

Elodie Alves, Chargée de mission Sport à la DRAJES (Délégation Régionale académique à la jeunesse, à l’engagement et aux sports) Mayotte, nous décrypte le mécanisme : « Pour bénéficier du pass Sport de 50 euros, il faut que l’enfant bénéficie de l’allocation de Rentrée Scolaire, ou bien d’une aide en raison d’un handicap qu’il s’agisse d’un enfant ou d’un adulte, puisque la mesure est valable jusqu’à 30 ans, ou enfin, d’un étudiant boursier. » Via le fichier de la CAF (Caisse d’Allocation Familiale), les personnes qui remplissent ces conditions vont recevoir un mail du ministère des Sports, qui les informe de leur accès au pass Sport et leur transmet un code. « Ils doivent alors se rendre dans le club où ils veulent inscrire leur enfant et bénéficier ainsi d’une réduction de 50 euros sur la licence. Ensuite, le club se fait rembourser auprès du ministère. »

Une manière de soutenir les structures d’un côté, et d’offrir aux jeunes la possibilité de se développer à travers un sport. Là où c’est intéressant, c’est que dans le cas de Mayotte où le niveau de vie incite les clubs à délivrer des licences gratuites, personne n’y perd, « le club peut se faire rembourser 50 euros ». Une sorte d’encouragement à faire du social auprès de ces jeunes, tout en permettant aux clubs de se structurer, « le ministère encourage la pratique sportive ».

La difficulté, c’est de faire comprendre aux parents l’utilité d’arriver au club avec ce code, véritable sésame pour ce dernier afin de percevoir l’aide. Pour Madi Vita, cela relève même de l’incompréhension pour certains, « plusieurs d’entre eux pensaient qu’ils devaient payer 50 euros, donc ils se gardaient bien de venir avec le code ».

1.500 pass demandés sur un potentiel de 25.000

Un véritable défi de communication attend donc chaque année Elodie Alves : « On explique aux parents que cette aide aux clubs leur permet de s’équiper, et donc à leurs enfants de pratiquer dans de meilleures conditions. »

Petit à petit, l’information gagne à en croire les chiffres. Si l’année de lancement en 2021 enregistrait 316 bénéficiaires du pas Sport, en 2022, ce chiffre avait plus que doublé, 682, et l’année dernière, ils étaient 1.576, « sur plus de 25.000 bénéficiaires potentiels répondant aux critères sociaux imposés. » Il y a encore de la marge donc. Les clubs qui étaient 30 à en bénéficier au départ, étaient 94 en 2023, « sur plus de 300 structures éligibles. « Le budget alloué n’est pas encore dépensé entièrement ».

Comme en métropole, ce sont majoritairement les garçons qui en bénéficient, 58%, mais les 42% de filles sont à souligner pour être « le meilleur taux de féminisation au niveau national ».

Enfin, la moitié des utilisateurs du pass Sport sont âgés de 6 à 10 ans, ensuite viennent les 11-14 ans. Les jeunes sont donc bien majoritairement bénéficiaires dans cet accompagnement à leur pratique sportive.

La com’ a ses limites car il est compliqué de savoir pour la DRAJES qui est éligible, « la protection des données ne nous permet pas d’avoir accès aux fichiers de la CAF ». La représentante de la DRAJES nous explique agir auprès des clubs : « Nous leur faisons des démonstrations des manip à faire en ligne pour qu’ensuite, ils puissent aider les parents à récupérer leur code. Nous passons aussi dans tous les établissements scolaires pour toucher les enfants et les inciter à pratiquer du sport. »

Anne Perzo-Lafond

Partagez l'article:

Société

NEWSLETTER

Recevez gratuitement les articles

du Journal De Mayotte

Nous ne vous enverrons jamais de spam ni ne partagerons votre adresse électronique.
Consultez notre [link]politique de confidentialité[/link].

Les plus lus

Articles similaires
Similaire

Education : La rentrée repoussée au collège de Kwalé

Une semaine après l’arrivée de centaines d’exilés au collège de Kwalé à Tsoundzou 1, la situation n’a pas changé, résultat la rentrée n’a pas eu lieu et aucune date n'a pour le moment été définie.

Education : La CGT Educ’action Mayotte interpelle la ministre Elisabeth Borne

Alors que la rentrée scolaire vient enfin d’avoir lieu, en mode dégradé, pour la majorité des élèves mahorais, le syndicat CGT Educ’action Mayotte appelle à un mouvement de grève dénonçant notamment les conditions dans lesquelles se déroule cette rentrée. Son secrétaire général, Bruno Dezile, a adressé une lettre dans ce sens ce mardi à Elisabeth Borne.

Les prestations vieillesse revalorisées, mais sans rattrapage vers le niveau national

Encore un domaine où la convergence avec le reste de la nation se fait trop longtemps attendre. Les prestations vieillesse sont toujours très inférieures au droit commun comme le montre le dernier communiqué de la Caisse de sécurité sociale de Mayotte (CSSM).
WP Twitter Auto Publish Powered By : XYZScripts.com