Lors de l’audition de la directrice Afrique océan Indien, les questions du sénateur Saïd Omar Oili mettaient en évidence le manque de fermeté de la France face aux enjeux qui se jouent autour de Mayotte. On apprenait que l’action des garde-côtes comoriens aurait empêché 6.000 départs.

France-Comores : le langage diplomatique en décalage avec l’urgence de la réalité

Lors de l’audition de la directrice Afrique océan Indien, les questions du sénateur Saïd Omar Oili mettaient en évidence le manque de fermeté de la France face aux enjeux qui se jouent autour de Mayotte. On apprenait que l’action des garde-côtes comoriens aurait empêché 6.000 départs.

Le sénateur Saïd Omar Oili intervenait lors de l’audition d’Emmanuelle Blatmann, Directrice Afrique et océan Indien, à la Délégation Outre-mer du Sénat, pour questionner les résultats obtenus par le gouvernement sur la coopération des Comores en matière de lutte contre les flux migratoires en échange des 150 millions d’euros sur trois ans d’aide au développement. Un enjeu crucial, d’autant plus que l’Angleterre vient d’adopter une loi permettant d’expulser au Rwanda des migrants arrivés au Royaume-Uni illégalement : « Or, une partie de ces migrants, viennent tenter leur chance à Mayotte. Des kwassas arrivent tous les jours, et transitent par les Comores. La préfecture a dénombré 1.500 migrants, ils dorment dehors, dans la rue à Mamoudzou. On nous a promis un rideau de fer, pour l’instant, c’est un rideau de fumée ! », s’exclamait le sénateur mahorais.

Une intervention qu’il disait avoir préparé avec son collègue Thani Mohamed Soilihi, et qui était utilement relayée par Micheline Jacques, sénatrice LR de Saint-Barthélemy et présidente de la Délégation sénatoriale aux Outre-mer, qui s’adressait également à Emmanuelle Blatmann et énumérant les provocations émanant à la fois de la présidence des Comores mais aussi de la Russie  : « La Russie a indiqué être prête à aider les Comores à récupérer Mayotte, le président des Comores a félicité le président russe pour sa réélection. Et pour les Jeux des Iles de l’océan Indien qui seront organisés par les Comores, son président s’est félicité que les infrastructures seraient financées par la Russie. Tout en autorisant l’île comorienne de Mayotte à organiser un ou deux jeux chez elle. La France devrait être plus ferme sur cette question. »

Stéphane Séjourné au Rwanda

Saïd Omar Oili mettait en évidence les arrivées quotidiennes de kwassa et les 1.500 migrants dormant dans la rue à Cavani

Pas très à l’aise devant cette fronde orchestrée, Emmanuelle Blatmann tentait une réponse « en diplomate » en évoquant le rôle de la France, « accompagner les pays africains à relever leurs défis ». Rajoutant que la coopération est nécessaire, « si on l’arrêtait, ce serait contreproductif ».

On se demande comment cela pourrait être davantage contreproductif qu’actuellement avec une tentative de mainmise de la Russie, ou en tout cas de menace en direction de la France en dépit de l’aide au développement de notre pays. D’autre part, Saïd Omar Oili n’a jamais demandé que cesse la coopération régionale, il déplorait au contraire quelques minutes auparavant qu’elle soit insuffisante pour aider au développement des Comores et éviter les flux migratoires.

On a compris de l’intervention de la directrice Afrique que des moyens matériels sont alloués aux garde-côtes comoriens par la France pour arrêter les départs d’Anjouan, « ça a été évalué à 6.000 départs par an ». A confirmer donc, mais c’est un début. Emmanuelle Blatmann confiait également que beaucoup était attendu de la visite du ministre français des Affaires étrangères en Afrique, et notamment au Rwanda, « pour empêcher tout départ de nationalité tierce ou autre » de ce pays.

Elle confiait avoir échangé sur ces sujets « une heure et demi avec le préfet de Mayotte au téléphone ».

Quant à la menace que ferait peser la Russie, cela relèverait de la désinformation, « « au Quai d’Orsay, nous avons mis en place une cellule de lutte contre la désinformation et de riposte contre ces attaques ». Et concluait, « notre souveraineté sur nos territoires ultramarins sont une source de fierté ».

A.P-L.

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