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lundi 26 février 2024
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L’offre de soins promise par Elisabeth Borne et Aurélien Rousseau pour Mayotte 

C’est la première fois depuis huit ans, qu’un chef du gouvernement se rend à Mamoudzou. En visite à Mayotte pour 24h, vendredi 8 décembre, Elisabeth Borne, Première ministre, Aurélien Rousseau, Ministre de la Santé et de la Prévention, et Philippe Vigier, Ministre des Outre-Mer, ont vécu un véritable marathon. 

L’emploi du temps était extrêmement chargé. Les Ministres se sont déplacés dans plusieurs communes, permettant d’avoir un aperçu de nombreuses réalités du territoire mais aussi de ses potentiels. Leur séjour à Mayotte a été marqué par plusieurs visites symboliques, dont celle du Centre hospitalier de Mayotte, à Mamoudzou. 

Borne urgences CHM
De gauche à droite, Olivier Brahic, Alimata Gravaillac et Elisabeth Borne, aux côtés du directeur du CHM Jean-Matthieu Defour, dans les couloirs des urgences du CHM

A leur arrivée dans les services des urgences, de maternité, de pédiatrie et au laboratoire de l’hôpital,  le constat est alarmant : les effectifs sont en grande tension. « Nous ne pouvons compter que sur un seul médecin pour toutes les urgences adultes et enfants », déclare Alimata Gravaillac, médecin urgentiste au CHM. « Depuis 2008, 29 praticiens hospitaliers (PH) avaient rejoints notre établissement. Aujourd’hui, seuls 6 sont encore là », constate-t-elle. 

Les services des urgences, de maternité ou encore de pédiatrie auraient pu fermer. Mais ils tiennent grâce aux renforts déployés, venus d’autres d’établissements de santé de La Réunion ou de l’Hexagone, ou du Service de Santé des Armées (SSA). « 1000 renforts de professionnels de santé ont été déployés à Mayotte depuis le début de l’année 2023 », confirme l’urgentiste. 

Ce turn-over constant, nécessitant un temps considérable de formation des renforts par des professionnels de l’établissement en poste, saturés de travail, participe à « travailler en mode dégradé en permanence », pour reprendre les mots d’un soignant. 

Si de nombreuses régions de France souffrent d’un manque de professionnels de santé, la mauvaise presse du territoire de Mayotte rend d’autant plus difficile son attractivité. Au   CHM, 70 % des postes de praticiens hospitaliers ne sont pas pourvus. 

Pour première cause, l’insécurité 

Un cadre de bloc opératoire rapporte ce douloureux constat : « Les professionnels de santé, déjà présents sur le territoire ou de passage comme renforts, sont agressés, caillassés, sur le chemin de travail ou en rentrant chez eux. »

Face à ces violences « inacceptables », la Première ministre s’est engagée à « refaire des opérations coup de poing » pour « ramener la sécurité » à Mayotte. La cheffe du gouvernement confirme également le déploiement d’un futur 2ème plan « Shikandra » de lutte contre l’immigration illégale, avec davantage de moyens. Mais la question de la Première ministre aux professionnels de santé pour savoir si « durant l’opération Wuambushu les violences sur les professionnels de santé étaient moindres ? », reste sans réponse. Un cadre avouera finalement que cette opération a surtout conduit à des retards  considérables de prise en charge et à une mise en danger de nombreux patients qui n’osaient plus se rendre à Mamoudzou pour se faire soigner. 

Pour améliorer la prise en charge des patients et la qualité de travail des soignants, l’Etat s’est engagé à verser 242 millions d’euros pour la modernisation et l’extension du CHM. De nombreux services du CHM sont concernés par ces réaménagements, notamment les services des urgences, la maternité, la psychiatrie et la zone d’accueil et d’orientation des patients.

Ces investissements permettront également la création d’un deuxième hôpital à Combani, annoncé par Emmanuel Macron en 2019 et dont le terrain nécessitait d’être « sécurisé ». C’est chose en partie faite puisqu’une demande de déclaration d’utilité publique (DUP) vient d’être déposée. Les travaux ont pour projet de débuter au cours de l’année 2024, pour une durée de 5 ans.

2ème cause, le manque d’effectifs 

Mais l’agrandissement du centre hospitalier doit être proportionnel aux effectifs. « Il ne s’agit pas d’ouvrir des lits pour ouvrir des lits si les moyens humains ne bougent pas », martèle un soignant.

De nombreux professionnels de santé du CHM le répètent, renforcer significativement le nombre de lits ne règle pas la question des effectifs pour les gérer : « Actuellement certaines chambres accueillent déjà 3 patients à la fois, les locaux ne sont pas bien agencés, et surtout nous ne sommes pas assez nombreux pour faire face à tous ces patients à la fois ! », expliquent-ils. L’objectif de ces investissements consiste ainsi à briser le recours à une hospitalisation systématique faute de prise en charge suffisamment tôt, en s’appuyant sur le secteur extra-hospitalier permettant une prise en charge amont puis aval adéquate, pour redonner au CHM sa juste place. 

Pour accélérer le développement d’un maillage territorial de l’offre de soins hospitalière et libérale à Mayotte, la formation des professionnels de santé de territoire demeure prioritaire. A ce sujet, la Première ministre a annoncé la création d’un 2ème Institut de formation des soins infirmiers (IFSI) en 2024, porté par la Croix-Rouge, au sein duquel  une vingtaine de places sera ouverte, puis 60 places seront permises en 2025, ainsi que l’ouverture d’une école d’infirmiers de bloc opératoire (IBODE). 

Aurélien Rousseau urgences-bloc CHM
Aurélien Rousseau et Olivier Brahic, face à des soignants du CHM

Aurélien Rousseau a également insisté sur l’importance de la création d’un centre de téléconsultations, en lien avec les communes et de « bassins de santé axés sur la prévention, l’offre hospitalière et le secteur libéral» permettant de créer des filières « amont-aval » pour ne pas saturer le CHM en activités non urgentes. Comment se construiront ces bassins ? A quelle échéance ? Et qui les animera ? La viabilité de ce projet se verra à moyen terme.

Aurélien Rousseau, à la rencontre des sages-femmes du service de maternité du CHM

Aussi, si ces lieux de formation sont essentiels pour donner une perspective d’études et de vie aux jeunes mahorais, les maïeuticiens de Mayotte militent également pour la création d’une école de sages-femmes. Lorsque nous interrogeons des sages-femmes du service de maternité du CHM, si la plus ancienne est là depuis 2 ans, les autres viennent pour des renforts de quelques semaines seulement, et ne seront plus là d’ici quelques jours. En 2022, le centre hospitalier de Mayotte (CHM) avait enregistré 10.795 naissances dans ses services.

3ème enjeu, l’attractivité

Aurélien Rousseau pédiatrie CHM
Aurélien Rousseau et des soignants du service de pédiatrie du CHM

Le troisième enjeu, consiste notamment à accroître l’attractivité du système de soins et du territoire, pour fidéliser les professionnels de santé déjà en poste, et attirer des professionnels d’ailleurs. A ce sujet, Elisabeth Borne a annoncé une augmentation de la prime annuelle pour tous les professionnels du CHM. Actuellement, cette prime est de 1.200 euros brut par an. Dès janvier 2024, celle-ci sera portée à 1.800 euros. Pour les médecins, une hausse de 50 % de l’indemnité particulière d’exercice sera appliquée autant pour les médecins déjà en poste, que pour les nouveaux, représentant un gain de 22 000 euros par médecin*. Enfin, la durée d’exercice pour obtenir une bonification sera réduite permettant au bout de trois ans d’engagement, un an de bonification.

La prévention, un levier fondamental 

En fin de visite, le Ministre de la Santé et de la Prévention, Aurélien Rousseau, a assisté à une présentation des actions déployées pour la crise de l’eau par les services de l’Agence régionale de santé (ARS), notamment le service Santé-Environnement (SE), renforcé par des collègues du service de Lutte anti-vectorielle (LAV), le département de la sécurité et des urgences sanitaires (DESUS), et le service de la Prévention.

Aurélien Rousseau ARS Mayotte
Aurélien Rousseau et les services de l’ARS Mayotte mobilisés pour la crise de l’eau

Il convient de rappeler que la qualité de l’eau distribuée est avant tout de la responsabilité des communes, réunies au sein du Syndicat Mixte d’Eau et d’Assainissement de Mayotte (SMEAM). Il a délégué cette mission à la Société Mahoraise des Eaux (SMAE), qui assure des premiers contrôles sur la qualité de l’eau distribuée aux usagers permettant de détecter d’éventuels risques sanitaires. Les contrôles réalisés par l’ARS, qui concernent les ressources, les sorties des stations de traitement et le réseau de distribution jusqu’au robinet des consommateurs, interviennent en second plan.

Garantir la sécurité sanitaire des usagers de l’eau n’est pas une mince affaire, encore moins celle de permettre à la population d’avoir accès à l’eau, pour lequel l’impératif de « sécurité hydrique » relève des services de la Préfecture, bien que le non-accès à l’eau entraîne des conséquences sanitaires considérables à gérer en cascade. Durant cette crise, la Préfecture, l’ARS et de nombreuses associations, ont travaillé d’arrache-pied pour permettre à la population d’avoir accès à une eau potable, par des actions politiques, institutionnelles et juridiques complexes, en passant par des actions préventives sur le terrain, pour répondre aux besoins des plus vulnérables, laissés souvent pour compte, en plus d’innombrables autres problématiques, pas exclusivement sanitaires.

A l’énoncé des efforts engagés par seulement 4 préleveurs d’eau, soutenus par 8 agents de la lutte anti-vectorielle, pour renforcer le contrôle sanitaire de la qualité de l’eau distribuée, le Ministre de la Santé et de la Prévention n’a pu retenir quelques larmes : « A Mayotte, tout le monde parle de l’ARS. C’est poignant pour moi car je me remémore la très difficile crise Covid, comme celle que vous vivez ici avec la crise de l’eau, et les liens qui se nouent quand on invente des choses en quelques jours. Je suis très fier d’être le Ministre de ce réseau exceptionnel que sont les agences. »

En fin de visite, Aurélien Rousseau a pu également échanger avec les syndicats du centre hospitalier, affirmant que « le statut des cadres est un des grands chantiers de cette année 2024 (…) Les hôpitaux tiennent grâce aux cadres (…) Ce chantier a été laissé depuis longtemps de côté, je m’engage à le reprendre.» 

Mathilde Hangard

*Face à la colère du monde médical suscitée par cette annonce, nous devons préciser que le montant dépend de l’échelon du médecin, peu arrivent à cette somme, et que cette information nous a été livrée telle quelle par les conseillers de la Première ministre la veille de son arrivée

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