Comores : la presse en deuil après le décès de l’un de ses doyens serviteurs

Les journalistes, les médias et le pays sont en deuil après la mort à 67 ans de Ben Abdou Saïd Soilihi Abdou. L’enterrement a eu lieu mercredi 28 juin. Le doyen est décédé la veille à la suite d’un malaise peu après son admission à l’hôpital El-Maarouf à Moroni.

Les autorités comoriennes, le chef de l’État en tête, avaient exprimé leur douleur et présenté leurs condoléances à ses familles de Moroni. Azali Assoumani n’a pas pu retenir ses larmes. Le défunt journaliste était un ami personnel du président comorien. Le doyen a interviewé, à plusieurs reprises, presque tous les présidents des Comores et bénéficiait d’une aura particulière dans tous les milieux de la société comorienne.

Ben Abdou a été pendant 40 ans l’un des grands disques durs de la mémoire du pays. Avec son décès, c’est tout un pan de l’histoire de la presse comorienne qui disparaît. Un des pionniers de la Radio Comores trois ans après l’indépendance, il aura dédié toute sa vie à cette maison (sans jamais la quitter) de 1978 à 2020.

Journaliste, grand reporter, chef de département, Ben Abdou occupera dernièrement les fonctions de directeur opérationnel de la télévision nationale quelques années après son inauguration au milieu des années 2000.

Mais, en plus de ses relations personnelles avec le monde politique, socio-économique, sportif et culturel, il est réputé être l’un des grands pionniers et fidèles serviteurs de la presse comorienne. « C’est toute la presse nationale qui est en deuil mais aussi le pays tout entier », a souligné Foundi Mugalidi, peu après la prière funéraire à l’ancienne mosquée de vendredi de Moroni.

Lors des funérailles mercredi place Badjani au centre de Moroni

Le pays lui reconnaît comme faisant partie des grandes mémoires radiophoniques post-indépendance. « Il a beaucoup travaillé et s’est construit lui-même au début des années 1980. Je l’ai vu exceller dans les reportages et les magazines spéciaux consacrés aux visites des hautes personnalités étrangères aux Comores », a reconnu l’autre doyen, Ali Djae, qui a joué un rôle clé dans l’insertion professionnelle de Ben Abdou Saïd Soilihi à la toute première radio nationale dès 1979 après des mois de stage pratique. Il avait passé une bonne partie de sa jeunesse à Mayotte dans les années 1960 avant de rentrer à Moroni.

Grande voix de la Radio Comores, Ben Abdou Saïd Soilihi a inspiré des dizaines de journalistes comoriens qui écoutaient ses speech depuis leur enfance.

Les Comoriens gardent surtout la mémoire d’un homme posé, simple et serviable. « Il a laissé de grands souvenirs à la radio, on peut citer la matrice des journaux en langue nationale et la formation des jeunes qui perpétuent aujourd’hui sa mémoire », a souligné, de son côté, Papa Djambae, l’une des voix célèbres de la Radio nationale.

Maîtrisant parfaitement le Shikomori, le doyen avait développé une manière unique et originale de comorianiser de nombreux termes et expressions arabes, swahili, français et anglais pour assurer une restitution fidèle des évènements pour en garantir une compréhension nette chez les auditeurs. « Il était l’un des rares journalistes capables de parler notre langue sans jamais mélanger l’expression avec un vocabulaire étranger », a renchéri, Damed Kamardine, avocat et proche ami du doyen.

La jeune génération tout comme ses anciens camarades de la Radio Comores reconnaissent « un talent nourri au quotidien » pour donner à la langue comorienne toute sa richesse et sa splendeur à l’antenne. « Certains l’appellent le doyen. Mais nous, à Radio Comores, nous avons pris l’habitude de toujours l’appeler Foundi (le Maître) », a indiqué, pour sa part, le journaliste à la retraite Hassane Ahamada,. Les hommages se multiplient aux Comores et dans la communauté comorienne de France où Ben Abdou Saïd Soilihi inspirait le respect et l’admiration. L’ancien journaliste laisse derrière lui, deux enfants et un immense vide dans la presse comorienne.

A. S. Kemba, Moroni

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