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mercredi 21 février 2024
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Procès des assises : Les accusés retournent à Majicavo pour au moins deux décennies

Pour le dernier jour d’audience du procès des assises, le tribunal s’est attaché à étudier en détail la personnalité des deux accusés. Plusieurs témoignages de psychiatres ont eu lieu en visioconférences, ainsi que l’intervention à la barre d’une enquêtrice de personnalité.

Le soir des faits les accusés étaient semble-t-il alcoolisés et sous l’empire de stupéfiants. L’un d’eux le reconnait et l’autre n’a, selon ses déclarations, aucun souvenir.

Des enfances difficiles, baignées dans la pauvreté mais qui n’excusent en rien leur acte

L’enquête de personnalité et les conclusions psychiatriques et psychologiques des experts concernant le plus jeune des deux accusés révèlent que malgré une enfance précaire à Anjouan où il vivait avec ses parents et ses frères et sœurs dans une modeste case sans eau courante ni électricité, il a été choyé et a eu, en dépit d’une grande pauvreté, une enfance heureuse. Ses parents agriculteurs essayaient du mieux possible de subvenir aux besoins de leurs enfants. Il a été à l’école coranique et scolarisé jusqu’en CE2. Ne sachant ni lire ni écrire, il a fait des « petites bricoles » à droite à gauche durant sa jeunesse. Ce n’est qu’en 2018, à l’âge de 17 ans, qu’il arrive à Mayotte et s’installe dans le village de Tsoundzou 1. Pendant les deux premiers mois suivant son arrivée il a été SDF (sans domicile fixe) et a été obligé de faire la manche et de dormir dehors, souvent à même le sol. Ce n’est qu’après qu’il a été recueilli dans un banga avec d’autres personnes. De son propre aveu, cela faisait déjà pas mal de temps qu’il consommait de l’alcool et fumait du bangué tous les jours qu’il s’achetait grâce aux « petites bricoles » qu’il faisait régulièrement comme travailleur sur des parcelles agricoles ou à faire un peu de maçonnerie. L’expert a ainsi noté que l’accusé n’avait pas d’antécédents psychiatriques, que son niveau intellectuel est qualifié de moyen et que ses capacités cognitives sont, somme toute, normales. Il aurait cependant un mauvais contrôle émotionnel et aurait consommé beaucoup d’alcool le jour des faits.

La présidente du tribunal, Nathalie Brun

L’enquête de personnalité du second accusé s’est révélée plus fastidieuse car l’individu est déjà plus âgé que son comparse mais aussi il était moins enclin à répondre aux questions des experts et à collaborer. Le psychiatre qui l’a entendu indique qu’il se présente comme une victime et que l’entretien a été difficile. « Il s’énerve très vite. Il a souvent montré de la colère et de l’exaspération, raconte l’expert. Il dit qu’il était sur les lieux mais qu’il n’a rien fait. On me met en prison pour des faits que je n’ai pas commis, m’a-t-il indiqué. Il ne dit rien concernant son enfance. Il ne veut pas parler des faits ». Les conclusions du psychiatre montrent qu’il n’a pas de pathologie psychotique, qu’il banalise la violence. « Il n’a montré aucune forme d’empathie, d’émotion ou de remords. Il ne se considère pas coupable ». Concernant l’alcool, il reconnait en consommer mais n’a pas indiqué en quelle quantité et à quelle fréquence. On apprend ainsi que lui aussi est arrivé seul à Mayotte en 2000, mais à l’âge de 10 ans. La présidente du tribunal, surprise, lui demande : « C’est vous qui décidez de venir à l’âge de 10 ans à Mayotte ? – Oui, j’étais d’accord pour partir et quitter Anjouan. J’étais mature à 10 ans, poursuit-il. – Ah bon ??? Répond la présidente très étonnée. – Oui ».

Lui aussi est allé à l’école coranique et ne sait ni lire ni écrire. Il n’a pas de parcours scolaire. Ce que l’on sait aussi c’est qu’il a été expulsé à plusieurs reprises de Mayotte mais il ne serait dire combien de fois. « J’ai été expulsé plusieurs fois, indique-t-il. – Comment faites-vous pour payer votre retour ici ? Interroge la présidente. – Mes parents me prêtent de l’argent pour revenir ». Quant à la source de ses revenus dans l’île, elle proviendrait de « petites bricoles » dans l’agriculture en tant que cultivateur et un peu de maçonnerie, tout comme son co-accusé. Il a par ailleurs cinq enfants qui vivent tous à Mayotte. Selon sa femme, c’est un mari toujours serviable et impliqué dans l’éducation de ses enfants.

« Il est inadmissible que quelqu’un meurt à l’occasion d’un vol »

Même si les prévenus n’étaient que deux, leurs dossiers étaient conséquents

Albert Cantinol, avocat général, prend alors la parole, dans une éloquence et une théâtralité qui lui est propre, pour son réquisitoire « Cela fait 35 ans que j’exerce ce métier et je ne m’habitue toujours pas à la mort. Vous vous arrogez le droit d’ôter la vie à quelqu’un. La société interdit de tuer. Pourquoi vous, vous vous arrogez ce droit ? Vous n’avez montré aucune forme de respect concernant la mémoire de cet homme et de sa famille, pas un mot. Il n’y a pas d’évolution dans votre discours. Vous nous avez convoqué en appel pour dire quoi ? On constate que la lâcheté prend le pas sur le courage. Le premier pas vers la rédemption, c’est assumer sa faute, ses actes. Il n’y a pas de sincérité dans vos excuses, aucune empathie, alors que la douleur est toujours là pour la famille. La réalité est là et elle est terrible ». Puis s’adressant aux jurés d’un ton ferme, il leur dit : « Ils ont commis la faute extrême. Il est inadmissible que quelqu’un meure à l’occasion d’un vol. Vous devrez juger et sanctionner ce crime avec la fermeté qui convient en écartant l’excuse de minorité et le bénéfice de la réduction de peine, car les circonstances des faits sont dramatiques ». L’avocat général a ainsi demandé la même peine qu’en première instance, à savoir 25 ans de réclusion criminelle.

Après avoir délibéré, comme en première instance, les jurés condamnent K.A.A à la peine de 22 années de réclusion criminelle et à l’interdiction de détenir ou porter une arme soumise à autorisation pendant 5 ans. F.A. écope d’une peine de 22 années de réclusion criminelle, et les jurés prononcent à son encontre une interdiction définitive du territoire Français ainsi qu’une interdiction de porter ou détenir une arme d’une durée de 5 ans.

B.J.

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