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jeudi 22 février 2024
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Travail : Définissons dès aujourd’hui les attentes de demain

Seconde et consécutive matinée, à l’initiative de la Deets, dans ces logique et aspiration de déploiement de convergence sociale et Droit conventionnel à Mayotte, s’appuyant, ce jeudi, sur un événement national intitulé les Assises du Travail*.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, excepté pour la dynamique implication terrain des équipes de la Deets et des partenaires sociaux du territoire ayant répondu présents à cet événement — qui s’inscrit dans le cadre du Conseil national de refondation — saupoudré de constructifs débats collectifs et de dialogue social. Dans le viseur mahorais, ce plein alignement national juridico-pécuniaire bien-sûr mais aussi cette indispensable vision nourrie de spécificités plus locales, propres à l’attractivité même de notre île, à son PIB le plus bas de France et à son tôt de chômage le plus élevé. Des spécificités inscrivant le secteur public comme boost majoritaire de l’accroissement économique départemental, dans un contexte même où les évolutions du monde du travail  sont d’ores et déjà enclenchées et pour lesquelles il est indispensable d’amorcer ingénieuses réflexions d’anticipation. « Comme l’a formulé le ministre délégué des Outre-mer, Jean-Francois Carenco, il est faut placer la création de valeur ajoutée (ndlr : du secteur économique privé ) au coeur des actions de l’État » comme l’appuie Thierry Suquet, préfet de Mayotte.

Les axes de discussions choisis par la Deets Mayotte

À échelle nationale, ces Assises représentent 15 événements — Mayotte inclus — ouvrant thèmes structurants à 12 axes de propositions en corrélation directe avec l’avenir et le rapport au Travail, la quête actuelle de sens qu’il suscite, la démocratie qui s’y greffe et les qualité de vie et Santé.

N’ayant pu être physiquement présent, Pierre Ramain, directeur général du Travail, a enregistré une vidéo de présentation pour l’amorce de ces Assises

« En mai 2022, un actif sur cinq s’interroge plus qu’avant la crise sanitaire sur le sens de son travail et un peu plus d’un actif sur quatre a déjà quitté un travail parce qu’il n’était pas assez utile ou n’avait pas assez de sens pour lui… » précise par vidéo introductive enregistrée, Pierre Ramain, directeur général du travail. Pour notre territoire, il a été décidé de traiter 3 thématiques prioritaires répondant à des besoins locaux sous un format de successives tables rondes interactives « par les témoignages d’entreprises et acteurs locaux mais également les institutionnels et des salariés » indique Lise Rueflin, directrice adjointe Deets.

L’insertion par le Travail

L’approche inclusive du travail au regard des personnes en situation de handicap. Handicap: un mot considéré presque comme une insulte pour la personne concernée aux témoignages et confidences d’Hayeti Ben Ali, licenciée de son ancienne entreprise, selon ses dires, pour motif unique de cette implicite situation de naissance. Une situation encore tabou dans notre société française et d’autant plus mahoraise où l’on tend à cacher les choses, parfois même ses propres douleurs et souffrances quotidiennes, par peur d’être licencié justement, au lieu de prétendre aux accompagnement et ouverture de ses droits.

H. Ben Ali (à g.), F. Yahaya Bacar, Responsable RH Sodifram, venue présenter 3 cas de salariés présentant un handicap, ayant été accompagnés et soutenus dans le cadre de leurs contraintes et besoins au sein du groupe, dont M. Gaillard (à d.), travailleur handicapé et directeur adjoint du magasin des Hauts-Vallons.

Bien que les démarches administratives se veulent désormais simplifiées et le délai de traitement de dossier des bénéficiaires de la Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (Rqth) plus rapide (2 mois), il n’en demeure pas moins que les manques de sensibilisation, communication et déculpabilisation sont notoires, comme le rappelle Chantal Ballager, directrice de la Maison départementale des personnes handicapées de Mayotte (Mdph). Du côté du patronat, le handicap peut aussi être perçu comme contraignant car cela engendre forcément un aménagement logistique et/ou horaire; chose qui n’est pas non plus le cas. Il est bon de rappeler dans les faits l’obligation d’embauche de tout employeur — d’une société de plus de 20 salariés — des personnes en situation de handicap dans une proportion de 6 % de l’effectif total (5 % à Mayotte). Cette table ronde fut l’occasion de redéfinir les process et étapes d’accompagnement aussi de la Médecine du travail (Medetram) qui se veut acteur préventif avant tout pour la santé des potentiels protagonistes concernés.

Chantal Ballager encourage les personnes à ne pas avoir peur de faire reconnaitre leur handicap car le système leur offre aussi des garanties sécuritaires et avantages. À sa gauche, Dr. Foltzer, médécin du travail / Medetram

Santé et sécurité au travail

Introduction des attributions générales du Comité social et économique (CSE) et de ses notions sécuritaires dans les sociétés de plus de 50 ou moins de 50 salariés. Les Santé et Sécurité au travail furent introduites par les témoignages d’acteurs évoluant dans le cadre d’accompagnement de services à domicile. Un secteur porteur en un tissu sociétal vieillissant. Des auxiliaires de vie qui rencontrent des conditions de travail contraignantes, notamment du point de vue physique, en des lieux de vie pas toujours appropriés en termes de configuration et accessibilité. Comment se mouvoir correctement et/ou adopter les postures sécuritaires les plus adéquates lorsque le lit d’une personne âgée, totalement amoindrie physiquement, se veut non médicalisé ou dans une pièce exiguë, collé à un mur? Autant de facteurs complexes pour le 152 salariés de l’association Oudjama qui ont établi, en interne, un document unique d’évaluation des risques avec la participation rédactionnelle de ses professionnelles justement.

(de g. à d.) Mme Cisse de l’association Oudjama à l’origine de la prévention des risques au sein de la structure et R. Madjioni de l’Aract

Des professionnels confrontés aussi à la lourde misère sociale, à l’amalgame de leurs fonctions premières et aux problèmes d’insécurité sachant que ce corps de métier appelle à la solitude sur le terrain. Une notion de santé et bien-être encore floue ou peu abordée/exploitée dans les différentes sociétés,  notamment les PME, dans l’anticipation de pénibilité, malgré la mise en place de structures d’accompagnement et d’outils nationaux tels que l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract), créée depuis 2020 à Mayotte, pouvant être aussi vecteur de soutien financier dans le cadre de l’amélioration des conditions de travail.

J.F. Pennel, Inspection du travail Deets Mayotte

À cette notion purement physique, s’est aussi jointe dans les débats et échanges d’idées, celle de l’accompagnement psychologique au regard des risques psycho-sociaux en lien notamment avec les courantes agressions et violences de notre territoire, rencontrées sur les trajets professionnels. Bien que dans les écrits, la santé des salariés dépende de l’employeur, comment pouvoir prévenir et agir dans ces cas de figure ô combien complexes, sous-jacents et particuliers qui relèvent « d’un problème de Santé Publique » comme le verbalise la patronne du Medef, Carla Baltus.

Selon Carla Baltus, il faut des actions préventives et sécuritaires fortes, notamment de cellules psychologiques, au regard de ce que représente la dangerosité des trajets professionnels et les potentiels traumas subis pour les salariés.

 

Le partage de la valeur ajoutée et les accords d’intéressement 

Pourquoi partager les richesses produites par l’entreprise ? Comment mettre en place et bien définir les modalités de ce type d’engagement des sociétés envers leurs salariés, en notre territoire où le salaire moyen annuel n’excède pas les 12 000 euros (contre 28 000 euros en Métropole) ? Bien comprendre les nuances entre ’’intéressement’’ et ’’participation’’** qui dans tous les cas, est un investissement « gagnant-gagnant » selon l’analyse de Joseph-Marie Ndzanah, directeur délégué de la Deets. 

Sur les 34 entreprises mahoraises ayant signé la charte de leur engagement global, seule 1 a mis en place ce système de prime d’intéressement; La laiterie de Mayotte pour ne pas la citer. Et bien que cela engendre avant tout des dépenses pour la société concernée, comme le déclare avec transparence son directeur, cela est aussi une forme de prolifique investissement sur les actives participation et fidélisation des employés (au regard d’un turnover notoire en notre île), nourri d’un renforcement d’appartenance communautaire. « C’est notre entreprise ».

(de g. à d.) C. Maheke-Ngamaha / Deets, A. S. Dahalani / Cese et G. Jeu / Apprentis d’Auteuil

Une entreprise privée tout comme tout associative, tels les Apprentis d’Auteuil, de loi 1901 à but non lucratif, qui a justement fait le choix de compenser son positif excédant, en le versant sous forme participative à ses collaborateurs. Des employés et/ou collaborateurs, selon divers témoignages de la salle, peu coutumiers de la pratique de l’épargne à Mayotte, préférant donc le privilège immédiat participatif de la prime, au regard aussi d’un coût de la vie de plus en plus cher et certainement d’un manque de sensibilisation à cette pratique bancaire sécuritaire pouvant être une des solutions pérennes en lien avec les actuels questionnements des retraites. 

Seulement 3 thèmes abordés, certes, et pourtant une densité d’informations et de questionnements soulevés indiquant l’importance de ces sujets et le parcours déjà entrepris et restant à faire au regard de cet alignement national mais aussi l’importance de l’engagement de tous. Le directeur de la Deets, Michel-Henri Mattera, a rappelé à l’assemblée présente que le système juridico-économique français, tel que nous le connaissons, ne s’est justement pas fait en quelques années mais remonte à l’après Révolution vers 1790.

(de g. à d.) Djoumoy Djoumoi, secrétaire Aract et le directeur de la laiterie de Mayotte

Il en a été de même avec les territoires ultramarins, après le second conflit mondial et « les 30 glorieuses » qu’on lui connait, comme ainsi dénommé par l’économiste Jean Fourastié. Mayotte est donc légitimement impatiente mais doit aussi être partie prenante, innovante et ambitieuse pour produire cette fameuse et propre valeur ajoutée en une zone géographique du Monde où le PIB est aussi très bas. Elle ne peut éternellement surfer sur la vague du  »département le plus pauvre de France ». « D’ici peu, tous ces jeunes de notre département vont être sur le marché de l’emploi, vont demander de l’emploi et il faut que le privé puisse être en mesure de répondre à ce challenge. Le but d’une entreprise c’est de créer de la richesse et de cette richesse né la création d’emploi. Il est important que les cadres formés par le privé, ne s’en aillent pas ailleurs, à la concurrence ou dans le Public. Il faut faire en sorte que ces cadres puissent avoir matière à rester sur le territoire et cette notion de partage est une des solutions pour palier dans l’immédiat à cet écart de salaire avec les autres territoires. L’intéressement n’est pas la solution mais une des solutions ».  

Cette constructive matinée au sein de la salle de cinéma de l’Alpajoe, quasi sans relâche, s’est achevée sur les coups de 13 heures.

MLG

Selon M.H. Mattera, « Pour gagner cette belle place au soleil à laquelle nous aspirons tous à Mayotte, il va falloir que nous la gagnons ensemble… »

* Lancées le 2 décembre 2022 par Olivier Dussopt, ministre du Travail, du plein emploi et de l’insertion dans le cadre du Conseil national de la refondation (CNR), les Assises du Travail ont découlé d’une récente réflexion post crise sociale ET sanitaire ayant grandement contribué à une sorte de révolution propre à l’organisation même du travail. Replacer le Travail « au coeur du début public » est une volonté gouvernementale appuyant les axes de discussions déjà entrepris sur la place du numérique, la transition écologique ainsi que l’emploi.

 

** La prime de participation est un complément de rémunération, sous forme de prime, versée aux salariés par l’entreprise. Ce dispositif d’épargne salariale permet à l’entreprise de redistribuer aux salariés une partie du résultat comptable ou fiscal.

 

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