Depuis le 22 décembre dernier, chaque jour qui passe est porteur de son lot de dysfonctionnements sur le réseau électrique alors que l’entreprise Electricité de Mayotte est déjà aux prises avec un mouvement social.

Grève à EDM : la Justice attendue pour faire toute la lumière

Depuis le 22 décembre dernier, chaque jour qui passe est porteur de son lot de dysfonctionnements sur le réseau électrique alors que l’entreprise Electricité de Mayotte est déjà aux prises avec un mouvement social.

Lancé le 22 décembre dernier par l’intersyndicale FO-EDM et CGT-Mayotte, le mouvement de grève à Electricité de Mayotte (EDM) s’inscrit dans la durée après plus de quinze jours de mobilisation. Le dialogue n’a cessé de se tendre entre les syndicalistes et la direction, à l’instar du blocage, mardi dernier, du site de Kawéni par les grévistes, constaté par un huissier. Les négociations censées débuter le matin à 8h ont été promptement stoppées par la direction dès 8h10 par la direction.

La grève se poursuit à EDM, image d’illustration

Des négociations qui piétinent

Dès le 2 novembre, EDM avait convié « les organisations syndicales à ouvrir les négociations salariales annuelles ». Dans un contexte de forte inflation, « la direction a proposé une augmentation de la masse salariale de 8,70% ». La validation par le conseil de surveillance de l’entreprise le 15 décembre dernier n’a pas empêché la CGT-Mayotte et FO de déposer un préavis de grève pour le 21 décembre. Pour tenter de sortir de l’enlisement, le 30 décembre dernier, la direction a ouvert à la signature, de l’ensemble des organisations syndicales un nouvel accord salarial EDM 2023 prévoyant, entre autres, de porter « à +10% en moyenne les évolutions des rémunérations pour 2023 » dans l’entreprise. Des avancées qui selon le directeur général d’EDM Claude Hartmann, vont bien au-delà de ce qui était possible : « si on paye plus que prévu, on embauche moins pour rentrer dans les clous des lignes budgétaires ». Certes, « la prime convenue est plus importante mais elle coûtera quelques embauches », s’explique-t-il. Actuellement, la situation est bloquée selon lui car « la CGT et FO veulent des choses qui sont au-delà de l’acceptable sans bouger aucunement leur ligne depuis le début du mouvement ».

Dix-sept dysfonctionnements recensés depuis le 22 décembre

Les négociations, au regard de la situation, laissent entrevoir peu de marges de manœuvre alors même que les incidents sur le réseau électrique se multiplient. Depuis le début de la grève jusqu’au dysfonctionnement de mercredi 5 janvier, seize coupures ont été recensées ainsi qu’un acte de sabotage à la centrale de Longoni la veille du 31 décembre. Pour la direction, « les grévistes invitent au bal les clients » avec ces coupures tout en poursuivant l’objectif second de « faire tomber le réseau » dans son ensemble. Si les grévistes se défendent de tous actes malveillants, malgré certains propos tenus, en arguant qu’il s’agit d’« une stratégie de déstabilisation » visant à monter « la population contre les syndicats ». Ils précisent aussi que les dysfonctionnements proviennent de « la fragilité du réseau d’électricité » ainsi que de la période en elle-même, avec la saison des pluies. Cependant, pour la direction, leur culpabilité ne semble pas faire l’ombre d’un doute.

Mayotte compte plus de 400 postes HTA / BT

Une technicité des faits reprochés ne pouvant être à l’origine d’amateurs

La raison invoquée ? Les microcoupures sont le résultat de courts-circuits réalisés à partir des postes HTA/BT. Ce sont des locaux inaccessibles au public – en raison d’une part du danger évident qu’ils représentent, mais aussi de la clé tout à fait spécifique nécessaire à l’ouverture de leurs cadenas. Le but de ces postes est d’assurer la liaison entre le réseau haute tension (HTA) depuis les trois postes sources de l’île (Kaweni, Sada et Longoni) et le réseau basse tension (BT) pour les clients. Au total, Mayotte en compte plus de 400. Quand un court-circuit survient sur un de ces postes, tous les autres du secteur concerné doivent être vérifiés un à un afin de s’assurer qu’aucun autre n’ait été manipulé, au risque de faire à nouveau sauter le réseau. Un méticuleux travail de patience et de pragmatisme expliquant le délai nécessaire pour sa remise en marche. Ces soubresauts imprévus sur le réseau, par ailleurs, ne sont pas sans conséquence, selon la direction, pour les moteurs thermiques qui subissent des à-coups. Ainsi, en temps normal, lorsque des opérations de maintenance sont planifiées, la production d’électricité s’adapte pour ne pas subir ces à-coups. Néanmoins, une seule certitude semble émerger : les faits répertoriés ne peuvent être ceux d’amateurs.

Les cadenas des postes HTA / BT nécessitent des clés spécifiques

Deux plaintes ont d’ores et déjà été déposées

Quant à l’acte de sabotage survenu vendredi soir à la centrale de Longoni, Ibrahim Nkavavo, élu CSE CGT Mayotte se défend de toute intervention des grévistes. La défaillance des moteurs en serait à l’origine. Une version s’opposant à celle de la direction pour qui la coupure générale d’électricité en Grande-Terre, ayant impacté plus de 30 000 clients, a été le résultat d’une fermeture volontaire des vannes de sécurité du réseau de carburant alimentant les moteurs. Une intrusion sur le site a été constatée par la direction à la suite de la découverte d’une ouverture à la cisaille pratiquée dans la clôture ceinturant le site. Depuis lors, des dispositions de sécurité renforcée ont été prises notamment concernant l’éclairage de la centrale ainsi que du renforcement de la présence managériale. A la plainte regroupant l’ensemble des courts-circuits, s’y est ajouté celle de la centrale de Longoni. Les enquêtes sont en cours. En attendant, le conflit social poursuit son enlisement. Et dans cette atmosphère électrique, plane au-dessus de la population une épée de Damoclès aux allures de black-out.

Pierre Mouysset

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