27.8 C
Mamoudzou
jeudi 22 février 2024
AccueilorangeLes grossesses précoces à Mayotte à la croisée de la précarité et...

Les grossesses précoces à Mayotte à la croisée de la précarité et de l’isolement

L’hôtel Sakouli a accueilli mercredi la première des Journées périnatales de Mayotte organisée par le Réseau Périnatal de Mayotte (REPEMA). Les débats se sont concentrés sur les grossesses précoces dans le département notamment en abordant la prise en charge des mineurs et la question de la prévention.

« La proportion de grossesses précoces est stable à Mayotte, aux alentours de 5 % de la totalité des naissances ». Julien Fontaine, sage-femme coordinateur maternité au Centre hospitalier de Mayotte (CHM), rappelle les chiffres pour l’année 2021 : « cela représentait 4,66 % des naissances sur l’île soit 490 accouchements ». Un nombre de grossesses précoces de mineures à mettre en parallèle avec la situation en France métropolitaine puisque ces dernières « représentait en 2013, 0,58 % des naissances en métropole ».

Les professionnels de santé ont fait le déplacement

Des situations de précarité sociale et économique

Certes, si d’un point de vue médical l’utilisation de la césarienne est inférieure aux autres tranches d’âge, il n’en reste pas moins que le jeune âge de la patiente constitue un facteur de risque avéré aussi bien pour elle (anémie) que pour le bébé (prématurité). En outre, les conséquences d’une grossesse précoce, à un âge où le corps subit de profonde transformation liée à la puberté, sont également visibles au niveau des troubles psychologiques avec le développement d’une certaine vulnérabilité. Et ce, alors que le milieu socio-économique est souvent fragilisé par une précarité importante. Sans oublier, si la mineure est scolarisée, le risque probant de sa déscolarisation et de son isolement.

Si certaines grossesses précoces sont post-viol, ce n’en est pas pour autant une constante. En revanche, note Houssamie Mouslim, psychologue clinicienne à Mayotte, « la majorité des mères indiquent avoir été victimes très tôt dans l’enfance  de violences à caractère sexuel ». Des violences souvent minimisées par le cercle familial, quand ce n’est pas la famille qui rejette la victime en lui faisant porter le fardeau de la culpabilité. Autant d’éléments participant à renforcer la détresse psychologique des futures mères. S’y ajoute également la difficile acceptation des grossesses hors mariage pouvant conduire à l’ostracisassion de la jeune mère accentuant davantage la détresse psychologique et sociale.

Pour les jeunes filles de quinze ans ou plus, le manque de communication sur la sexualité dans la sphère familiale peut générer un tabou « en raison de la peur d’inciter les jeunes à la pratique sexuelle », note Warda Chanrani conseillère conjugale et familiale. L’absence de contraception ou la négligence de cette dernière, y compris masculine, sont des facteurs qui entrent en ligne de compte. En revanche, la loi du 21 avril 2021 visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste indique qu’aucun adulte ne peut se prévaloir du consentement sexuel d’un enfant s’il a moins de 15 ans.

Les signalements permettent de dépister des réalités difficiles

Le Centre Hospitalier de Mayotte

Dès lors des signalements sont effectués auprès du parquet par le CHM, les PMI ou encore le rectorat lorsque des jeunes de moins de 15 ans se retrouvent en situation de grossesse. A ce titre, la substitut du procureur Cassandre Morvan a pris la parole afin de rappeler que « pour prendre la meilleure décision possible suite au signalement, il faut obtenir un maximum d’informations possible pour retrouver la personne, l’entendre et lui proposer une aide ». Ainsi si la mineure est en danger ou l’enfant, il est alors possible de saisir le juge pour enfant afin d’envisager un éventuel placement. A cet égard, la cellule de recueil des informations préoccupantes du Département (CRIP) permet de faire également remonter des signalements. Selon sa coordinatrice Anna Dax, « 509 signalements ont été réalisés en 2020 et 737 en 2021 ». Créée en 2008 avec initialement trois professionnels, la cellule compte désormais 15 personnes. Cependant pour Anna Dax, « il faudrait au moins le double de l’effectif ».

Néanmoins, si le débat a permis de faire avancer des points de vue contradictoires sur les causes et les conséquences pouvant engendrer des grossesses précoces, tous les participants ont admis le caractère « complexe » que revêt cette réalité sociale.

Pierre Mouysset

RESTONS EN CONTACT

Inscrivez-vous à la lettre d'information du JDM afin de garder en oeil sur l'actualité mahoraise

l'actualité

+26
°
C
+27°
+24°
Mamoudzou
Samedi, 04
Dimanche
+25° +24°
Lundi
+25° +24°
Mardi
+25° +24°
Mercredi
+25° +24°
Jeudi
+25° +24°
Vendredi
+25° +24°
Prévisions sur 7 jours
EVASAN, CHM, La Réunion, Mayotte

Difficultés du CHU réunionnais : accusée, Mayotte a pourtant pris sa part

0
Alors que les difficultés du CHU de La Réunion font de nouveau la Une, pointant le coût des Evasan depuis Mayotte, un petit retour historique n’est pas inutile
Soignants, crise, sécuritaire, crise, sociale, écoute, psychologique,

Succès de la cellule d’écoute psychologique : les soignants ont aussi besoin d’être écoutés

0
Suite à une montée des violences sur le territoire, mercredi 14 février, une cellule d’écoute psychologique a été activée par le Centre Hospitalier de Mayotte (CHM). Depuis, les appels n'ont fait que pleuvoir, contraignant de limiter, dans un premier temps, la cellule d'écoute, à un certain public, à commencer par le personnel hospitalier et libéral. 
CHM, Mayotte

Le CHM ouvre une cellule d’écoute psychologique

0
Face à l'onde choc suite aux violences vécues sur le territoire de Mayotte, mercredi 14 février, le Centre Hospitalier de Mayotte (CHM) a annoncé l'ouverture d'une cellule d'écoute psychologique
CHM, choléra, Mayotte, ARS, SpF

Mayotte fourbit ses armes face à la menace du choléra

0
Jeudi 1er février, les Comores ont officiellement déclaré la présence de cas de choléra dans leur pays. Depuis, deux personnes sont décédées et quatorze personnes contaminées ont été déclarées guéries. A Mayotte, l’opinion publique a véhiculé de nombreux messages sur les réseaux sociaux et par l’intermédiaire de certains médias, en faisant part de sa grande inquiétude sur l’arrivée éventuelle de cas de choléra à Mayotte, en pleine crise sociale
Barrages, délinquance, Mayotte, Koungou

Crise après crise, la santé est dans une impasse

0
Depuis plusieurs mois, le contexte de violences à Mayotte, cumulé aux barrages tenus par des habitants de l'île en colère, a dissuadé certains professionnels de santé de venir travailler sur l’île et fragilisé des soignants exerçant sur le territoire, qui pour certains, songent désormais à partir

Recent Comments