Qualifié de « prédateur » il échappe à la prison malgré un gurua sur une fillette de 11 ans

Deux ans de prison dont un ferme aménageable, c'est la peine infligée à un homme accusé d'avoir pratiqué un gurua sur une toute jeune adolescente, dont il disait être "amoureux" depuis qu'elle était bébé. Malgré le profil inquiétant du prévenu, les réquisitions du parquet, qui demandait 4 ans ferme, n'ont pas été suivies.

Agresser sexuellement une fillette de 11 ans, refuser de répondre aux questions du tribunal, être qualifié de dangereux par le parquet et présenter selon les experts un risque de récidive, et malgré tout ressortir libre. C’est le scénario improbable qui s’est déroulé ce mercredi au tribunal judiciaire de Mamoudzou.
A la barre, un quadragénaire mutique, qui refuse de répondre aux questions, invoquant son droit à garder le silence. Face à lui, des magistrats qui peinent à cerner le personnage. Il lui était reproché une agression sexuelle commise sur une fillette de 11 ans, en 2015. L’adulte aurait entraîné celle qu’il qualifie lui-même de  « petite fille » dans son banga avant de la déshabiller et de pratiquer sur elle un « gurua ». Cette pratique, aussi appelée « pinceau » consiste à se frotter sexe contre sexe jusqu’à l’éjaculation sans déflorer la victime. Certains auteurs présentés à la justice ne voient ainsi pas le mal, en l’absence de pénétration. Une absence de pénétration qui leur fait aussi échapper à la qualification de viol, et donc à la cour d’Assises.

De fait dans cette affaire, l’examen médical de la victime n’a montré aucune lésion gynécologique permettant de qualifier un viol, et l’affaire a été portée devant le tribunal correctionnel, avec tout de même 10 ans de prison encourus.

Mais au delà des faits, c’est la personnalité du prévenu qui interpelle. Après six ans d’instruction et 4 mois de détention provisoire au début de l’enquête, l’homme ne montre à la barre aucune remise en question, n’a pas un mot pour la victime. En garde à vue, il avait affirmé être « fiancé » avec la fillette « depuis un mois », et être amoureux d’elle « depuis qu’elle a deux ans ». Dans le quartier, son surnom de « demi-dieu » qu’il arbore fièrement sur son masque en tissus, lui viendrait de sa réputation de « prédateur ». Et si le psychiatre ne voit « pas de signe évocateur d’une perversion pédophilique », ses propos interrogent. « Si je ne l’avais pas fait, d’autres hommes l’auraient fait » a-t-il ainsi assuré au médecin expert qui a conclu à un « risque de récidive « . L’homme aura aussi tenté de se faire passer pour « impuissant », souffrant de troubles érectiles qui l’innocenteraient, ou d’homme « pieux ». Sans convaincre davantage.

Un « spectacle désolant »

Face à un homme qu’il qualifie de « dangereux », le procureur exclut la « clémence » et réclame 4 ans ferme, regrettant le « spectacle désolant » d’un prévenu qui garde le silence. « Ce qui trouble aussi, c’est qu’il avait ciblé la jeune fille depuis toute petite, il l’a vue grandir, il ne peut donc pas dire qu’il ignorait son âge. Ce que je vois dans ce silence, c’est un mélange de honte et une difficulté à faire face à ses difficultés. Or cette difficulté est une source de réitération, comment la justice pourrait faire confiance à quelqu’un qui a très peu de recul par rapport aux faits. C’est le signe qu’il ne voit pas le mal dans ce qu’il a fait, il n’a formulé aucun regret, aucun mot d’excuse pour la victime. 6 ans après les faits, le temps de la réflexion est passé. Le rapport qu’il a à ces faits est particulièrement inquiétant, il n’a pas identifié l’infraction qu’il a commise, et sa dangerosité est établie » poursuivait le substitut.

Alors qu’en 2020, un autre prévenu prenait 8 ans de prison pour des faits analogues, les juges ont cette fois été bien plus cléments, prononçant 2 ans de prison dont un avec sursis, la partie ferme étant aménageable par le juge d’application des peines. Si le condamné y est convoqué dans les délais. En attendant, il est ressorti libre.

Y.D.

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