Insécurité : sans réponse du gouvernement, le président Soibahadine sollicite le Sénat

L’inefficacité des moyens mis en œuvre pour lutter contre la délinquance, a incité le chef de l’exécutif à interpeller Gérard Larcher. Nous étayons son point de vue sur le Plan Sécurité 2018, dépassé et que très partiellement appliqué.

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Sénat, Gérard Larcher, Mayotte
Sans réponse sur la demande de placement de Mayotte en état d'urgence sécuritaire, S.I. Ramadani s'adresse à Gérard Larcher

C’est une histoire de sénateur LR. Nul doute que le président Soibahadine ait gardé des liens de son mandat de sénateur de 2004 à 2011. Il a en tout cas contacté le président Gérard Larcher du Sénat, pour raviver le contenu du courrier cosigné avec ses collègues élus de Mayotte, adressé au premier ministre Jean Castex.

En dehors de la réaction du ministre des outre-mer, pas de réponse pour l’instant à leur demande de placer le territoire en état d’urgence sécuritaire. Ils se basaient sur la loi 55-385 du 3 avril 1955 permettant de placer tout ou partie du territoire métropolitain, ou les départements et collectivités d’outre-mer, en état d’urgence notamment « en cas de péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public ».

Plusieurs données les y incitent. Dans le courrier du 28 janvier adressé à Gérard Larcher, le président du Département rappelle l’assassinat à Koungou d’un homme de 43 ans le 18 décembre dernier, les meurtres de trois personnes dont 2 mineurs collégiens de 14 et 15 ans à la Vigie le week-end du 22 janvier, et l’insécurité permanente qui sévit, « beaucoup de nos concitoyens se sont fait agresser et sont en situation de détresse ».

On peut désormais rajouter l’explosion des vols avec violence en 2020, +47%, rapportée par le ministère de l’Intérieur.

De la sécurité hors-sol

Un Etat major de sécurité qui date de janvier 2019, sans participation d’un élu ou d’un cadre local

Une situation que la population a fait remonter en 2018, rappelle l’élu, donnant lieu à un Plan sécurité, « mais qui n’a jamais fait l’objet d’une évaluation », et aux moyens « insuffisants et inadaptés ».

Si plusieurs mesures ont été mises en place, d’autres se sont perdues en route, comme la 4ème, « communiquer trimestriellement les chiffres de la délinquance aux élus et aux médias, et associer les citoyens, les représentants de la société civile et des collectivités, à la définition de la politique de sécurité à Mayotte ». Il faut savoir qu’aucun représentant local, élu ou cadre, n’assiste aux Etats-majors de sécurité. Si la 5ème a été concrétisée sur la mise en place d’un centre éducatif renforcé, c’est désormais un Centre éducatif fermé qui est demandé par les élus.

Si ces manquements sont à critiquer, le défaut de vigilance des élus est à souligner, un tel plan, obtenu après la mobilisation de la population, aurait nécessité la mise en place d’un comité de pilotage.

En réaction, un élu local, le maire de Mamoudzou, a organisé des Assises de la sécurité, rappelle Soibahadine Ramadani, « dont les propositions sont en cours de mise en œuvre », mais qui ne porteront pas leurs fruits immédiatement.

Une « indifférence polie », en réaction à la délinquance à Mayotte

Inauguration du Centre éducatif renforcé début juillet 2019, une des mesures du plan Sécurité

Or, la population a besoin de se déplacer sans être agressée quotidiennement, une délinquance « trop longtemps marginalisée ». L’élu souligne notamment « l’émotion unanime et justifiée », soulevée par le « lynchage d’un jeune francilien », quand le triple meurtre de janvier provoque une « indifférence polie ».

Les termes de son courrier reprennent les demandes des élus de Mayotte dans leur courrier : une véritable coopération avec l’Union des Comores pour « fixer durablement les populations chez elles », l’intégration des spécificités de Mayotte dans le code de justice pénale des mineurs, la mise en place de structures adaptées à la prise en charge des mineurs délinquants, l’extension de la circulaire Taubira de partage de la prise en charge de ces mineurs avec les département voisins, etc.

En terme d’immigration clandestine, on ne retrouve étonnamment pas la mesure qui permettrait de la freiner considérablement : l’implantation d’une base avancée d’intercepteurs à l’ilot Mtsamboro, qui permettrait de déployer des moyens rapidement, avec une meilleure portée pour d’éventuels drones.

Le président revient sur l’action pendant sa mandature : le nombre de mineurs placés est passé de 292 en 2015, à 800 actuellement.

Un nouvel appel au gouvernement donc en passant par le numéro 2 de l’Etat, pour « créer une commission d’enquête sénatoriale » sur ce sujet à Mayotte.

Anne Perzo-Lafond

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