La gestion du Covid dans un « entre-deux » à Mayotte, rapporte Dominique Voynet.

Le bilan dressé ce jeudi par la directrice de l’ARS Mayotte sur la situation épidémique n’est pas mauvais, mais tout le monde est sur ses gardes. Alors que la métropole est touchée par une 2ème vague virulente, les acteurs de santé mahorais fourbissent leurs armes, et adaptent les techniques de soins et de tests.

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L'accroissement de la demande et l'arrivée des tests antigéniques ont demandé une réorganisation du circuit de dépistage

Dominique Voynet a commencé son point hebdomadaire par la situation actuelle. Avec 15 nouveaux cas ce mercredi, ils sont 170 nouveaux malades à avoir été atteints du Covid sur la semaine. Le taux d’incidence avoisine toujours les 60 pour 100.000 habitants, et le taux de positivité les 10%. La première question porte sur le lien entre le volume de personnes dépistées et l’incidence de la maladie. Il y a une semaine avec un dépistage record de 2.400 tests, nous avions dépassé la barre d’incidence des 100, pour redescendre à 57 quelques jours après, avec 1.600 tests.

Deux phénomènes se sont entrechoqués, explique la directrice de l’ARS. Tout d’abord, face à la forte diffusion du virus dans les villages du sud, Boueni, Ouangani, Chirongui et Sada, une vaste campagne de test avait été menée. Mais depuis, la situation s’est calmée, « nous avons peu de cas positifs dans ces communes, et même une baisse spectaculaire à Kani Keli ». Un yoyo permanent, « on assiste à une remontée des cas à Mtsapéré, avec une incidence au-dessus de 100. »

Parallèlement, les reconduites à la frontière ont repris avec l’obligation de tester les personnes au Centre de rétention. « Nous avons dû dégager une forte capacité de test, avec une pointe de 600 sur une semaine uniquement dédiés aux reconduites. Les voyages en avion demandaient également un dépistage. Or, nous avions besoin de conserver une capacité de prélèvements pour les personnes symptomatiques et les malades. » Une solution alternative a été trouvée avec la préfecture à travers le partenariat avec le laboratoire Biogroup à Paris. Avec un aléas imprévu : « Les tests sont effectués sur place, puis envoyés à Paris, mais la comptabilisation des résultats positif ne revenaient pas vers nous. D’autre part, nous avons besoin de savoir si l’étranger en situation irrégulière a été interpellé en mer, ou à terre, car dans ce dernier cas, nous avons besoin de tracer ses contacts dans son banga et autour de lui. »

12 cas chez les pompiers de Chirongui

Le CHM désormais autonome en oxygène

Depuis la 1ère vague, les techniques de soin ont évolué, retardant la saturation des services de réanimation : « Nous utilisons davantage d’anticoagulants, de corticoïdes, et au besoin, de l’oxygène mais à plus bas débit. Nous avons donc davantage de malades en médecine, moins en réanimation. Nous sommes dans un entre-deux. » Malgré tout, 4 personnes sont actuellement en réanimation, dont un homme 43 ans, « sans comorbidité ».

Si le « mur épidémique » craint n’est pas arrivé, Dominique Voynet n’oublie pas que la 1ère vague avait frappé avec plusieurs semaines de retard à notre porte. Depuis, les masques et les tests ont été distribués en nombre, notamment dans les 72h précédant un vol, ce qui freine la dissémination du virus à Mayotte. « Mais il ne faut pas s’exonérer d’un nouveau dépistage 7 jours après le vol, surtout pour les professionnels. »

Contrairement à la première vague, les clusters se nichent moins dans le milieu du travail que dans la sphère privée. « Même quand ils touchent les professionnels, c’est lors de rassemblements familiaux, de mariages ou de colocations, que la contamination se fait. » Ainsi, 12 cas ont été enregistrés chez les pompiers de Chirongui, d’autres lors d’un enterrement dans le sud de l’île, un autre dans un club de rugby, « et beaucoup de petits clusters comme lors d’une fête entre les internes du CHM ».

Voyageurs, reconduites à la frontière, asymptomatiques, cas contacts… la diversification de la demande de tests a imposé une réorganisation de l’offre. Là encore, la patronne de l’ARS parle « d’entre-deux » : « Nous recevons tous les jours des instructions du ministère de la Santé qui impliquent d’adapter notre stratégie. » Soulignons que Mayotte a été servie quasiment en même temps que la métropole en tests antigéniques. « Nous donnons priorités pour les PCR aux symptomatiques, aux personnes hospitalisées et aux contacts de cas positifs. Et les antigéniques pour les dépistages collectifs comme les voyageurs. » Ces derniers demandent une formation des personnels paramédicaux, « pour éviter d’avoir des faux négatifs comme cela s’est produit. » Les équipes de contact tracing vont être renforcées pour repasser en 7j/7.

Les bouées de secours en cas de grande marée

Le camion de tests devant le CHM

Les centres de dépistages ont ainsi été diversifiés. Aux 4 centres de référence venant en plus du CHM et du laboratoire Mayobio, se sont rajoutés le site dédié aux tests antigéniques à Kawéni en partenariat avec l’ARS, et un autre en Petite Terre, de prélèvements payants à destination des voyageurs, sans soutien de l’ARS, en partenariat avec Biogroup qui envisage d’implanter un laboratoire pérenne à Mayotte.

Mayotte est touchée par une 2ème vague, mais ce n’est pour l’instant pas la grande marée. Pourtant, si les équipes du CHM ne sont pas noyées, elles sont « sur la corde raide, mais c’est le cas tout au long de l’année, il n’y a aucun service où le nombre d’agents est suffisant », rapporte Dominique Voynet. Le « Plan rebond » permet de se préparer à un afflux de malades, « nous pouvons dépasser 30 lits en réanimation, et au besoin, faire appel à la réserve sanitaire, au service de santé des armées ou au ministère de la Santé. »

En cette période, elle aussi d’entre-deux du côté météo, un petit point sur la dengue et le retour des moustiques. Pour l’instant, l’accent n’est pas mis sur la pulvérisation, « nous n’avons qu’un seul produit homologué à Mayotte, auquel les moustiques peuvent devenir résistants, assure Dominique Voynet, pour l’instant, en l’absence de dengue, le plus efficace, c’est d’éradiquer les gîtes, action à laquelle s’emploient les 65 agents de la Lutte Anti-vectorielle, qui cartographient les zones à risques, dont les déchets encombrants, pour inciter les nouveaux maires à mettre en action leur promesses de campagne. » Des moustiquaires imprégnées ont été distribuées lors de l’épidémie de dengue.

Pour finir sur ce thème, c’est une période d' »entre-deux » directeurs de cabinet pour Dominique Voynet, puisque Christophe Leikine part à Strasbourg où il va officier au même poste pour la maire et pour le président de l’eurométropole.

Anne Perzo-Lafond

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