Le 27 décembre dernier, le Boeing 787-8 d’Air Austral, immatriculé F-ORLB, a été contraint de se dérouter vers Naples après la détection en vol d’un dysfonctionnement affectant un système de recyclage d’air de la cabine, notamment lié à la ventilation et au refroidissement de certains équipements de navigation.

À son arrivée à Mayotte, le 29 décembre, la compagnie a assuré qu’il s’agissait d’un incident sans gravité, l’appareil disposant de systèmes redondants, et que le déroutement relevait de l’application stricte des procédures de sécurité. L’avion a ensuite repris son programme de vols après vérifications techniques.
Cet épisode est survenu trois mois après un premier déroutement du même appareil, dans la nuit du 14 septembre 2025, vers Djeddah, à la suite d’une urgence en vol. Auparavant, le F-ORLB avait déjà été immobilisé près d’un an en Espagne pour le remplacement d’un moteur.
Si ces événements sont techniquement distincts, leur succession a nourri les interrogations d’une partie des passagers sur la fiabilité des appareils d’Air Austral.
C’est dans ce contexte qu’Hugues Marchessaux, président du directoire d’Air Austral, Vincent Guérin, directeur technique de la compagnie, Moïse Issoufali, GSA (General Sales Agent) d’Air Austral à Mayotte, et Tristan Charpentier, président de Crystal Aero – société sous-traitante en charge de la maintenance – ont tenu, ce jeudi 12 février, dans les locaux de Mayotte Air Service, un point presse à dominante technique.
« La première priorité : la sécurité de nos passagers »

L’objectif affiché était de détailler le fonctionnement du Boeing 787, ses standards de maintenance et de sécurité, ses performances opérationnelles, ainsi que les dispositifs de contrôle et de suivi mis en place par la compagnie, afin de rassurer la population.
« Il faut lever les moindres doutes qui pourraient exister », insiste Hugues Marchessaux. « Oui, il y a eu deux déroutages, certes, mais notre première priorité reste et restera toujours la sécurité de nos passagers. Cela a créé des inconvénients pour nos clients, c’était compliqué pour le personnel, pour l’équipage, pour les techniciens… mais nous ne prendrons jamais le moindre risque. Je préfère dérouter que de faire courir le moindre risque. Il est hors de question de prendre le moindre risque ! ».
« On peut dire que les 787 sont des avions sûrs. Il y en a 11.050 en vol à travers le monde, c’est un best-seller chez Boeing. C’est un avion moderne, très communicant : la moindre anomalie est immédiatement détectée par les équipes », souligne Tristan Charpentier. « Ces détections entraînent la mise en place de procédures spécifiques à chaque situation, pour garantir la sécurité, même s’il n’y a parfois aucun danger avéré. Cela peut entraîner des déroutages ».
Les représentants de la compagnie précisent que ces incidents ne concernent pas que Mayotte, ni Air Austral.
« Avec Crystal Aero, j’accompagne 35 compagnies aériennes qui exploitent beaucoup de 787. Les maintenances sont très poussées sur ces avions. Les inquiétudes, je les entends, mais je ne les comprends pas », ajoute Tristan Charpentier, rappelant que les normes et audits se sont multipliés ces 25 dernières années. « Économiquement, c’est aussi plus difficile à supporter pour les compagnies. Air Austral dépense beaucoup dans l’entretien des avions », souligne Hugues Marchessaux. « C’est une exigence de Boeing, liée aux pressions commerciales, à la concurrence, mais aussi aux normes européennes ».
Des avions “communicants” permettant d’anticiper plus efficacement les réparations

« Au service de maintenance, on passe notre temps à surveiller les appareils ! », martèle Vincent Guérin. « On n’attend pas les pannes. À un certain niveau d’usure, on remplace. Grâce aux capteurs partout sur l’appareil, on peut voir les délais de réaction de certains composants ; si celui-ci est trop lent, on anticipe et on le remet en état. Maintenir un avion en vol, c’est déjà beaucoup de travail, et il faut en plus gérer tous les aléas : les oiseaux, les rafales de vent… ».
Pour autant, les interrogations persistent, notamment à cause de vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrant des ailes apparemment fixées avec du scotch. « Il n’y a aucune raison de s’inquiéter », assure Vincent Guérin, qui a d’ailleurs présenté un rouleau de ruban adhésif aéronautique « speed tape » pour expliquer son usage. « Dès qu’une peinture s’écaille, Boeing nous demande de la couvrir avec ce ruban. Il résiste à des vents de plus de 900 km/h et protège les ailes en carbone contre les UV. De nombreuses compagnies dans le monde appliquent cette procédure. Une fois la nouvelle peinture prête, nous la remplaçons ».
Hugues Marchessaux a également rappelé que ces Boeing 787 sont « très bien adaptés » à la ligne Paris–Mayotte, car « c’est le seul avion capable de se poser directement sur l’aéroport de Dzaoudzi, avec ses conditions particulières ». Il a souligné que 25 à 30 % des activités d’Air Austral concernent Mayotte, territoire au cœur des objectifs de la compagnie, qui vise à atteindre 500.000 passagers annuels dans les prochaines années.
« Une chose est sûre : on n’arbitre jamais sur un problème de sécurité. Si l’avion doit se poser, il se pose. Et s’il repart avec les passagers à bord, c’est que tout est fonctionnel et sécurisé », a conclu le président du directoire.
Victor Diwisch


