À l’arrière du collège Bouéni M’Titi, à l’arboretum, dix élèves de troisième sont alignés en uniforme, cinq filles ainsi que cinq garçons. Dans cet établissement de près de 2.000 élèves, ils forment un petit groupe à part : la classe Défense. Une classe engagée cette année dans le Rallye citoyen de l’océan Indien, prévu en avril prochain à La Réunion.
Une étape clé pour un projet collectif
La cérémonie marque une étape importante, celle de la présentation officielle du projet, mené avec la base navale de Dzaoudzi, dans le cadre du trinôme académique qui associe l’Éducation nationale, les armées et l’IHEDN (Institut des hautes études de défense nationale). Le rectorat était représenté par un de ses membres, qui a salué le parcours des élèves et transmis les félicitations de la rectrice pour leur engagement. À Mayotte, ce dispositif existe depuis plusieurs années, et trois classes Défense sont aujourd’hui actives sur le territoire, dont celle de Labattoir.

Ces collégiens ont été sélectionnés à la fin de la quatrième, à travers des critères tels que la motivation, les résultats scolaires, le comportement, mais également l’esprit d’équipe. « On ne les connaissait pas encore, alors on s’est appuyées sur plusieurs critères, et sur une matinée sportive organisée avec la base navale », explique Anrifia Houdi, professeure en charge du projet avec sa collègue Élise Weber. « Ce sont des qualités essentielles pour le vivre-ensemble », insiste les enseignantes. Tout au long de l’année, ces élèves participent à des activités variées comme des sorties à la base navale pour découvrir les métiers et missions de la Marine ou encore des actions citoyennes comme la commémoration du 11 novembre. Aujourd’hui, ces élèves portent l’uniforme grâce au soutien de l’association humanitaire Human Appeal, qui a financé leurs tenues.
Cap sur le Rallye citoyen à La Réunion

En avril, le groupe espère pouvoir se rendre à La Réunion pour participer au Rallye citoyen, un concours qui réunit des classes Défense de tout l’océan Indien. Au programme de cette rencontre, des épreuves sportives, de la culture générale, de l’orientation, ainsi que de la cohésion d’équipe. « Le but n’est pas d’aller le plus vite, mais d’arriver ensemble », précise Élise Weber. Il y a deux ans, la classe de Labattoir avait terminé à la deuxième place.
Mais cette année, rien n’est encore assuré, en effet, le déplacement dépend des financements que pourra récolter l’établissement. Le proviseur, Victor Bakam, ne cache pas les difficultés rencontrées par l’équipe éducative, qui a déjà mobilisé toutes ses ressources pour soutenir le dispositif. « On a fait le maximum. Aujourd’hui, on est un peu face à un mur », reconnaît-il.

Présent dans le collège depuis sept ans, le programme est devenu, selon lui, un projet structurant. « C’est un sentiment de satisfaction, ça grandit, ça gagne en notoriété, et surtout en compréhension des enjeux de la défense nationale », explique le chef d’établissement. Il lance un appel aux partenaires présents sur place et entreprises qui sont prêts à soutenir le projet même dans l’ombre comme le font déjà certains. « Ces élèves sont très engagés, ce sont un peu nos porte-étendards, au sens propre comme figuré ».
Il s’est aussi adressé à ses élèves : « Je vous ai trouvés sensationnels, au top, vous étiez au-dessus. Ma fierté est immense ! », leur a-t-il lancé, saluant leur engagement.
Un lien fort entre jeunesse, armée et territoire

Pour les partenaires présents, l’intérêt du dispositif est clair. Cécile Gaboriau, directrice de la légalité sur la collectivité de Koungou et membre de l’IHEDN océan Indien, souligne notamment la parité au sein de la classe. « Filles et garçons ont autant leur place, les filles sont souvent brillantes mais mises en retrait. Ici, elles sont pleinement engagées ! ».
Du côté de la Marine nationale, le lien avec la jeunesse est vu comme essentiel. « On est souvent concentrés sur nos missions. Ces moments-là nous permettent de renouer avec le monde civil, et surtout avec les jeunes », explique le Maître Principal et commandant adjoint Losq de la base navale de Dzaoudzi.
Les élèves devraient d’ailleurs vivre une expérience marquante dans les prochaines semaines. En mars, un porte-hélicoptères amphibie de la Marine nationale, un très grand navire militaire capable d’embarquer des hélicoptères et plusieurs centaines de personnes, fera escale à Mayotte. Les élèves de la classe Défense devraient pouvoir monter à bord et découvrir le navire. « À l’échelle de Mayotte, l’impact visuel sera impressionnant », souligne le commandant adjoint.

Chez les élèves, l’envie est là, Maëlle, l’une des participantes, ne cache pas son impatience. « On est prêts, psychologiquement, on a le mental et on a hâte de représenter notre collège et notre île. Nous espérons vraiment pouvoir aller à La Réunion ».
Shanyce MATHIAS ALI.


