Liakine, étudiant mahorais, se forme à La Réunion pour continuer à « avancer »

À Saint-Denis de La Réunion, un étudiant en BTS venu de Mayotte raconte ce que signifie partir en stage : retrouver du calme, se concentrer, et continuer à croire en l’avenir, sans renoncer à son île.

Il a le sourire, une élégance discrète et le regard attentif de ceux qui veulent bien faire. À Saint-Denis de La Réunion, Liakine, étudiant de vingt-cinq ans, en deuxième année de BTS au lycée des Lumières de Kawéni, effectue un stage de six semaines. Une parenthèse loin de Mayotte, non pour fuir, mais pour continuer à apprendre et « avancer ».

Six semaines loin de Mayotte 

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Le calme de La Réunion permet à l’étudiant de se concentrer sur son stage et ses futurs projets.

Mardi 20 janvier 2026, dans l’agence de location de véhicules Speed Loc, à Saint-Denis de La Réunion, Liakine attend. « Je n’ai pas l’habitude de faire ça », lâche-t-il, légèrement nerveux, avant d’être rassuré par le cadre posé de l’échange. C’est ici qu’il effectue, pour la deuxième année consécutive, un stage de six semaines dans le cadre de son BTS Gestion de la PME.

« C’est la deuxième année que je viens », explique-t-il. « Ça me permet de découvrir d’autres cultures que Mayotte ». Une expérience précieuse, alors que sa première année d’études n’a pas été de tout repos. Le 14 décembre 2024, le cyclone Chido frappe Mayotte. L’île se relève, lentement. « En venant ici, on retrouve ce qu’on avait perdu à Mayotte », dit Liakine. « Ça nous motive, on retrouve le sourire ».

Ils sont onze étudiants de sa promotion à avoir fait le déplacement cette année, répartis entre Saint-Denis et Saint-Pierre. « Ça permet de ne pas se sentir seul, sans perdre l’objectif de stage bien sûr : acquérir des compétences, apprendre à travailler en équipe, être au service des gens, avancer dans la vie ».

Retrouver le calme pour se concentrer

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Chaque jour, Liakine emprunte le bus à Bandraboua pour aller au lycée à Kawéni, traversant chaque fois toute la zone du Nord de Mamoudzou. Il raconte un quotidien marqué par les jets de pierres et l’insécurité.

Quatre étudiants sont logés à l’hôtel, trois dans un appartement à Saint-Denis, quatre à Saint-Pierre. « On manque de rien. On est logés, on a le petit déjeuner et un repas le soir. On peut sortir, se promener. C’est trop cool, j’ai le sourire ». À La Réunion, Liakine goûte à une forme de tranquillité. « Ici, je me lève le matin et je ne me soucie de rien. Mon stage est à deux pas de l’hôtel. Le soir, je retrouve mes amis, je passe des moments agréables ».

Il compare, sans caricaturer. « À Mayotte, c’est parfois difficile d’aller en cours. C’est un stress permanent ». La semaine précédente, sur quatre jours de formation, il n’a pu se rendre en classe qu’une seule journée, en raison des violences sur les routes. « Le fait de venir ici, ça me permet d’évacuer cette charge mentale. J’aimerais avoir le sourire autant à Mayotte qu’à La Réunion. Mais ici, j’ai un peu plus le sourire ». 

« À Mayotte, à chaque fois, je regarde derrière moi, parfois c’est l’horreur. Ici, je marche tranquille. Les gens sont gentils, tout est tranquille, je suis heureux, je peux me concentrer », poursuit-il, avant de s’excuser de ses mots. « Car si on n’est pas heureux, on ne peut pas être concentré ». 

Apprendre un métier, croire en soi

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Liakine inspecte un véhicule du parc de l’agence à nettoyer avant de le proposer de nouveau à des clients.

Cette concentration retrouvée lui permet d’avancer sur un projet qu’il mûrit depuis plusieurs mois : ouvrir un jour sa propre agence de location de voitures à Mayotte. Conseillé par ses professeurs, il choisit d’effectuer un stage dans une structure similaire. « Je voulais savoir comment ça fonctionnait. Ici, je fais des contrats de location, des devis, je rédige des mails, je gère le planning. Je touche un peu à tout ».

Dans l’agence, Moussa, salarié et originaire de Combani, confirme. « C’est vraiment un bon stagiaire. Il gère les contrats, les entrées et sorties de véhicules, les devis, les mails, même les contraventions quand un client a un problème ».

Le parcours de Liakine n’a pourtant rien d’évident. Élevé par sa mère, avec son frère, à Bandraboua, au nord de Mayotte, il confie avoir connu des moments de doute. « J’avais perdu confiance en moi. Je n’étais plus très concentré, ni motivé ». Deux enseignants l’encouragent alors à tenir. « Ils m’ont fait comprendre que j’avais du potentiel. Aujourd’hui, je n’ai plus peur de m’exprimer, d’être qui je suis ». 

Ceux qui partent, ceux qui restent

Ces mobilités restent néanmoins strictement encadrées. Sabah Lameche, conseillère de la rectrice de Mayotte pour la formation professionnelle et directrice du GIP FCIP, rappelle que l’accès à ces dispositifs dépend du statut administratif des élèves. « Pour les mineurs, la loi n’exige pas qu’ils soient en règle sur le territoire pour partir en mobilité : une simple pièce d’identité suffit. Nous collaborons avec la préfecture pour obtenir des visas collectifs », précise-t-elle. Ces situations restent toutefois exceptionnelles : un à cinq visas collectifs seulement sont délivrés chaque année. « Pour les majeurs, seuls ceux disposant d’une pièce d’identité française ou d’un titre de séjour autorisant la sortie du territoire peuvent bénéficier de ces mobilités ».

Grâce à son statut, Liakine peut suivre un stage, voyager et profiter des dispositifs réservés aux étudiants de Mayotte. Ce n’est pas le cas de tous ses camarades, pour qui des obstacles administratifs limitent l’accès à la formation hors de l’île.

Ce cadre légal laisse ainsi de côté certains étudiants pleinement investis dans leurs études. Liakine pense notamment à un camarade de promotion, dont nous avions relaté le parcours, étudiant sans papiers, brillant et régulièrement classé parmi les meilleurs. « C’est quelqu’un de très intelligent, très sérieux. On a besoin de gens comme lui dans la société », insiste-t-il. Entravé dans sa liberté de circulation et exposé à des contrôles d’identité, son parcours scolaire s’est trouvé fragilisé.

« On a tous notre chance », conclut Liakine, sans colère ni revendication. Une phrase simple, à hauteur d’étudiant, qui rappelle la frustration de voir certains talents restés en marge non par manque de capacités, mais en raison de barrières administratives, risquant de freiner le potentiel de développement de l’île.

Pour Liakine, l’avenir reste ouvert. Il souhaite intégrer une licence professionnelle en comptabilité, avant, peut-être, de devenir expert-comptable. Où ? « Normalement à Mayotte, parce que j’aime mon île. Même si je m’y sens parfois en insécurité, je ne veux pas l’abandonner », mais rien n’est encore sûr. « Peut-être à La Réunion ou en métropole, si je ne trouve pas la formation que je veux ».

Avant cela, il lui faudra rentrer à Mayotte. « J’avais presque pas envie que le stage commence, parce que je savais que le temps passerait trop vite et que ce serait déjà la fin ». D’ici là, Liakine s’attache à l’essentiel : apprendre un métier, accumuler de l’expérience, et laisser l’avenir se dessiner, pas à pas.

Mathilde Hangard

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