Sécurité au travail : 50 intérimaires du BTP formés aux fondamentaux pour mieux se protéger et protéger les autres

Du 5 au 15 janvier, Mission Formation, sollicitée par Randstad, va formé 50 intérimaires du BTP aux fondamentaux de la sécurité et à prévenir les risques. Le but est aussi de regagner confiance et savoir oser refuser les situations dangereuses.

Jusqu’au 15 janvier, Mission Formation, spécialisé dans la formation des intérimaires, organise à Passamaïnty plusieurs sessions du Passeport Sécurité Intérimaires (PASI) pour le compte de Randstad Mayotte. Une première dans le département et région, qui bénéficiera à plus de 50 intérimaires.

Des ateliers pour apprendre les risques et des retours d’expériences

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A travers différents ateliers et en utilisant plusieurs équipements, les stagiaires peuvent voir concrètement les dangers d’une mauvaise sécurité.

Ces sessions de deux jours, mises en place à l’initiative de l’organisation professionnelle des entreprises du BTP (EGF), ont pour objectif de valider les compétences fondamentales en matière de sécurité sur les chantiers. Grâce à des ateliers pratiques et ludiques utilisant du matériel de chantier, les stagiaires sont sensibilisés aux principaux risques et accidents récurrents dans le BTP et les travaux publics.

Valable dix ans, le PASI constitue un véritable atout pour les intérimaires souhaitant intégrer une entreprise du BTP par le biais de l’intérim. En complément, les participants suivent également des formations spécifiques aux travaux en hauteur, au port du harnais, ainsi qu’à l’AIPR (Autorisation d’intervention à proximité des réseaux), des compétences indispensables pour intervenir en toute sécurité sur les chantiers.

La formation s’articule autour de dix grands axes de prévention, allant de la vie sur le chantier et des déplacements, à l’utilisation des engins et véhicules, aux travaux en hauteur ou à proximité des voies de circulation, en passant par l’élingage, la gestion des énergies, l’usage des outillages électroportatifs, la stabilisation en phase provisoire et la prévention du risque d’ensevelissement.

Mais Bruno Bouton-Rodriguez, gérant de Mission Formation, s’appuie largement sur les retours d’expérience des stagiaires. Les échanges partent de situations réellement vécues sur les chantiers, afin d’apporter des réponses concrètes, aussi bien pour prévenir les accidents que pour savoir comment réagir lorsqu’ils surviennent, mais aussi après.

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Bruno Bouton-Rodriguez, en session de formation avec quatre stagiaires.

« J’entends tous les types d’accidents, plus ou moins graves, et très souvent liés à une simple négligence. Une personne monte sur une échelle adossée à un poteau électrique, tout le monde sait que ça va basculer, et pourtant elle tombe de cinq mètres avec des blessures irréversibles. Dans un autre cas, quelqu’un est sur son téléphone, un engin recule et lui casse la clavicule… », raconte-t-il.

Selon les données de l’Assurance Maladie (en 2018), le BTP représente près de 14% de l’ensemble des accidents du travail, malgré une part moindre dans l’emploi total, et plus de 19% des accidents mortels nationaux. Les causes les plus fréquentes sont les chutes de hauteur ou de plain-pied, les manutentions lourdes, ou encore les blessures liées à l’outillage et aux engins de chantier.

Ce mardi 13 janvier, quatre stagiaires ont terminé leur formation. « On m’a demandé plusieurs fois de conduire un tractopelle alors que je ne l’avais jamais fait. Je me suis dit que ça allait m’apporter un plus, même si je suis conscient du danger. Donc je l’ai fait », remarque Mohamadi-Riziki Abdou, 43 ans, maçon VRD. « Cette formation nous remet en question, nous fait réfléchir, et surtout nous rappelle que si un accident arrive, il sera trop tard pour se préparer ».

Savoir dire « non » pour se protéger des situations dangereuses

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Pour beaucoup d’ouvriers, refuser une tâche ou un travail peut être mal perçu, quitte à se mettre en danger.

Beaucoup de travailleurs du secteur ne savent pas dire non à leurs supérieurs. Accélérer le chantier, donner un coup de main pour être bien vu, remplacer un collègue absent ou multiplier les tâches pour limiter les embauches… tous les prétextes sont bons pour certaines entreprises souhaitant réduire les coûts. Et c’est la sécurité qui est négligée.

« Dès que j’arrive au chantier, je vois beaucoup de gens qui ne savent pas comment faire ce qui est demandé », note Ibrahim Ali, 29 ans, qui travaille dans les enrobés de voiries. « Souvent, on n’ose pas dire qu’on n’y arrive pas, par peur des remarques des collègues ou des supérieurs ».

Une gêne que Bruno Bouton-Rodriguez veut voir disparaître. « Il faut savoir dire non quand une tâche ou une situation est dangereuse. En tant qu’intérimaires, vous êtes salariés de Randstad : si le patron a un problème, il doit le régler avec l’organisme de formation et pas vous le reprocher. Quand vous prenez votre poste, gardez en tête votre mission principale », appuie le formateur. « Certains intérimaires à Mayotte ne comprennent pas le français et ont peur de dire non ou accepte tout. Ils se mettent ainsi en danger. Il faut briser cette gêne, il ne faut pas avoir honte si on n’a pas compris quelque chose ».

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La formation permet d’acquérir le PASI, d’apprendre les fondamentaux et de redonner confiance.

Selon la DEETS Mayotte, près de 15 % des accidents graves et mortels surviennent au cours des trois premiers mois d’embauche, et un quart des accidents concernent des salariés ayant moins d’un an d’ancienneté.

Dans certaines situations, les entreprises ne sont pas équipées pour les travaux demandés, mettant directement les ouvriers en danger. « Je vois souvent une seule personne utiliser une nacelle alors qu’il en faudrait deux », illustre Bruno Bouton-Rodriguez. « Ces détails semblent anodins, mais ils font la différence pour rentrer en vie après sa journée de travail ».

Les stagiaires apprennent également à sécuriser les travaux pour les tiers, les riverains et les passants. À Mayotte, un chantier sur la voirie concerne directement beaucoup de monde. « Quand on fait de l’enrobé, il y a des machines et parfois des piétons passent à côté. Certains négligent l’utilisation des panneaux pour avertir, c’est dangereux », souligne Ibrahim Ali.

Des salariés non-formés susceptibles d’être lésés 

Si un accident survient, certains employeurs peuvent être tentés de ne pas le déclarer pour limiter l’impact sur leur cotisation AT-MP ou préserver leur réputation. Mais cette pratique comporte de vrais risques : amendes pouvant atteindre 7.500 euros et, en cas de blessures graves ou de décès, peines de prison pour mise en danger ou homicide involontaire.

Certains employeurs peuvent être tentés de ne pas déclarer les accidents du travail. Un risque pour les salariés.

Pour le salarié lésé, la non-déclaration se traduit par un accès réduit aux droits et aux soins. Il peut ne pas bénéficier de la prise en charge à 100 % des soins, des indemnités journalières ou d’une pension en cas d’invalidité, laissant parfois la victime entièrement à sa charge.

En France, en 2024, près de 549.614 accidents du travail ont été recensés chez les salariés du régime général, dont 764 décès, incluant 22 jeunes de moins de 25 ans. À Mayotte, aucune donnée publique récente et précise sur les accidents du travail, y compris dans le BTP, n’est disponible.

Le dernier exemple tragique remonte à samedi 10 janvier, lorsqu’un salarié est décédé après avoir eu la main écrasée par une machine sur le site de la carrière IBS à Kangani, malgré l’intervention rapide des secours.

Victor Diwisch

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