Il était 4 h 47, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, quand le Piton de la Fournaise a décidé de souhaiter la bonne année à sa manière. Pas de feu d’artifice officiel, mais une crise sismique suffisamment claire pour pousser la préfecture de La Réunion à déclencher l’alerte 1 du plan ORSEC Volcan. L’éruption n’est pas encore là, mais le magma, lui, est déjà en route.
« Le magma se propage vers la surface »

Le Piton de la Fournaise n’aime pas les faux départs. Après une montée en pression fin novembre, suivie d’un passage en alerte début décembre sans concrétisation éruptive, le volcan semblait s’être rendormi. L’enclos avait rouvert, les randonneurs repris leurs habitudes, et la surveillance scientifique continuait en sourdine.
Mais à l’aube de 2026, le scénario s’est répété, presque à l’identique. Dans un communiqué diffusé au petit matin du 1er janvier, la préfecture de La Réunion annonce que « l’Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise (OVPF) relève une crise sismique depuis 4 h 47 ». Un signal sans ambiguïté pour les volcanologues : « Cela signifie que le magma est en train de quitter le réservoir magmatique et se propage vers la surface ».
Conséquence immédiate : « Une éruption est donc probable à très brève échéance, dans les prochaines minutes ou heures ». Une temporalité volcanique qui laisse peu de place à l’improvisation, surtout un jour férié. Ce type de crise n’est pourtant pas exceptionnel au Piton de la Fournaise, l’un des volcans les plus actifs de la planète. Il arrive que le magma s’invite à la porte sans jamais franchir le seuil, comme en décembre. Mais chaque tentative rappelle que le volcan reste sous pression, au sens propre comme au figuré.
Alerte 1, enclos interdit au public

Face à ce réveil nocturne, l’État a appliqué sans délai le protocole prévu. Le préfet a décidé de déclencher la phase d’alerte niveau 1 « éruption probable ou imminente » du dispositif spécifique ORSEC Volcan, « à compter de ce jour 06 h 00 », précise le communiqué préfectoral.
Dans la foulée, les mesures de sécurité ont été renforcées. « L’accès du public à l’ensemble de l’enclos du piton de la Fournaise (partie haute, partie basse, grandes pentes) est interdit jusqu’à nouvel ordre », indique la préfecture, que ce soit « depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier ». La route nationale 2, axe stratégique de l’île, reste en revanche ouverte à la circulation.
Sur le terrain, « la gendarmerie nationale et l’Office national des forêts sont mobilisés pour assurer la mise en œuvre et le respect de ces mesures de sécurité ». Une organisation bien huilée, fruit de décennies de cohabitation avec un volcan aussi fascinant qu’imprévisible. En ce 1er janvier 2026, le message est clair : à La Réunion, l’année débute sous étroite surveillance, et si éruption du Piton il y a, elle n’aura pas besoin de compte à rebours.
Mathilde Hangard


