CoupuresD'eau

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Comment les habitants et les communes de l’île se préparent

Face aux 96 heures de coupures d’eau que vont connaître le Centre et le Sud de Mayotte à partir de ce mercredi, les habitants et les municipalités s’organisent. Beaucoup d’incertitudes demeurent sur le plan logistique, difficile donc pour les communes de savoir comment bien se préparer.

Abou Chihabi, habitant de Chiconi a investi dans une cuve qu’il partage avec ses voisins.

“C’est long mais c’est une question d’organisation”

 

A Chiconi, sur un stand de bruschettis, vendredi dernier, les clients appréhendaient avec beaucoup de philosophie les coupures d’eau de quatre jours. “C’est long mais c’est une question d’organisation”, estime Sara, 26 ans, mère de deux enfants. Elle dispose de cuves dans plusieurs pièces de la maison, notamment dans les toilettes et la cuisine. “L’eau à boire on l’achètera. Cela fait un coût mais on n’a pas le choix”, dit-elle en haussant les épaules. La jeune femme a déjà commencé à acheter des bouteilles d’eau. “Dans les jours à venir les magasins seront dévalisés donc on a déjà commencé à faire notre stock”. Derrière elle dans la file du brushettis, Abou Chihabi n’est pas plus préoccupé que cela non plus. “On a déjà subi Chido, il n’y a pas pire que ça, il faut garder notre patience”. Sur son terrain, il a installé une réserve d’eau qu’il partage avec ses voisins.

“Un adulte sait économiser l’eau mais pas les enfants”

Inayat Ali, une habitante de Mangajou, est pour sa part inquiète : “Ça fait peur ! Avec des enfants les coupures c’est dur, surtout au niveau de l’hygiène. Un adulte sait économiser l’eau mais pas les enfants. Quand mon fils va faire un match, au retour il veut se laver”. Pour que la famille de 6 personnes ait assez d’eau, ils ont installé des seaux et des grandes bassines de part et d’autre de la salle de bain pour faire des réserves. Le bac à déchets sert même de contenant supplémentaire. De leur côté, les municipalités du Sud et du Centre de Mayotte essaient de se préparer tant bien que mal aux prochaines semaines. Huit communes sont concernées par des coupures de 96 heures : Chiconi, Chirongui, Sada, Ouangani, Dembéni, Bandrélé, Bouéni et Kani-Kéli.

La salle de bain d’Inayat Ali est remplie de bassines pour tenir les quatre jours, même le bac à déchets sert à recueillir l’eau

Les écoles pourront-elles ouvrir ?

L’incertitude principale concerne les écoles. Pourront-elles ouvrir ? Si les travaux de l’usine d’Ouroveni ont lieu pendant les deux semaines de vacances scolaires, sur le planning des tours d’eau de la Société mahoraise des eaux (SMAE), les coupures de quatre jours commencent quelques jours avant. Ils débutent le mercredi 8 octobre, soit trois jours avant le début des vacances scolaires. Difficile de les imaginer ouvertes sans eau. Néanmoins, à Bandrélé, la municipalité a eu “l’assurance par la SMAE que les écoles auront de l’eau jusqu’au dernier jour”, affirme François Delaroque, le directeur général des services de la mairie. A Chiconi, le syndicat Les Eaux de Mayotte (LEMA) a indiqué que “des citernes seront mises à disposition pour remplir les cuves dans les écoles qui ne sont pas connectées au chemin de l’eau”, explique Madi-Boinamani Madi Mari, le directeur général des services de la commune. Concernant les aspects pratiques et logistique, le DGS ignore tout de l’organisation. “On nous a dit qu’on aura des citernes dans les écoles mais quand seront-elles amenées ? Comment ? A quelle heure ? Nous n’avons pas ces informations”.

Des rampes d’eau mises en service

La Société mahoraise des eaux a indiqué aux deux communes que des rampes d’eau seront alimentées pendant les coupures

A Chiconi, elles seront quatre en service (trois à Chiconi et une à Sohoa). La commune de Bandrélé va disposer du renfort de deux citernes qui seront positionnées dans deux villages. C’est trop peu pour la municipalité. “Nous craignons que les rampes d’eau et les citernes soient en nombre insuffisant”, s’inquiète le directeur général des services. Les deux Villes vont distribuer des bouteilles aux publics les plus vulnérables, les personnes âgées, celles en situation de handicap, les femmes enceintes. Quant aux établissements recevant du public, pour l’heure les municipalités ignorent s’ils pourront rester ouverts normalement ou bien avec des horaires aménagés. “Pour le Centre social et la médiathèque, nous allons devoir revoir les heures d’ouverture, nous avons des cuves mais elles ne vont pas tenir quatre jours”, observe François Delaroque. Situation similaire à Chiconi où la mairie pourrait être fermée, le bâtiment dispose d’une cuve de 2.000 litres mais cela risque d’être insuffisant pour durer quatre jours. A quelques jours de la coupure, les municipalités naviguent donc à vue. Contactée la SMAE n’a pas répondu à nos sollicitations.