Job dating, un anglicisme pour évoquer une 1ère rencontre entre les entreprises en recherche de collaborateurs et les demandeurs d’emploi. Le concept est simple : des stands représentant des entreprises, divers organismes d’insertion et de formation, que viennent visiter les jeunes et moins jeunes en recherche d’emplois.
Certains ont été envoyés par le Centre communal d’action sociale (CCAS) de Koungou, d’autre par Pôle emploi, certains sont diplômés, d’autres pas, un mélange hétéroclite voulu par le jeune Istizade Bina, président fondateur de Mayotte Entraide Étudiants (M2E), organisateur de l’événement. Notamment financé par l’Etat et les CCAS de Koungou et Bandraboua : « Nous avons déjà accompagné 53 jeunes diplômés ou non en 2022, il faut davantage de dynamisme. Les entreprises peuvent prendre des stagiaires, c’est une première expérience, et ça peut les remettre dans le circuit. Pareil pour les services civiques. »
Le Medef exhorte de son côté les jeunes à faire « preuve de motivation », par la voix de Samira Aït Abdeslam, Responsable régionale Emploi et Formation au Medef Mayotte : « Aujourd’hui, il y a des dispositifs pour que les entreprises soient financièrement accompagnées, comme les emplois francs, les emplois aidés, pour recruter des demandeurs d’emploi envoyés par Pôle emploi ou la Mission locale. Mais je m’adresse aux jeunes, montrez aux entreprises que vous voulez vous engager dans une voie professionnelle, saisissez toute expérience que l’on vous propose, surtout ne restez jamais sans rien faire. Et pour ceux qui sont sans diplômes, vous pouvez être formés en interne, ne baissez pas les bras. J’aimerais entendre un cri de guerre du style, ‘on est capables !’ ».
Formés sans objectif défini
La représentante du Medef se réjouissait de l’initiative et surtout de sa forme : « J’ai assisté à de nombreux job dating, mais c’est la première fois qu’un public hétéroclite se présente, certains diplômés, d’autres en formation diplômante, tant mieux, car beaucoup d’entre vous sont invisibles, nous ne savons pas comment vous toucher ». C’est d’ailleurs avec impatience qu’elle s’apprêtait à s’installer à son stand et recevoir les jeunes, « le Medef est là aussi pour coacher les jeunes diplômés. C’est pourquoi nous finançons l’association M2E grâce à un mandat de gestion national, qui a été utilisé pour accompagner Emanciper Mayotte à hauteur de 10.000 euros ou pour un même montant, le déplacement des jeunes des Lumières à Sciences Po Paris ».
Face à elle, s’assied Ben, diplômé d’un bac Technologie, option Mercatique, qui a également en poche un certificat de matelot pont, « je ne sais pas vraiment vers quoi m’orienter », lance-t-il. Première dans la file d’attente, Saandati, a décroché l’année dernière une Licence en Sciences de la Terre, « je recherche plutôt à travailler dans l’administratif du secteur des BTP ».
« Inégalité générationnelle »
C’est un jeune élu qui avait pris la parole peu de temps avant, Immadou-Eddine Mikidadi, 3ème adjoint de Bandraboua, qui revenait sur l’état d’esprit de la jeunesse: « Notre époque traduit une inégalité générationnelle qui porte les jeunes à estimer qu’ils vivent moins bien que leurs parents. Ils connaissent le chômage, de multiples CDD, d’un autre côté, beaucoup restent motivés. »
De fait, parmi les arrivants au Job dating de ce jour des jeunes femmes qui avaient la trentaine, dont beaucoup souhaitaient s’orienter vers l’aide à domicile. Fazila, titulaire d’un CAP d’Aide à domicile cherche du travail depuis un an, sa régularisation administrative récente devrait aider, Fatoumia, se dirige vers la même voie, bien qu’ayant suivi une formation à la restauration à Coconi, Anthulati, 32 ans, ou Hanati, 23 ans, idem. L’association Tifaki Hazi se préparait à être prise d’assaut, « nous avons maintenant une branche Tifaki Zema spécialisée dans le service à la personne », nous expliquait Rayina Ibrahim, Responsable Pôle accompagnement.
Autre secteur demandé, le commerce, comme le mentionne le représentant de l’Adie, « c’est essentiellement notre cœur de cible quand nous accompagnons les porteurs de projets, ils frappent à notre porte pour créer leur commerce, et beaucoup de nos mamans veulent se structurer. »
Des dizaines d’offres d’emploi sont affichées sur le portail de sortie, pour tous ceux qui n’auraient pas trouvé leur bonheur au sein du Job dating, d’ailleurs, deux postes sont vacants à l’Adie !
Anne Perzo-Lafond