Le secteur agricole mahorais franchit une nouvelle étape dans sa structuration avec l’inauguration du nouveau bâtiment de l’Union des Coopératives Agricoles de Mayotte (UCOOPAM). Fonctionnel depuis octobre 2025, cet équipement accueille et fédère plusieurs coopératives et structures agricoles locales, principalement implantées dans le centre du territoire, sur les communes de Tsingoni et de Combani. On y retrouve notamment la filière fruits et légumes portée par la Coopac, la filière laitière Uzuri Wa Dzia – qui disposera de sa propre laiterie sur site –, mais aussi les activités de transformation autour du chocolat et du café avec Le Banga au Chocolat, celles liées à la vanille et aux épices avec l’association Saveurs et Senteurs de Mayotte, ainsi que les chantiers agricoles d’Agrikagna.
Des infrastructures au service de la qualité, de la compétitivité et de la transparence

Avant les prises de parole des partenaires institutionnels – parmi lesquels le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, la vice-présidente du Département Bibi Chanfi, le maire récemment réélu de Tsingoni Issilamou Hamada, ou encore le délégué interministériel à la souveraineté agricole des Outre-mer Guillaume Vuilletet – des stands ont permis de mettre en valeur les produits locaux et le savoir-faire des différentes filières. D’un montant total de 5 millions d’euros, le bâtiment a été financé à 90 % par des fonds européens. Il offre désormais aux producteurs des infrastructures modernes, comprenant un quai de réception, des chambres froides, des espaces de stockage et des dispositifs de contrôle qualité. Le bâtiment intègre également une partie commerciale avec le magasin Kanya Ya Maoré, permettant de valoriser les produits locaux, de renforcer leur qualité et leur compétitivité, tout en diversifiant les activités des coopératives.
Pensé il y a plus de dix ans, le projet a connu plusieurs retards, notamment liés au cyclone Chido. La question du foncier a constitué un enjeu majeur : le terrain, appartenant au Département-Région de Mayotte, n’a pu être mobilisé qu’en 2020, après une première demande formulée en 2015. Cinq années supplémentaires ont ensuite été nécessaires pour finaliser le montage financier et concrétiser cette infrastructure aujourd’hui opérationnelle.
Les fonds européens au cœur du projet

« J’ai envie de vous dire : enfin ! Enfin c’est ouvert, enfin ce bâtiment est accessible ! », a insisté François-Xavier Bieuville. « Cette infrastructure est le fruit d’une intelligence collective mais avec du supplément d’âme ! Il a fallu rassembler autour de la table des acteurs qui ont joué un rôle important, comme l’Assemblée de Mayotte et la mairie pour obtenir le foncier, qui est un véritable enjeu ici à Mayotte, et sans lequel rien n’aurait été fait. Les fonds européens ont été mobilisés avec 3,9 millions d’euros pour faire sortir de terre le bâtiment, et il y a eu également une subvention de 1 million d’euros du ministère des Outre-mer. Mais rien n’aurait pu être fait sans l’ensemble des agriculteurs. C’est cette intelligence collective à Mayotte qui est gagnante ».

« Aujourd’hui, ce sont 105 agriculteurs qui sont engagés dans cette structure. Ils en sont tous copropriétaires, et ils en sont très fiers », souligne Laurent Guichaoua, président de l’UCOOPAM, ému, au moment d’inaugurer la structure. « Grâce à ce bâtiment les conditions de travail sont nettement améliorées, et il nous offre la possibilité de structurer les filières et contribuer à la souveraineté alimentaire de Mayotte ». Sur le territoire, une large partie des aliments consommés proviennent toujours des importations, tandis que moins de 1 % des productions locales sont aujourd’hui commercialisées via des filières structurées – un chiffre que les acteurs agricoles souhaitent porter à 20 % avec des outils comme cette nouvelle plateforme.
Un bâtiment modèle pour structurer l’agriculture de demain

« Ce bâtiment est un aboutissement, mais aussi un point de départ », a ajouté Laurent Guichaoua. « Nous voulons accueillir encore plus d’agriculteurs dans la structure et continuer à développer l’agriculture via le jardin mahorais. Il faut préserver ce modèle traditionnel, tout en le documentant et en le rendant plus rentable, notamment pour les jeunes générations. Nous devons aussi améliorer la transformation des produits pour pouvoir créer des stocks pendant les périodes creuses, hors saison des pluies ».
Une vision partagée par le préfet qui a rappelé l’importance de combiner le développement de l’agriculture avec le développement du territoire. « Le travail n’est pas terminé. Il reste de nombreux chantiers, notamment autour de l’accessibilité des jardins mahorais. Certaines zones sont encore difficiles d’accès, et il faudra continuer à améliorer cela. Il faudra aussi se projeter vers l’avenir avec les grandes infrastructures à venir, comme l’aéroport du Nord tout en préservant et développant nos terres agricoles et travailler sur la recherche de compensation pour les agriculteurs touchés ».

« L’objectif est de structurer les filières au-delà du jardin mahorais, avec la mise en place de serres agricoles et d’unités de transformation. Ainsi, nous pourrons compléter le modèle existant et renforcer la souveraineté alimentaire, en combinant production traditionnelle et extensives à des méthodes intensives », poursuit le préfet.
« Ce projet est formidable et prometeur et le but est que chaque intercommunalité possède un tel lieu de production, de transformation et de redistribution. On connaît tous la qualité des fruits et légumes de Mayotte, de bons produits et des produits sains, c’est cette qualité-là que nous attendons ».
Victor Diwisch


