À première vue, le conflit que se joue à l’heure actuelle au Moyen-Orient semble loin de Mayotte. À l’aéroport de Mayotte-Marcel-Henry, les avions décollent et atterrissent à l’heure, les routes aériennes empruntées par les compagnies reliant l’île à l’océan Indien ou à l’Europe restant éloignées des zones de conflit. Mais derrière cette apparente normalité, les professionnels du transport restent attentifs aux effets indirects de la crise : hausse possible du prix du carburant, vulnérabilité logistique et impossibilité d’utiliser l’aérien pour remplacer un transport maritime bloqué dans le détroit d’Ormuz.
Un trafic aérien épargné, à ce stade

À l’aéroport de Mayotte, le conflit au Moyen-Orient ne se traduit pas, pour l’instant, par des perturbations visibles. « Aujourd’hui, la guerre n’a aucune incidence véritablement mesurable sur le trafic », explique Jonathan Ajavon, délégué territorial de l’aviation civile à Mayotte, interrogé par notre rédaction, jeudi 5 mars. « Tous nos avions décollent et atterrissent sans aucun problème ».
La raison est avant tout géographique. Les avions reliant Mayotte aux autres destinations de l’océan Indien ou à la métropole n’empruntent pas les couloirs aériens directement concernés par les tensions militaires. Les rotations régionales vers Madagascar, les Comores ou La Réunion, mais aussi les liaisons vers la France ou le Kenya, continuent donc de fonctionner normalement.
« Tous les vols au départ de Mayotte partent et reviennent à l’heure », confirme-t-il. Dans un territoire insulaire où l’avion constitue souvent le principal lien avec l’extérieur, cette stabilité est un signal rassurant.
La prudence reste de mise
Toutefois, la situation n’est pas totalement figée. il y a une dizaine de jours, un léger incident a illustré des précautions prises par certaines compagnies aériennes face à l’évolution du conflit. Quatre passagers qui devaient rejoindre Dubaï depuis Mayotte n’ont finalement pas embarqué le dimanche 1er mars. Leur itinéraire prévoyait une correspondance à Nairobi avant de rejoindre les Émirats arabes unis.
Par prudence, la compagnie Kenya Airways a préféré anticiper. Les passagers ont été informés en amont qu’ils ne pourraient peut-être pas poursuivre leur voyage vers Dubaï. Pour éviter de les laisser bloqués au Kenya dans un contexte incertain, la compagnie leur a conseillé de ne pas se rendre à l’aéroport. L’épisode reste marginal mais révèle l’extrême vulnérabilité du transport aérien face à ces tensions géopolitiques.
L’impossible relais du fret maritime

Si le trafic passagers reste stable, une autre question se pose déjà : l’avion pourrait-il remplacer la mer si les routes maritimes venaient à se bloquer ? La réponse est claire. « Non, matériellement nous n’avons pas la possibilité d’absorber du fret maritime sur la zone aéroportuaire », tranche encore le délégué territorial. Les infrastructures de Mayotte ne sont tout simplement pas dimensionnées pour gérer un tel volume. Ni les capacités logistiques, ni les effectifs, ni les espaces de stockage ne permettraient de traiter l’équivalent de cargaisons maritimes.
La seule expérience comparable remonte à l’après-catastrophe provoquée par le cyclone Chido, le 14 décembre 2024. Un pont aérien exceptionnel avait alors été mis en place entre La Réunion et Mayotte, avec l’appui de l’État et de l’armée. Mais l’opération reposait sur des moyens extraordinaires et concernait uniquement du fret aérien. « Aujourd’hui, nous n’avons ni les moyens logistiques, ni les moyens humains, ni la place pour stocker du fret maritime », insiste-t-il.
Le carburant, principal facteur de risque

L’impact le plus probable du conflit pourrait finalement se jouer ailleurs : dans le prix de l’énergie. Le transport aérien dépend étroitement du coût du carburant, lui-même lié aux fluctuations du marché pétrolier. « Dès lors que le prix du carburant augmente, le prix du billet d’avion augmentera », observe Jonathan Ajavon. Le carburant représente une part considérable des coûts d’exploitation des compagnies aériennes.
À court terme, la situation reste néanmoins sous contrôle. Les stocks disponibles à Mayotte permettraient de tenir environ trois semaines, et ils ont été constitués avant le début de la guerre au Moyen-Orient. Mais l’île présente déjà une particularité : le kérosène y est plus cher que dans la plupart des autres îles de l’océan Indien. « Les compagnies prennent du carburant à Mayotte uniquement si c’est nécessaire », explique-t-il. La plupart ne font que le minimum requis pour rejoindre la destination suivante. Certaines préfèrent même se ravitailler ailleurs. « Aucune compagnie ne fait vraiment le plein à Mayotte car c’est plus cher qu’à La Réunion, qui se trouve à seulement deux heures de vol », précise Jonathan Ajavon.
Vers une hausse du prix des billets d’avion dès le mois d’avril prochain ?
La configuration même de l’aéroport de Mayotte limite aussi les possibilités : la piste extrêmement courte oblige les avions long-courriers à décoller plus légers, réduisant la quantité de carburant qu’ils peuvent embarquer. Ainsi, si le conflit au Moyen-Orient se prolonge et entraîne une hausse des prix du pétrole, du kérosène et des autres ressources stratégiques transitant par la région, le coût des billets d’avion pourrait s’envoler dès le mois d’avril, mettant sous pression les voyageurs et l’économie locale et provoquant une flambée générale des tarifs sur l’île.
Mathilde Hangard


