Peindre pour se reconstruire : 11 femmes témoignent à travers leurs œuvres à la Bibliothèque de Cavani

À partir de ce samedi 7 mars, 11 femmes accompagnées par l’Acfav France Victimes 976 exposent leurs peintures à la Bibliothèque départementale de Cavani. Le vernissage sera l’occasion d’un moment artistique et d’échanges avec les artistes autour de leurs vécus et de leurs parcours, pour continuer à libérer la parole — avec des mots, mais aussi avec des pinceaux.

Fleurs, coquillages, collages, représentations abstraites aux multiples couleurs…, ce samedi 7 mars, 11 femmes dévoileront les secrets de leurs peintures, les messages qu’elles transmettent et les histoires qu’elles illustrent, à travers l’exposition « Encre et Peinture au Féminin », à la Bibliothèque départementale de Cavani, de 10 h à 12 h. Un rendez-vous qui s’inscrit dans le Printemps des Poètes et la célébration des droits des femmes, dont la journée internationale est célébrée, selon l’appellation de l’ONU, ce dimanche.

Des oeuvres réalisées en 2024 pendant 6 semaines lors d’ateliers proposés par l’Acfav (Association pour la Condition Féminine et l’Aide aux Victimes) France Victimes 976 Mayotte, organisatrice de l’évènement grâce au financement d’Inner Wheel, avec l’aide et le savoir-faire de l’artiste peintre Juliette Botolava.

Derrière chaque tableau, une histoire

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Pleins de couleurs et de collages, ces tableaux représentent tous un parcours de vie, entre passé, présent et futur.

« Nous avons mis ces ateliers en place afin d’accompagner les femmes dans notre accueil de jour, en plus du suivi psychologique, et cela s’est très bien passé », explique Volarova Scott, qui a participé à l’entiéreté du projet, ce jeudi 5 mars, au moment d’installer les peintures avant le vernissage, samedi. « Au-delà de la création artistique, les tableaux représentent le vécu de ces femmes, leurs vies, leurs parcours, leurs douleurs mais aussi leurs forces. Ils ont chacun leur histoire ».

« Lorsqu’on est ou qu’on a été victime de violences, on a du mal se relever. Les choses qu’on est habitué de faire deviennent difficiles voire impossibles. Par exemple lorsqu’on veut cuisiner on est là à côté du plan de travail mais notre cerveau est en mode protégé et on peut se retrouver bloquée », poursuit la salarié de l’Acfav.

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Les ateliers ont permis de créer des liens, voire une « vraie famille » pour certaines femmes (ACFAV).

Ces ateliers ont permis à ces femmes de s’exprimer pleinement, de laisser cours à leur imagination, sans contraintes ni peurs. Une sorte de thérapie par la peinture, afin de réussir progressivement à tourner la page des violences et des traumatismes. « On a beaucoup pleuré, rit, il y a eu énormément d’émotions. C’était très intense qu’il a même fallu faire des pauses pour laisser les esprits se calmer », confie Volarova Scott, émue et fière de ces moments partagés.

« Tout cela sera expliqué samedi par les artistes : la réalisation des tableaux, leurs parcours personnels et leurs situations actuelles », ajoute-t-elle. L’occasion de sensibiliser le grand public, mais aussi de tendre la main à celles et ceux qui traversent des situations de violence. « Ces témoignages permettent de montrer aux autres victimes qu’elles ne sont pas seules dans cette situation et dans ces épreuves. L’idée est de dire qu’on ne peut pas effacer ce qu’on a vécu, mais que l’on peut avancer ».

Des peintures qui tissent des liens et redonnent confiance

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Pour Vanella, les ateliers peintures lui ont permis de s’exprimer et d’oser raconter son histoire.

C’est le cas de Vanella, 23 ans, qui a réalisé un tableau dans le cadre du projet. Avec différentes strates de couleurs, blanc, bleu, brun et noir, mais aussi une signature jonchée d’une étoile rouge, et quelques pointes de vert. « Ce tableau représente l’évolution de ma vie et tout le chemin parcouru. Une comparaison entre ma situation d’aujourd’hui et celle d’avant », relève la jeune femme.

« Je ne pensais pas du tout qu’un jour j’aurais eu l’opportunité de parler de mon histoire, de ce que j’ai traversé. Ces ateliers m’ont fait du bien, ils m’ont donné la force de le faire et aujourd’hui je suis fière de moi de pouvoir partager mon vécu et notamment à travers ce tableau ! », continue Vanella. Une expérience qui a lui a permis de créer de nombreux liens avec les autres femmes, l’équipe de l’Acfav et Juliette Botolava, « ils sont comme une famille pour moi ».

« J’aime la peinture, je n’ai pas forcément le matériel pour le moment, mais si l’occasion se présente je n’hésiterai pas. Sur mon prochain tableau je saurai ce que je veux transmettre, ce que je vais dessiner », remarque-t-elle, sans en dévoiler davantage. Des mots qui traduisent la confiance que ce projet a contribué à raviver et qui témoignent de son impact sur les femmes accompagnées.

En plus de l’exposition et de la rencontre avec les artistes, la DLCP et la Bibliothèque organiseront un atelier de dessin et de peinture sous le patio du site, principalement ouvert aux femmes adultes. Un temps de lecture de « poésies inspirantes » sera également proposé, ainsi qu’un atelier de découverte de la poésie pour les enfants. Les tableaux, eux, resteront visibles jusqu’au 8 avril prochain à Cavani avant d’être exposés à l’office de tourisme du 6 avril au 6 mai 2026.

Victor Diwisch

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