Favoriser l’éducation, l’information et la culture auprès des plus vulnérables. C’est l’objectif de l’association Bibliothèques Sans Frontières (BSF) qui agit dans le monde entier mais aussi en France et qui est présente à Mayotte depuis 2019.
En partenariat avec La Croix-Rouge française, l’association déploie sur le territoire une « Ideas Box », c’est-à-dire une médiathèque en kit, qui contient des livres, des jeux de société, des ordinateurs, une télévision, un vidéo projecteur, des films et des albums, ou encore des lexiques. Cette bibliothèque mobile se déplace sur l’île dans plusieurs communes. « Lorsqu’elle est dépliée, cela crée un espace culturel d’environ 100 m2 », explique Samia Ibrahim, chargée d’animation et d’accompagnement de Bibliothèques Sans Frontières dans l’île. « C’est un lieu pour apprendre, être ensemble et créer du lien », résume-t-elle.
Une médiathèque en kit au collège de Dembéni

Un an après le passage du cyclone Chido, l’association renforce son activité dans le département avec trois nouveaux projets. Pour cette raison, le journaliste Augustin Trapenard, présentateur de l’émission La Grande Librairie sur France 5 et parrain de l’association est venu sur le territoire la semaine dernière pour « rendre compte des programmes mis en place », nous a-t-il dit. Déjà au lendemain du cyclone, Bibliothèques Sans Frontières s’était mobilisée en envoyant deux tonnes de fournitures scolaires depuis la métropole destinées aux enfants qui ont perdu leurs affaires.
La structure vient d’installer une deuxième « Ideas Box », cette fois au collège Zakia Madi de Dembéni qui compte 2.000 élèves. Samia Ibrahim estime que cette ressource peut être utile aux surveillants pour occuper les jeunes quand ils sont en permanence. « Souvent ils jouent dans la cour mais n’ont pas d’activité précise. Les surveillants peuvent se servir de cet outil pour encadrer les jeunes mais aussi leur apprendre, il y a plein de matériel qu’ils peuvent exploiter, du matériel numérique notamment… comment faire des vidéos, ou comment faire un montage par exemple».
Soixante structures ont répondu à l’appel à projet
Le principal projet sur lequel travaille l’équipe c’est l’installation de micro-bibliothèques sur l’ensemble du territoire dans un endroit où c’est utile, dans une école ou une association par exemple. Soixante structures ont candidaté, un recueil des besoins a été réalisé et vingt-trois ont été lauréates. « Parmi elles, il y a des caisses des écoles et des associations comme Coup de Pouce à Kawéni », souligne Samia Ibrahim. D’ici fin avril, les lauréats auront reçu leur micro-bibliothèque et deux personnes seront formées à son utilisation dans chacune des structures. « Les livres qu’on pourra trouver sont choisis par les bénéficiaires selon ce qu’ils veulent donner, ce n’est pas nous depuis l’Hexagone qui choisissons. C’est important pour nous », souligne Augustin Trapenard. Pour remplir ces espaces, Bibliothèques Sans Frontières travaille avec plusieurs librairies locales comme la Bouquinerie à Passamaïnty.

Dans l’association Le Village d’Eva qui accueille les enfants en attente de scolarisation, une « radio des mots » a été donnée. C’est un matériel de radio avec lequel les enfants de 7 à 16 ans peuvent faire un atelier dans le but d’apprendre à bien s’exprimer. « Nous au sein de l’association, on est convaincus que plus on parle bien, plus on est capable d’écrire. Il faut d’abord savoir s’exprimer pour pouvoir écrire et pour pouvoir lire », insiste le présentateur de La Grande Librairie.
A Mayotte, BFS a un rôle à jouer dans la mesure où la moitié de la population a moins de 18 ans et que 58 % est en situation d’illettrisme selon l’Insee, c’est-à-dire qu’elle a des difficultés pour lire, écrire et compter. Augustin Trapenard met l’accent sur l’expression en « situation d’illettrisme, car si c’est une situation, ça veut dire qu’on peut s’en sortir », sourit-il.
« J’ai été impressionné par le laboratoire que constitue Mayotte en termes de pédagogie »

Pour la première fois, le journaliste se rendait à Mayotte. « J’ai été impressionné par la beauté de cette île qui est un peu oubliée. J’étais heureux de pouvoir témoigner de la façon dont les Mahorais s’emparent des problèmes et des crises pour essayer de toujours faire mieux et s’en sortir », a -t-il observé. Le travail de l’Education nationale l’a ainsi marqué. « J’ai été impressionné par le laboratoire que constitue Mayotte en termes de pédagogie et de recherche par exemple pour lutter contre les situations d’illettrisme ou pour travailler l’expression de ses sentiments ».
Il a aussi profité de son passage dans l’île pour tourner un sujet d’une émission de La Grande Librairie, diffusée en mai, qui sera consacrée aux insularités. Pour ce projet, il s’est aussi rendu en Martinique, en Guadeloupe, en Polynésie, ou encore dans les îles bretonnes. Pour la séquence à Mayotte, il a interviewé l’autrice jeunesse mahoraise Nadia Boinaïdi.
Lisa Morisseau


