À Mayotte, l’emploi reste un défi majeur. En fin d’année 2025, 20.110 personnes étaient inscrites à France Travail, hors parcours social et attente d’orientation, mentionne un rapport publié par France Travail, la DARES et la préfecture de Mayotte avec la direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS). Si le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A baisse de 4 % sur un an, les jeunes, les seniors et les personnes inscrites depuis longtemps continuent de subir la précarité et la rareté des emplois stables sur l’île. La réforme du plein emploi et la création de nouvelles catégories statistiques ont également rendu l’analyse plus complexe.
Une légère baisse du chômage

En fin d’année 2025, le nombre de personnes inscrites à France Travail à Mayotte, hors parcours social et attente d’orientation, s’établissait à 20 110. Parmi elles, 15.110 étaient sans emploi (catégorie A), et 3.055 exerçaient une activité réduite (catégories B et C).
Hors bénéficiaires du RSA et jeunes en parcours contractuel, « le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A diminue de 0,5 % ce trimestre et baisse de 4 % sur un an », indique le rapport. Cette diminution peut sembler encourageante, mais elle masque des disparités importantes selon l’âge et l’ancienneté dans les listes. Les catégories A, B et C, qui regroupent ceux tenus de rechercher un emploi, augmentent en revanche de 1,7 % sur le trimestre, bien que la baisse annuelle soit de 1,2 %.
Ces chiffres traduisent une réalité paradoxale. Si certains sortent du chômage, d’autres restent inscrits plus longtemps, et les emplois disponibles sur l’île sont souvent précaires ou saisonniers. Cette situation rend toute amélioration fragile et difficile à pérenniser.
Jeunes et seniors : des trajectoires différentes

Les évolutions selon les tranches d’âge sont particulièrement révélatrices. Chez les moins de 25 ans, le nombre de demandeurs d’emploi en catégories A, B et C augmente de 1,6 % sur le trimestre et de 0,4 % sur un an. En catégorie A, l’augmentation est de 0,6 % sur le trimestre et la baisse de 4,8 % sur un an.
Pour les 25-49 ans, le nombre d’inscrits en catégories A, B et C croît de 1,7 % sur le trimestre, mais diminue de 1,7 % sur un an. La catégorie A seule augmente de 0,4 % sur le trimestre et baisse de 6,8 % sur un an. Chez les 50 ans et plus, le nombre de demandeurs d’emploi en catégories A, B et C progresse de 1,9 % sur le trimestre, et diminue de 1,5 % sur un an. La catégorie A seule augmente de 1 % sur le trimestre et recule de 5,7 % sur un an.
La jeunesse toujours sur la ligne de front
L’ancienneté est un indicateur clé de la dynamique du chômage. Au 4ème trimestre 2025, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis un an ou plus en catégories A, B et C croît de 2,5 % sur le trimestre et de 28,6 % sur un an. À l’inverse, les inscrits depuis moins d’un an augmentent de 1,4 % sur le trimestre mais diminuent de 9,8 % sur un an.
La part des inscrits depuis un an ou plus atteint 29,1 % des catégories A, B et C, soit une progression de 6,7 points sur un an. Ces chiffres révèlent que les demandes de longue durée représentent une part croissante des inscrits, mettant en lumière la persistance d’une partie des demandeurs sur les listes de France Travail.
Flux d’entrées et sorties : un marché en mouvement
Les flux d’entrées et de sorties dans les catégories A, B et C illustrent la dynamique du marché du travail. À Mayotte, le nombre moyen d’entrées diminue de 3,6 % par rapport au trimestre précédent, mais augmente de 36,8 % sur un an.
Les entrées pour les premières inscriptions sur le marché du travail reculent de 225, celles pour retour d’inactivité de 70, et les motifs indéterminés diminuent de 130. En revanche, les entrées liées à la fin de contrat (+55), aux autres licenciements (+5) et aux réinscriptions rapides (+55) augmentent.
Ces variations reflètent la complexité des flux sur l’île, qui sont également affectés par la réforme du plein emploi. Depuis janvier 2025, l’inscription automatique des bénéficiaires du RSA et des jeunes en parcours contractuel élargit le nombre de personnes recensées. Le décret sur les sanctions, entré en vigueur en juin 2025, ainsi que la modification du script d’inscription en juillet 2025, ont aussi influencé la gestion des inscrits. France Travail souligne que « les évolutions des flux d’entrées par motif sont difficilement interprétables ».
Une situation spécifique à Mayotte

Comparée aux autres départements et régions d’Outre-mer, Mayotte se distingue. Sur le trimestre, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A varie entre -3,4 % en Guadeloupe et +2,9 % en Guyane, tandis que sur un an, les variations vont de -1,4 % en Martinique à +6 % en Guyane.
À Mayotte, la baisse annuelle de 4 % en catégorie A se situe parmi les plus importantes, alors que l’augmentation trimestrielle des catégories A, B et C reste modérée. Ces chiffres témoignent d’une évolution spécifique à l’île, où la dynamique des inscriptions est influencée par des facteurs locaux et par la réforme du plein emploi.
En fin d’année 2025, le marché du travail sur le 101ème département français reste stable mais marqué par des inscriptions de longue durée. La catégorie A recule de 4 % sur un an, mais près de 30 % des demandeurs en catégories A, B et C sont inscrits depuis un an ou plus. Les jeunes, les seniors et les inscrits de longue durée connaissent des évolutions différentes selon les catégories et l’ancienneté.
La réforme du plein emploi, avec l’inscription obligatoire des bénéficiaires du RSA et des jeunes en parcours contractuel, ainsi que la création des catégories F et G, rend la lecture des chiffres plus complexe, mais permet un suivi plus complet des publics inscrits.
Mathilde Hangard



