Le Piton de la Fournaise est entré en éruption

Après deux ans et demi de sommeil, le volcan réunionnais s’est réveillé en rouge vif. Dimanche soir, la lave a jailli dans l’Enclos Fouqué, sous l’œil des scientifiques… et des curieux.

C’était un dimanche soir peu commun. À 19 h 42, sur l’île de La Réunion, le Piton de la Fournaise est entré en éruption. Un réveil attendu après plusieurs semaines de crises sismiques, mais suffisamment spectaculaire pour raviver la fascination collective et transformer la route du volcan en embouteillage nocturne. Derrière l’émerveillement, les chiffres de l’Observatoire racontent un édifice sous pression, surveillé à la seconde près.

La pression a trouvé une sortie

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La lave s’est écoulée depuis la première fissure ouverte à 19h45, offrant un spectacle spectaculaire aux curieux venus assister au spectacle, dimanche 18 janvier 2026.

Depuis fin décembre, le volcan donnait des signes de nervosité. Les crises sismiques se succédaient, parfois sans suite, parfois avec l’insistance d’un réveil que l’on repousse trop longtemps. Dimanche après-midi, l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF-IPGP) enregistre une nouvelle crise à 16h34. Trois heures plus tard, le trémor volcanique, « synonyme de l’arrivée du magma à proximité de la surface », selon la préfecture, s’installe durablement.

À 19h42, l’éruption débute. « Après l’ouverture d’une première fissure entre 19h45 et 19h48, trois autres fissures se sont formées », précise la préfecture de La Réunion. Toutes sont localisées sur le flanc Nord du volcan, à l’intérieur de l’Enclos Fouqué.

Les chiffres du bulletin préliminaire de l’OVPF donnent la mesure de l’agitation souterraine : 1.197 séismes volcano-tectoniques sommitaux en une seule journée, dont un événement de magnitude 2,35 et 29 éboulements recensés sur le cône sommital et dans l’enclos. Une activité intense, mais cohérente avec un système magmatique en pleine mise sous pression.

Un véritable spectacle nocturne

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Vue aérienne de la route menant au parking du Pas de Bellecombe, saturée de véhicules venus observer le volcan, dans la soirée du dimanche 18 janvier 2026.

La nuit tombée, la lave rougeoyante illumine le ciel noir. Les webcams de l’Observatoire diffusent des images spectaculaires, rapidement relayées sur les réseaux sociaux. Résultat : plusieurs centaines de personnes prennent la route du volcan pour tenter d’apercevoir le phénomène depuis le Pas de Bellecombe-Jacob ou le Piton Partage.

La préfecture note un « flux de véhicules particulièrement important » sur la route forestière du Volcan, avec des ralentissements parfois extrêmes. Certains automobilistes mettront cinq à six heures pour parcourir quelques kilomètres. Un succès populaire qui rappelle une règle immuable au Piton de la Fournaise : la fascination n’annule pas les consignes.

ORSEC Volcan : phase 2.1 déclenchée 

Le préfet a déclenché la phase d’alerte 2.1 du dispositif ORSEC Volcan, correspondant à une « éruption dans l’enclos sans menace particulière pour la sécurité des personnes, des biens ou de l’environnement », à ce stade. Mais l’accès à l’ensemble de l’Enclos Fouqué reste strictement interdit. « Les stationnements intempestifs sur la route et ses abords sont interdits », insiste la préfecture, afin de ne pas entraver l’intervention des secours.

Un volcan scruté au millimètre

Si le spectacle capte l’attention, la science, elle, observe sans vaciller. Les instruments de l’OVPF enregistrent une inflation des GPS sommitaux, signe que « le système d’alimentation magmatique superficiel reste sous pression ». En revanche, aucun signal particulier n’est détecté en champ lointain, indiquant une source principalement superficielle.

Côté gaz, les émissions de CO₂ dans le sol poursuivent une tendance globalement à la baisse depuis la dernière éruption de 2023, mais la station PCRN, située sur le site de l’Observatoire, montre « une tendance à l’augmentation », détaille l’OVPF dans un bulletin du 19 janvier. Un indice supplémentaire d’un système encore actif, susceptible d’évoluer.

« L’ouverture de nouvelles fissures ne peut pas être exclue » 

À ce stade, « aucune hypothèse n’est écartée pour l’instant… Il reste toujours un peu de sismicité, ce qui montre que cela continue de pousser en dessous… et donc l’ouverture de nouvelles fissures ne peut pas être exclue », confie Aline Peltier, directrice de l’Observatoire.

Pour les volcanologues, cette éruption s’inscrit dans une chronologie presque logique. La dernière remontait au 10 août 2023. « En général, la phase de sommeil dure entre trois ans et demi et six ans ; la sienne aura duré deux ans et demi », rappelait encore la directrice récemment. Autrement dit, le Piton est en avance.

Mathilde Hangard

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