Selon les réalisatrices, « en 1975, la France arrache Mayotte au reste des Comores, un long processus de dépossession coloniale transforme l’île en département-colonie marqué par la grande pauvreté, les inégalités et la répression d’État ».
À partir d’un point de vue forgé par une expérience de militantes et travailleuses du droit à Mayotte, le documentaire a tenté de partir à la rencontre des habitants de l’île.
Un territoire « laboratoire » ?
« Dans une situation internationale convulsive, Chido a surtout servi de point d’appui à l’Etat français pour légitimer le renforcement sans précédent de son agenda sécurité et xénophobe, au service d’une militarisation croissante de la région de l’Océan Indien. Dans la continuité des opérations Wuambushu et Place Nette, la loi Mayotte et le nouveau régime d’exception sur le droit du sol viennent renforcer la fonction de laboratoire de ce territoire, au service de l’impérialisme français dans la région », expliquent les réalisatrices dans un communiqué.
Pour Pauline LE LIARD et Mathilde DETREZ, militantes au Collectif d’Action Judiciaire, ce documentaire s’ancre dans une expérience de terrain avec plusieurs années de travail juridique à Mayotte, d’abord comme intervenantes au centre de rétention administrative, puis en milieu associatif. « Cette position de juristes nous a placées au cœur de la machine à expulser, témoins directes du fonctionnement effroyable du régime dérogatoire appliqué à Mayotte — un laboratoire du pire où les lois d’exception structurent et renforcent la domination de la France sur l’île. Formées dans un droit bercé d’illusions humanistes, nous avons vécu la violence de la désillusion : l’impasse des associations institutionnelles et l’expérience quotidienne d’une répression systémique. Le documentaire est né des liens tissés au fil des années avec des étudiants avec qui nous avons milité, des travailleurs, des voisins, des amis. Des liens ravivés lors du cyclone Chido où nous nous sommes déplacées en avril 2025. Les échanges filmés offrent un regard inédit, ancré dans une perspective anticoloniale et anti-impérialiste. Ils dévoilent la réalité de la gestion coloniale de Mayotte, les mécanismes de domination, et les effets concrets du droit comme instrument de contrôle. Ils rendent perceptible l’état d’esprit des habitantes et habitants. À travers leurs voix, le documentaire retrace l’ensemble des problématiques qui traversent l’île, telles qu’elles sont vécues, formulées et analysées par celles et ceux qui y habitent ».
Un peu d’histoire…
Pour rappel, le 22 décembre 1974 un référendum était organisé dans l’archipel des Comores : pour ou contre l’indépendance ? Le « oui » l’avait emporté avec 95 % des voix dans toutes les îles de l’archipel sauf à Mayotte, où le « non » atteignait près de 64 %. Mayotte exprimait ainsi son désir de rester française. Par ailleurs, le 8 février 1976, un second référendum a eu lieu et a porté sur le maintien de Mayotte dans la République française : les Mahorais ont voté « oui » à 99,4 %.
Enfin, lors du référendum sur la départementalisation de Mayotte en 2009, les Mahorais ont voté à 95,24 % pour la création d’une collectivité unique par l’article 73 pratiquant les compétences d’un département et d’une région d’outre-mer. Le 31 mars 2011, après l’élection du président du Conseil général, l’île de Mayotte est devenue officiellement le 101e département français.
A travers ce documentaire, les Mahorais vont être ravis d’apprendre que leur île a « une fonction de laboratoire », qu’en 1975 ils ont été « arrachés par la France au reste des Comores », et qu’ils sont encore « sous domination de la France » préférant sans doute être sous celle du président-dictateur comorien Azali Assoumani…



