Outre-mer : entre urgences sociales et enjeux stratégiques

Les territoires ultramarins se retrouvent confrontés à des décisions cruciales sur le budget, l’énergie et le logement dès le début de cette année 2026.

Alors que les débats budgétaires reprennent au Parlement dans un calendrier resserré, l’année 2026 s’ouvre sur une série de signaux contrastés pour les territoires ultramarins pris entre incertitudes financières, choix politiques structurants et urgences économiques et sociales qui ne cessent de s’accumuler.

Le projet de loi de finances 2026 revient dans l’hémicycle ce jeudi. Fin décembre, une loi spéciale avait assuré la continuité de l’État, mais elle limite les dépenses : seules les sommes indispensables passent, soit un quart du budget habituel. Résultat : administrations, collectivités et entreprises restent suspendues à l’adoption finale, que le gouvernement de Sébastien Lecornu vise pour fin janvier.

Contraintes budgétaires et priorités

Dans ce contexte tendu, la question des Outre-mer a refait surface lors des vœux présidentiels. Le chef de l’État, Emmanuel Macron, a évoqué les aspirations institutionnelles de plusieurs territoires, tandis que la ministre chargée des Outre-mer, Naïma Moutchou, a rappelé les priorités gouvernementales : lutte contre la vie chère, poursuite du dialogue en Nouvelle-Calédonie ainsi que la reconstruction de Mayotte.

La ministre des Outre-mer, Naima Moutchou, lors de sa visite à Mayotte en décembre dernier.

Invitée sur le plateau de France Info ce mercredi matin, la ministre des Outre-mer a insisté sur l’urgence d’un vote rapide du budget 2026. La France fonctionne actuellement sous un régime exceptionnel, limité à un service minimum, ce qui complique l’action de l’État en Outre-mer. Selon elle, l’ouverture des débats parlementaires doit permettre de doter rapidement le pays d’un budget, condition indispensable à la mise en œuvre des politiques publiques.

La ministre a également souligné le rôle central du Parlement dans le processus budgétaire et a rappelé les différentes options prévues par la Constitution pour adopter le budget, que ce soit par vote parlementaire, recours à l’article 49.3 ou, en dernier ressort, par ordonnance. Enfin, elle est revenue sur son déplacement à Mayotte, un an après le cyclone Chido, rappelant l’engagement financier de l’État qui a prévu quatre milliards d’euros destinés à reconstruire les écoles, les infrastructures et à améliorer l’accès à l’eau. Pour elle, le budget reste un levier essentiel pour accélérer la reconstruction.

Hydrocarbures : un débat relancé

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Le Canal du Mozambique disposerait de 6 à 12 milliards de barils de pétrole, et + de 5.000 milliards de mètres cubes de gaz (CESM).

Au Parlement, un autre débat sensible se profile, cette fois sur le terrain énergétique. En effet, une proposition de loi doit être examinée au Sénat d’ici la fin du mois de janvier et vise à rouvrir la voie à la recherche et à l’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires ultramarins, notamment en Guyane pour le pétrole et à Mayotte en ce qui concerne le gaz.

Porté par des sénateurs du camp présidentiel, ce texte remet en question la loi Hulot de 2017, qui interdit toute nouvelle exploration ou exploitation d’hydrocarbures sur le territoire français. Cela met ainsi en exergue une contradiction majeure : d’un côté, la France qui s’est engagée à réduire l’usage des énergies fossiles et à respecter ses engagements climatiques, et de l’autre certains élus et acteurs économiques estiment qu’autoriser de nouvelles explorations pourrait soutenir le développement économique et la souveraineté énergétique des territoires ultramarins, encore très dépendants des importations d’énergie.

Pression sur le logement et le prix

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Logements en location très sociale livrés l’année dernière aux Hauts Vallons

Autre dossier majeur remis sur le devant de la scène : celui du logement. Dans son premier Livre blanc consacré à l’habitat dans les territoires ultramarins, l’Union Sociale pour l’Habitat Outre-Mer  a dressé un constat sans filtre. Le retard accumulé dans les politiques du logement est estimé entre vingt et trente ans, avec des conséquences massives sur les conditions de vie. Selon eux, près de 600.000 personnes seraient aujourd’hui concernées par le mal-logement, alors que certains d’entre eux, jusqu’à 80 % de la population est éligible au logement social. Un déséquilibre structurel qui pèse lourdement sur le budget des ménages, le logement pouvant représenter jusqu’à la moitié des revenus pour les plus modestes.

Cette situation se traduit concrètement sur le terrain, comme à Mayotte, où la culture de construire sa propre maison reste bien ancrée. Une partie de la population réside dans des habitats en béton la plupart du temps dans des résidences familiales tandis qu’une autre, elle, vit dans des cases en tôles. Si les logements sociaux progressent ces dernières années, l’offre reste insuffisante face à une population en constante croissance.

Shanyce MATHIAS ALI.

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