Lancement de la démolition du bidonville de Mavadzani, « la plus grosse opération jamais réalisée à Mayotte »

Elle ne porte plus le label Wuambushu, mais l’opération de Résorption de l’habitat Insalubre (RHI) de Mavadzani-Mouinajou impliquant la démolition de 465 cases en tôle débute ce lundi matin, dépassant toutes les précédentes. Pour infléchir la précarité sur un département où 60% des logements n’ont pas de confort sanitaire

Ce secteur prioritaire NPRU (Nouveau Programme de Renouvellement Urbain) Mavadzani-Mouinajou s’étale sur 13 hectares, et relie sur les hauteurs les deux Majikavo, Koropa et Lamir. Un vieux projet qui identifie 235 constructions en 2021, mais qui se sont multipliées depuis, pour atteindre donc 465 cases.

Il s’agit d’un véritable village, au terrain parfois escarpé, et qui s’est considérablement dégradé au fil des années, avec des odeurs nauséabondes d’eaux sales se déversant en cascade parmi les déchets sur la voie principale. Il en est une qui doit s’en souvenir, l’ex-première ministre Elisabeth Borne ayant chuté dans la descente peu praticable, lors de sa visite des lieux il y a un an.

Elisabeth Borne dans le quartier de Mavadzani en 2023

Un contexte qui maintien Mayotte dans un tableau de sous-développement que traduisait l’INSEE dans une analyse issue du recensement 2017. Sur le département, 4 logements sur 10 sont en tôle, et 81.000 habitants n’avaient pas d’eau dans leur logement en 2017, le nombre a dû considérablement augmenter depuis, soit un habitant sur trois. Dans 60 % des logements, il manque au moins l’eau courante ou des toilettes ou une douche.

L’opération utilise la DUP Vivien, avait appris l’ancienne ministre. Nous avions par la suite rencontré Astrée Coutanson, Responsable du service foncier urbanisme de la mairie de Koungou, qui maitrise ce type de DUP (Déclaration d’Utilité Publique) : « Il s’agit d’une procédure globale alliant résorption des bidonvilles et stratégie de maitrise foncière publique. Elle responsabilise le propriétaire du terrain par rapport à la dégradation de son bien. En l’impliquant notamment financièrement ».

Il a fallu déterminer qui étaient les propriétaires. Ils sont 9 à détenir 16 parcelles, dont une grosse entreprise de l’île. Dans la logique de la loi Vivien, il s’agissait donc de les impliquer sur le devenir de leur foncier.

Grosse perte pour les propriétaires négligents

Vue d’ensemble de la zone Mavadzani Mouinajou par drone (©koungou)

Ces 9 propriétaires privés ont donc découvert la procédure de la DUP Vivien, qui leur rappelle qu’il ne suffit pas d’encaisser les loyers sur des zones insalubres. Après passage de l’ARS, le préfet prend un arrêté d’insalubrité, notifié au propriétaire, qui a un délai de 5 mois pour y remédier. S’il ne le fait pas, un arrêté de DUP est pris, qui déclare la cessibilité de ses biens et fixe le montant de l’indemnité qui lui est allouée en fonction de son estimation par France domaine. Mais il devra prendre en charge le coût de la démolition du terrain, sa dépollution, et la remise en état du site. En moyenne, le propriétaire foncier qui a ainsi laissé son bien se détériorer, et qui passe par la DUP Vivien, ne récupère qu’un tiers de sa valeur.

Le maire de Koungou désormais propriétaire du foncier, a sollicité le préfet pour activer la loi ELAN et démolir les cases en tôle. A leur place, c’est une grande ZAC (Zone d’aménagement concertée) qui doit naître, avec 900 logements, des équipements publics, dont des écoles, des commerces, etc.

Pour engager la démolition, il fallait un renfort de forces de l’ordre. Si l’opération est prévue depuis plusieurs mois, les sollicitations de ces dernières pour les manifestations d’agriculteurs, les Jeux Olympiques, puis Paralympiques à Paris, n’ont pas permis de la lancer avant. Aurélien Diouf, Directeur de cabinet du préfet, indique que deux escadrons de gendarmerie viennent d’arriver sur le territoire, soit environ 140 hommes.

La commune de Koungou très impactée par l’habitat insalubre

Nettoyage des abords de la zone ce week-end par les agents de la mairie et les associations

Les premières opérations de résorption de ces cases insalubres menées sous la loi ELAN n’intégraient que peu sa partie relogement. Désormais, la préfecture compte ses pas-de-porte. Le déficit de logement sociaux au regard du nombre de cases en tôle qui surgissent çà et là au rythme des arrivées de kwassa relève de la même problématique que les écoles et freine les opérations de RHI. Les bétonneuses ont du mal du suivre.

Et les habitants qui vivent à Mayotte en situation irrégulière depuis parfois plusieurs années n’acceptent pas ce qu’ils considèrent comme acquis, débouchant lors des démolitions sur des scènes d’émeutes, de barrages enflammés, comme ce fut le cas lors de l’opération  Talus 2 qui avait finalement pu se tenir en mai 2023. Beaucoup de recours étaient également déposés auprès du tribunal administratif. Qui ne faisaient que retarder la machine de l’Etat.

Aurélien Diouf rapporte qu’une enquête sociale a été menée, avec passage des ayants droit à la permanence sociale ouverte à Majikavo Dubaï, pour obtenir un relogement. Le nombre d’étrangers en situation irrégulière semble important, qui seront donc reconduits à frontière.

Comme en gage d’avenir, à quelques centaines de mètres ce lundi, le premier coup de pioche sera enfin donné à Carobole, toujours sur la commune de Koungou, la suite d’une autre opération RHI menée il y a deux ans, laissant émerger à moyen terme un nouveau quartier avec ses commerces et ses 400 logements pour héberger les occupants précaires d’hier.

Anne Perzo-Lafond

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